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ÉTABLISSEMENT DE LA HAUTE-VII.I E A VIL- I.EMAIiir.
brisé à deux de ses angles à cause des accidents du terrain. Cette enceinte fermée de pieux, avec trois redoutes aux angles & plusieurs basions, renfermait Téglise, la maison du Gouverneur & une trentaine de maisons, sans compter quelques autres qui étaient hors de Tenceinte & protégées par le moulin.. Ce moulin, comme une sorte d'avant-pofle, avait été conftruit à quarante toises sur un plateau de trente qui joignait Tenceinte, & sur ce plateau on s^oyait des pièces de canon 8: tout auprès une redoute isolée pour protéger les artilleurs, & leur servir au besoin de lieu de retraite. Dans le recensement de 1666, la population des Trois-Rivières s'éleva à quatre cent soixante et une personnes. M. Boucher, sieur de Grosbois, Gouverneur, & âgé de quarante-quatre ans, était alors père de quatre fils, qui se dévouèrent pour la défense du pays : Pierre, Lambert, Ignace & Philippe. M. Le Neuf du Hérisson, âgé de soixante-cinq ans, occupait la place de lieutenant général de la jurididion , ou de Juge royal , & M. Maurice Poulain, sieur de Lafontaine, celle de procureur du Roi. Parmi les familles des Trois-Rivières, la plus considérable était alors celle de M. Jean-Baptifte Godefroy, époux de Marie Le Neuf, qui laissèrent une poftérité nombreuse, dont nous aurons plusieurs fois occasion de parler : Michel Godefroy, sieur de Lintot (*), qui avait épousé, comme on Ta dit, Perrine Piccoté de Béleflre ; Louis Godefroy, ditdcNormanville; Joseph Godefroy, dit de Vieux-Pont ; Jean Amador, Godefroy de Tonnancour, Pierre Godefroy de Rochetaillade & Jean-Baptifle Godefroy.
Quant à Villemaric, nous avons raconté qu'au com-
(*) Jean-Raptifte Godefroy avait porté d'abord ce nom de Lintot. Nous lisons que, le 12 décembre i(3(35, Jacques Beauvais, de Villcmarie, dit Saint-James, promit de payer à Jean Godefroy, ccuyer, sieur de Lintot, demeurant aux Trois-Rivières, cent dix livres tournois, pour prix d'un bœuf qu'il avait acheté de Louis Cîodcfroy, sieur
(t) Greffe de Villcmarie, 12 déc. i655. de Normanville, filsdudit Lintot (1).
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Orr.vc par Jfaflier
VILLEMARIK HAUTF-VILLE. 1672. 3j5
mencement tous les habitants étaient renfermés dans le Fort, es: qu'ensuite ils sortirent de \à & se bâtirent des maisons proche de THôpital, parallèlement à la Commune qui était située entre ces maisons ^ le fleuve Saint-Laurent. Comme le terrain de la Commune, protégé par les canons du Fort, pouvait devenir un jour utile au commerce, les seigneurs s'étaient réservé le droit de le reprendre, quand le bien général l'exigerait, & d'assigner alors un autre terrain pour commune. Plusieurs particuliers désirèrent, en effet, de s'y conllruire des maisons, &, dès que les troupes furent arrivées en Canada, d'autres colons imitèrent cet exemple. Mais depuis longtemps on avait résolu de bâtir la ville sur la hauteur qui, par sa position naturelle, pouvait faciliter avec plus d'avantage les moyens de se défendre en cas d'attaque ; & pour attirer les colons dans ce lieu, le Séminaire forma le dessein, de concert avec les habitants, d'y conftruire l'église paroissiale, dont celle de l'Hôpital tenait toujours lieu en attendant. Enfin, comme plusieurs particuliers avaient déjà pris des concessions de terrain sur la hauteur, pour s'y bâtir des maisons, M. DoUier de Casson, alors Supérieur du Séminaire, résolut de tracer les premières rues de la Ville-Haute, afin que, dans ces confl:rudions,chacun suivît les alignements qui auraient été donnés. Il se transporta donc sur les lieux^ le 12 mars 1672, accompagné entre autres de Bénigne Basset, arpenteur & greffier de la justice, & on nous permettra de rapporter ici le détail de cette opération pour faire connaître les usages de ces premiers temps & l'origine de la 'Ville-Haute de 'Villemaric.
