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(1) Lettres de Marie de l’Incarnation, lettre 83e, oétobre 1669, p.
DÉPART DES MISSION- NAIRES. FATIGUES ET PRIVATIONS QU'ILS EN- DURENT DANS LE VOYAGE,
que trois autres Français avaient commis un attentat plus atroce encore que le précédent sur la personne de six sauvages Iroquois, de la nation d'Onneiout, massacrés près de Villemarie, comme nous le raconterons plus en détail au chapitre suivant; & ces événements funeftes faillirent rallumer le feu de la guerre & mettre tout à feu & à sang dans la colonie. « Nous avons été à la veille, dit à ce sujet « la Mère Marie de l’Incarnation, de voir les nations sau- « vages venir fondre sur nous & rompre la paix qu'ils « avaient faite, & qui a tant coûté au Roi. Notre situation « était d'autant plus embarrassante que les Missionnaires « étant dispersés en toutes ces nations, il y avait sujet de « craindre qu'ils ne fussent égorgés avec tous les Fran- « çais de leur suite. Ce qui a encore aigri les affaires du « côté des Iroquois, c’eft que les trois assassins ayant été
« saisis & interrogés, l’un d'eux déposa que les deux autres
« avaient proposé d'empoisonner, dans les occasions, « autant d'Iroquois qu'ils pourraient. Ce bruit a éclaté & « nous a mis dans la dernière crainte que les Iroquois « ne fissent mourir les Missionnaires & ne vinssent à dé- « truire nos habitations écartées (1); les Sonnontouans « en particulier avaient résolu de tuer autant de Français « qu'ils en pourraient rencontrer à l'écart, pour venger la « mort de leur capitaine. »
Ce fut donc dans ces circonttances critiques que M. Dollier, M. de Galinée & M. La Salle osèrent entreprendre le voyage dont nous parlons. Le jour mème où les trois soldats assassins subirent leur supplice, ils partirent de Villemarie, allèrent au Saut Saint-Louis & au fief de Saint-Sulpice, appelé ensuite la Chine. La petite flotte se composait de sept canots, dont six étaient montés chacun par trois hommes, & le septième par quatre, faisant en tout vingt-deux Français, & marchait sous la conduite de deux autres canots montés par des Iroquois de Sonnontouan, les mêmes qui avaient demeuré chez M. La Salle. Nous ne décrirons pas toutes les fatigues
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qu'eurent à endurer les voyageurs, obligés, pendant près de quarante lieues, à traîner leurs bagages & à porter euxmêmes leurs canots, à cause des rochers dont les rivières sont remplies, ce qui faisait écrire à la Mère Marie de l'Incarnation : « Mgr notre Evêque a envoyé deux Ecclé- « siafliques de Saint-Sulpice à quelques nations du côté « des Outaouas. Ils sont dans une ferveur admirable : « aussi ont-ils besoin de cette grâce, ayant à passer des « lieux dangereux, par les bouillons d'eau qui s'y ren- « contrent (1). » Nous ne parlerons pas non plus des privations qu'ils souffrirent, n'ayant pour toute nourriture, pendant plus d'un mois, que du blé de Turquie cuit dans de l'eau, & pour couche que la plate terre; & il nous suffira de remarquer que les vingt-deux voyageurs n'étant point accoutumés à une vie si rude, il n’y eut personne parmi eux qui n'éprouvât les atteintes de quelque maladie, avant qu'ils fussent à cent lieues de l'île de Montréal (2).
M. Dollier & M. de Galinée avaient d'abord eu dessein de passer à Kenté pour prendre langue avec M. Trouvé & M. de Fénelon; mais leurs guides allant au grand village de Sonnontouan, ils n'osèrent se séparer d'eux, de peur de ne pouvoir en trouver d’autres, & arrivèrent ainsi dans les environs de ce village. Is en étaient encore à six licues, lorsque M. Dollier & d’autres reftèrent là pour garder les canots, tandis que M. de Galinée & M. de La Salle, avec huit de leurs hommes, s'acheminèrent vers Sonnontouan, situé sur un petit coteau, dans le dessein de demander qu'on leur donnât quelques esclaves des bords du Mississipi, qui leur servissent de guides. Le conseil des sauvages se réunit pour entendre leurs propositions; mais quand il fallut les articuler, M. La Salle avoua qu'il n'était pas capable de se faire comprendre en Iroquois; &, de son côté, le Hollandais de M. de Galinée déclara qu'ilne savait pas assez la langue Française pour traduire entièrement les discours des orateurs Iroquois. Le Père
de l'Incarnation, lettre Sue, 1er sept. 1000, p. 030.
(2) Voyage de MM, Dollier et de Galinéc ;
ibid.
LES VOYAGEURS VONT A SONNONTOUAN, LE. R EMBARRAS POUR SE FAIRE ENTENDRE.