BRANCHES D'INDUSTRIE EN CANADA
pléer en partie au vin & aux autres liqueurs fortes (*).
Ce miniftre gémissait sur les désordres occasionnés par la grande quantité | de vin & d'eau-de-vie apportée en Canada, qui détournait les colons du trav ail, ruinait leur santé, & les appauvrissait en faisant passer dans les mains de marchands étrangers les etlets & les deniers de plusieurs particuliers, qui manquaient ensuite des choses les plus indispensables à la vie. Le Conseil souverain, informé des vues si sages de Colbert, pria M. Talon, le 5 mars 1668, de mettre à exécution un dessein devenu nécessaire au bien de la colonie, attendu qu'on procurait par là deux grands avantages au pays : le premier, de eonsommer la trop grande quantité de blé qu'on récoltait, dont on ne trouvait pas quelquefois le débit; & le second, d'encourager l’agriculture, chacun devant être assuré, en vendant ses grains, d'avoir de quoi faire subsifter sa famille, & même de lui procurer les autres choses nécessaires qu'on ne trouvait pas dans la colonie (1). Pour favoriser une branche d'induftrie si avantageuse, le Conseil ordonna que ceux qui établiraient des brasseries auraient seuls le privilége de vendre de la bière, pendant dix ans, pour se dédommager de leurs avances; & laissa pourtant aux autres habitants la liberté d'en fabriquer pour leur usage, & pour celui de leurs familles & de leurs serviteurs (2).
de
(+) Quoique la Mère Marie de lfncarnation ait écrit que ces manufactures n'étaient point ‘en usage par le passé en Canada (3, il paraît qu’à Villemarie, plusieurs y étaient exercées déjà & d’ autres encore : les seigneurs ayant envoyé de France des ouvriers tous capables de quelque métier utile à la colonie. Nous avons vu, en ettet, que M. de Maisonneuve fit des gratifications d'argent & des concessions de terres à un grand nombre de ses soldats, qui se fixèrent à Villemarie comme habitants pour y vivre de leur propre induftrie. Outre qu’en 1071 nous y trouvons une tannerie, qui même avait déjà donné son nom au quartier où elle était établie (4), il eft certain que, longtemps avant l’arrivée de M. Talon, il y avait à Villemarie, pour lPusage des colons, une brasserie dans le voisinage du Fort, ainsi qu’on l’a rapporté déjà.