Sur la partie la plus élevée, il fit d'abord tracer la prfmièresrÛesdevu grande rue, qu'il appela de Notre-Dame, à cause de lemarie tracées et l'église, qu'on avait dessein de conflruire vers le milieu de cette rue, & qui, selon le premier dessein de M. Olier & de tous les Associés de iMontréal, devait être dédiée à Marie, Dame de l'île & patronne des habitants. Il fit partir cette rue d'un puits, qui avait appartenu à Gabriel Le
DENOMMEES PAR LES SEinNEUR?.
Sel dit Le Clos ou Du Clos^ autrefois syndic, & la prolongea jusqu'à un petit édifice, qui servait de reposoir pour les processions du Très-Saint Sacrement, situé à Textrémité du coteau, où Ton avait conftruit un moulin servant de redoute. Ce coteau, comme on Ta dit, occupait le sol de la place appelée aujourd'hui d'Halousie. Sur chacune des deux lignes que devait suivre cette rue , Basset posa, de difiance en diftance, huit bornes, & mit sous chacune du mâchefer , avec une eflampille de plomb , marquée aux armes du Séminaire. La rue Notre-Dame, alors la plus grande de Villemarie, ne devait cependant avoir que trente pieds de largeur; c'efl: que, dans ces premiers temps, où Ton se voyait dans la nécessité de clore les villes & les villages, on ménageait ainsi le terrain, pour n'avoir pas une trop grande enceinte à garder. Aussi, M. Dollier ne donna-t-il que dix-huit ou tout au plus vingt-quatre pieds aux autres rues. Ainsi, il fixa à dix-huit pieds la largeur de la rue Saint-Joseph, qui devait se trouver derrière le chœur de l'Eglise paroissiale projetée, & comme cette rue était déjà nommée de la sorte, il se contenta d'en marquer la largeur & d'en déterminer les alignements. 11 donna pareillement dix-huit pieds à une troisième rue, qu'il traça & qu'il nomma de Saint-Pierre, en l'honneur du Prince des Apôtres, patron de M. le baron de Fancamp, si généreux pour la fondation de Montréal. Il la fit partir de la rue Notre-Dame, & aboutir à la rue de la Commune, qu'il appela alors rue Saint-Paul , du nom de l'Apôtre des Gentils, patron de M. de Maisonneuve, l'infirument de la Providence dans la fondation du pays. Parallèlement à la rue Notre-Dame, il en traça une autre, qui commençait à la rue du Calvaire, h se terminait à une autre qu'il appela de Saint-Charles, comme nous allons le dire, & cette quatrièir^e rue, il la nomma de Saint-Jacques, patron de M. Olier. Une cinquième rue parallèle à celle de Saint-Pierre 8c pareillement de dix-huit pieds de largeur, il la nomma de Saint-François, en l'honneur de son propre patron, 8^ la fit passer le long du jar-
VILLKMARIE HArTK-VII.I.i:. l6j'2. ^JJ
din du sieur de Saint-André^ d\in côté, & du jardin du
Séminaire de l'autre (*). A une autre qui partait de celle
de Notre-Dame 8c se dirigeait vers la montagne, il donna
vingt-quatre pieds de largeur, comme devant servir aux
charrois; 8c cette rue, il Tappela du Calvaire, pour attirer
sur la colonie les prières d'une pieuse Communauté de
Religieuses, connue sous ce. nom à Angers, dont madame
Dollier de Casson, sa sœur, était alors Prieure (i). Une (<) vie Je m. DoI-
huitième rue, quMl fit partir de la rue Notre-Dame, en •'C''^ r^r Grandet.
