CARTE DE M, DE GALINÉE
rent aucun accident au milieu de ces bouillons impétueux. C'eft qu'ils avaient un fort bon guide & des hommes trèshabiles dans cette sorte de navigation. Ils arrivèrent ainsi à Villemarie le 18 de juin, après vingt-deux jours d'une marche la plus fatigante qu'ils eussent jamais faite de leur vie. Aussi, sur la fin du voyage, M. de Galinée fut-il atteint d'une fièvre tierce, qui, par l'abattement où elle le mit, ne modéra pas peu la joie qu'il avait de se retrouver enfin au milieu de ses frères (1).
Dès qu'il fut rétabli, il traça la carte & composa la Relation détaillée de ce voyage, qu'il termina par les observations suivantes (*) : « Tout le monde a souhaité que je « dressasse la carte de notre voyage: ce que j'ai fait avec « assez d'exaétitude. Je n'y ai marqué que ce que j'ai vu : « ainsi vous ne trouverez qu'un seul côté de chaque lac, « puisque leur largeur eft si grande qu'en côtoyant un « bord on ne peut voir l'autre. Je l'ai faite en carte marine, « c'eft-à-dire, que les méridiens ne s'y rétrécissent point « auprès des pôles, parce que j'ai plus d'usage de ces « sortes de cartes que des cartes géographiques; & au « refte, celles-là sont communément plus exaétes que les « autres. » C’eft la première carte qui ait fait connaître ces vaftes contrées. L'année suivante, les PP. Jésuites en donnèrent une des pays où étaient placées leurs Missions outaouoises, qui fut reproduite encore en 1672 (2). Dès que sa carte fut achevée, & avant d'y avoir mis la dernière précision, M. de Galinée l'envoya, avec la Relation de son voyage, à une personne qu'il ne fait pas connaître par son nom. « Je vous envoie cette carte telle qu'elle eft, lui dit- «il, me proposant d'en corriger les défauts quand j'en « aurai le loisir, & je vous prie d'avoir la bonté de
(*) M. Dollier composa aussi, de son côté, une Relation de ce voyage, comme il nous lapprend lui-même dans son Histoire du Montréal, mais nous n’avons pu en retrouver aucune copie.