MINES DÉCOUVERTES, 1608 KT SUIV
1668 : « Cette mine n'ett pas de la nature de toutes celles « que j'ai vues, sur les rivages de la mer où aux envi- « rons de Québec, qui n'ont que de l'apparence, mais eil « toute semblable à celle que j'ai vue dans les Ardennes « de notre France. La couleur en eft d'un beau bleu; les « lames se tirent aisément, si grandes & si petites qu'on « veut, fort tendres & fort douces (1), »
M. Talon fit aussi rechercher des mines de cuivre, voisines du lac Supérieur, déjà découvertes fortuitement par des sauvages avant qu'ils eussent eu aucun commerce avec les Européens. Ces barbares, qui ne connaissaient point alors l'usage des chaudières de métal & ne se servaient encore que des plats d'écorce pour y préparer leur manger, avaient coutume de remplir ces plats d'eau & d'y jeter ensuite des pierres rougies au feu, afin de mettre l'eau en ébullition, & de faire cuire ainsi leurs viandes. Ceux dont nous parlons, ayant donc pris des pierres sur le bord du lac pour les faire rougir au feu, furent fort surpris, en les retirant du foyer, de voir qu'elles étaient presque toutes changées en autant de morceaux de cuivre; &, frappés par la nouveauté du fait, ils se chargèrent de quantité de ces pierres qu'ils emportèrent avec eux. On racontait même que, dans une île du lac Supérieur, il y avait des coteaux de terre glaise, tout escarpés, où l'on voyait plusieurs couches de cuivre rouge les unes sur les autres, séparées ou divisées par d’autres couches de terres ou de rochers. En 1667, des sauvages donnèrent aux Jésuites un morceau de cuivre rouge de la pesanteur de cent livres, dont ces Pères coupèrent une partie qu'ils envovèrent à M. Talon à Québec; & au printemps de 1669, ils achetèrent, en outre, une plaque de pur cuivre de deux pieds en carré, qui pesait plus de cent livres. I fallait que ce métal fût très-abondant dans ces lieux, puisque des femmes sauvages, en fouillant dans le sable pour y cacher leur blé, trouvaient quelquefois des morceaux de cuivre, épars çà & là, de dix, vingt ou trente livres de pesanteur (2).
6) Relation de tons, P: de
MINES DE CUINRE DE COUVERIES,
pu #3, 84, 85 & JG,
(1) Relation de 1672, P- LE ROI FAIT TRAVAILLER EN CANADA A LA CONSTRUCTION DE VAISSEAUX.
‘2) Relation de 1667,
(3) Archives de la marine, Rigiftre des dépêches de Colbert pour les Indes, 1671, fol. 18.
(4) Relation de 1672, p. 2.
(5) Archives de la marine. Regiftre des dépêches, ann. 1674 & 1675. Lettre du 15 mai 1674, à M, de Frontenac,
Enfin, un Français appelé Perré ayant trouvé une de ces mines de cuivre vers le lac Supérieur, M. Talon y envoya des hommes pour en faire des recherches plus exactes (1).
La conftruétion des vaisseaux était une autre branche d'induftrie que Louis XIV avait à cœur d'introduire en Canada; &, dans ce dessein, il eut soin d'y faire passer tous les ouvriers nécessaires, ainsi que d’autres, pour préparer des bois propres à cette conftruétion & les transporter en France. Peu après son arrivée en Canada, M. Talon donna tous ses soins à un objet de si grande importance. « Il fait couper des bois de toute sorte, lit-on « dans la Relation de 1667, qui se trouvent par tout le « Canada, & qui donnent facilité aux Français & aux « autres, qui viennent s'y habituer, de s’y loger dès leur « arrivée. Il fait faire des mâtures, dont il envoie cette « année des essais à la Rochelle pour servir à la marine. « Il s’eft appliqué, de plus, aux bois propres à l cons- « truétion des vaisseaux, dont l'épreuve a été fait: en ce « pays par la bâtisse d'une barque, qui se trouve a bon « service, & d'un gros vaisseau tout prêt à être 1 ‘s à « l'eau (2). » Dans l'état de la dépense du Roï pour année 1671, nous lisons cet article remarquable : « Qua ainte « mille livres pour être employées à la conftructio des « vaisseaux qui se font en Canada, comme auss à la « coupe & à la façon des bois envoyés de ce pays pc “les « conftruétions qui se font dans les ports du royaume (3. » Le premier de ces navires, auxquels on travaillait l'année 1672, devait être du poids de quatre à cinq cents tonneaux; &, dans le même temps, on se disposait à en construire un autre plus considérable encore, dont tous les matériaux étaient déjà prêts (4). L'un de ces bâtiments étant enfin achevé, on demanda au Roi qu'il voulût bien le laisser dans la colonie, ce qui pourtant n’eut pas lieu (5).
Cet élan général pour l'induftrie était surtout l'effet