COTE SAINT-SULPICE
à la Chine; mais si M. de Courcelles & M. Dollier sem- f^,t donner a ce
blèrent prendre confiance en ses discours , d'autres en l"=" ^e nom de la
Canada doutaient du succès de cette tentative. M. Patou-
let, secrétaire de M. Talon, en écrivait en ces termes, le
11 novembre de cette année 1669 : « M. La Salle & q
« M. Dollier, accompagnés d'un certain nombre d'hommes,
« sont partis de ce pays, à dessein d'aller reconnaître un /
« passage qui nous donnerait communication avec le |
« Japon & la Chine, & qu'ils efi:iment trouver. L'entre- }
« prise eft aussi difficile que douteuse. Dieu veuille qu'ils i
(' y réussissent ; mais ce qu'il y a de bon, c'efl: que le Roi ;
« ne fait point de dépenses pour cette découverte préten- •
« due (2). » Dans l'attente de l'événement, dont le succès C-) Archives de la
... . . marine. Lettre de M.
partageait ainsi les esprits ou les tenait en suspens, on Patouiet, n ne vit arriver les hommes de La Salle, au lieu même de l'île bre 1G69. de Montréal, d'où ils étaient partis trois ou quatre mois auparavant; & quelques colons, déjà prévenus contre sa tentative, donnèrent par ironie le nom de la Chine à ce / 0 ^vv*-*-*^ Z'*^*^ lieu, comme si ses hommes en fussent revenus. M. Dollier lui-même semble faire allusion à la promptitude de leur retour & à leur déception, lorsque, parlant de l'imposition de ce nouveau nom, il l'attribue « à cette transmigra- « ti(jn célèbre qui se fit de la Chine dans ces quartiers, en « donnant son nom, ajoute-t-il, à l'une de nos côtes, &
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m. collier et m. de galinée passent l'hiver sur les bords du lac érié,
(( d'une façon si authentique qu'il lui ell: demeuré (*). »
De leur côté^ les Missionnaires & leur petite troupe, partis de Tenaoutoua le 1" oélobre 1669, arrivèrent le
(*) M. Dollier place dans l'hiver de 1667 à 1668 l'attribution de ce nom, au lieu de la rapporter à l'année suivante. Mais il nous semble qu'en cela sa mémoire lui a fait défaut, & qu'on peut s'autoriser avec raison, pour le juger ainsi, de l'avertissement qu'il donne lui-même à ses lecl:eurs touchant quelques erreurs de dates qu'ils pourront rencontrer dans son hiftoire, â cause du peu de temps qu'il (i)HiftoireduMont- a cu pour la composer (i). En effet, si l'on eût déjà donné, dans rtal. Au lecteur. Thiver de 1667 à 1668, le nom de la Chine à la seigneurie de La
Salle, celui-ci n'aurait pas manqué de la désigner sous ce nom dans les ades publics qu'il fit depuis cet hiver. Cependant, dans un contrat du 16 décembre 1668, il l'appelle, ainsi qu'il a été dit, du nom de Saint-Sulpice. Fait en notre maison de la côte de Saint-Sulpice ;
(2) Greffe de Ville- fait en notre maison de Saint-Sulpice (2). Bien plus, dans l'ade du marie, 16 de'cembie c) janvier 1669, par lequel, avant sa tentative de voyage, il vendit la '^'^^* plus grande partie de cette seigneurie au Séminaire, il la désigne
ainsi : La seigneurie appelée de Saint-Sulpice, située en l'île de
(3) Ibid., 9 Janvier Montréal, au-dessus du Saut Saint-Louis (3). Elle était donc encore '^^9- appelée de Saint-Sulpice avant le départ de La Salle.
Cependant, après le retour de ses hommes, qui eut lieu dans I l'automne de cette même année 1669, on appelle ce même lieu non plus Saint-Sulpice, mais la Chine. Ainsi, dans un a^fe du 11 juin 1670, nous lisons ces mots très-significatifs : Le lieu de la Chine ainsi {4) Ibid., Il juin o/Tpe/e' (4). Pareillement, M. Talon, dans une ordonnance du 8 o6\o- '^70' bre 1670, se sert de ces expressions : L'habitation qu'on appelle la
petite Chine. Cette remarque : La Chine ainsi appelée, & celle-ci : L'habitation qu^on appelle lapetite Chine, indiquent donc que ce nom venait d'être donné à ce lieu, puisqu'on n'aurait point fait ni l'une ni l'autre de ces remarques, si ce nom de la Chine lui eût été attribué dès son établissement. Enfin, la raison que, dans sa manière originale, M. Dollier donne de l'attribution de ce nom, ne permet pas de douter qu'on ne l'ait imposé par dérision, à l'occasion même du retour inattendu des hommes de La Salle, & de l'inutilité de leur première tentative. Car cette supposition enjouée d'une transmigration célèbre, par laquelle des hommes venus de la Chitie étaient allés s'établir dans l'une des côtes de l'île de Montréal, ce qui avait lait donner le nom de la Chine à cette côte, une telle supposition ne peut avoir d'autre fondement que le retour & la déception des hommes de La Salle, qui s'étaient flattés, en partant, de trouver un passage à la Chine. C'eft, au refie, ce qu'assure expressément M. de Tonty, que nous ferons connaître dans la suite.
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