tirant vers les coteaux, il l'appela de Saint-Lambert, patron
de M. Closse, à qui 'Villemaric était si redevable, & pour
honorer davantage encore la mémoire de ce brave major,
mort pour la défense du pays, il accorda à Elisabeth
Moyen, sa veuve, un nouveau fief noble, le 27 juin de
cette année 1672 (2). A la rue Saint-Lambert il donna (-) orcflc de viiie-
vingt-quatre pieds de largeur, aussi bien qu'à celle du Cal- "'''*'"^' "'' '"'" '^'^"'
vaire, comme étant pareillement deftinée aux charrois. Une
neuvième rue, parallèle à celle de Saint-Joseph, 8c qui
d'abord partait de la rue Saint-Paul, traversait celle de
Notre-Dame & allait aboutir à la rue Saint-Jacques : il
l'appela de Saint -Gabriel, patron de M. de Queylus 8c de
M. Souart. Il lui donna dix-huit pieds de largeur, comme
à la précédente. Enfin, la dernière rue, parallèle à celle de
Saint-Gabriel, 8c aboutissant aussi à la rue Saint-Jacques,
il la nomma de Saint-Charles, patron de M. Le Moyne de
Longueuil, qui avait rendu tant de services au pays (**) (3). (3j ibu., 12 mars
(■) Dans le procès-verbal de l'établissement des premières rues de Villemarie, celle-ci ell appelée simplement rue Saint-François, & aussi dans un plan de la ville fait avant la démolition du château : ce qui, dans ce temps surtout, signifiait Saint-François d^Assise. Mais, dans la suite, M. de Laval ayant mis en grand honneur le culte de saint François Xavier, apôtre des Indes, qu'il donna pour l'un de ses patrons au Canada, appelé alors les Indes occidentales, cette rue prit insensiblement le nom de ce saint, qu'elle porte encore aujourd'hui.
(*■) Quelques propriitairjs de terres que ces rues devaient traverser, ne laissèrent pas de les labourer dans leur entier comme auparavant, & mémo de les ensemencer, malgré le tracé que M. Dollier
MESURES PRISES PAU LES SEIGNEIÎRS POUR AC- CÉLÉRER LA CONS- TRUCTION DE LA HAUTE-TILLE.
(i) Arch. du séminaire de Viilemarie, I 2 janv. 1675.
RÉSOLUTION PRISE PAR LES MONTRÉALISTES DE CONSTRUIRE LEUR ÉGLISE PAROISSIALE.
Plusieurs cependant, après avoir pris des emplacementa dans le lieu deiliné pour la ville, se contentèrent d'en laisser libre Tespace marqué pour les rues, sans s'empresser de bâtir; quoique d'après leurs contrats de concession, ils y fussent obligés dans Tannée même. Cette négligence excita les réclamations de ceux qui avaient déjà fait élever des bâtiments; & sur les plaintes qu'ils adressèrent aux seigneurs de Montréal, le Supérieur du Séminaire fit publier & afficher un avertissement pour presser les retardataires. Il déclarait que si, immédiatementa près les semences suivantes, ces particuliers ne faisaient apporter les matériaux nécessaires « pour élever leurs bâti- « ments, deftinés, disait-il, à Tornement & à la décoration (( de leur ville, & à faciliter le commerce, tant avec les « habitants qu'avec les étrangers , les seigneurs réuni- « raient tous ces emplacements à leur domaine, & en « donneraient des contrats de concession à ceux qui se « présenteraient pour les demander (i).
Les délais qu'éprouva la conffrudion de l'Eglise paroissiale durent retarder aussi l'établissement des colons sur les lieux désignés pour la ville. Comme on était toujours en projet de bâtir cette Église, sans en venir à l'exé-
{2; Grcflc de Villemarié, 12 mars 1673, 21 juin 1673.
venait de faire, ce qui fat cause que d'autres particuliers ne purent porter sur leurs emplacements les matériaux nécessaires à la conllruction des maisons qu'ils voulaient y élever. Plusieurs de ceux-ci, entre autres mademoiselle Mance, M. d'Aillebouft, madame Migeon de Branssat, s'étant assemblés, adressèrent une requête à M. Dollier, dans laquelle ils lui représentèrent qu'ayant fait lui-même borner les rues, ayant donné à chacune son alignement, sa longueur, ses encoignures & son nom pour la structure & la décoration de la ville, il voulût bien leur faciliter les moyens de s'y bâtir des maisons en empêchant les particuliers de labourer & d'ensemencer aucune partie de ces rues. M. Dollier fit droit à une si jufle demande, & défendit toute espèce de culture entre les lignes tracées, laissant libre à chacun de clore son emplacement de pieux ou de haies vives. Les opposants se soumirent, & avec d'autant plus de raison que ces rues, en traversant ainsi leurs terres, en augmentaient de beaucoup la valeur (2J.