MORT DE MARIE DE L'INCARNATION
difficultés inséparables de l'exécution d'un tel dessein, sans exemple jusqu'alors. On remarquait en elle une douceur inaltérable envers tout le monde, & une admirable égalité d'humeur, fruit de son union intime avec Dieu, & la marque assurée d'une vertu tout extraordinaire. Quoiqu'elle eût été dix-huit ans Supérieure, à trois reprises différentes, avec une entière satisfaétion de tout le monde, tant de la Communauté que du dehors, elle était la plus soumise, la plus obéissante de la maison, la plus exaëte à toutes les observances, & découvrait son intérieur à sa Supérieure avec la sincérité de la plus ‘ervente novice. Nous avons parlé de sa facilité pour apprendre les langues Algonquine & Huronne; & on peut dire qu'elle mourut dans cet exercice de zèle, puisque sa dernière maladie se déclara lorsqu'elle avait pour écolières en ces langues trois Religieuses de France, nouvellement arrivées. Cette maladie commença le 16 de janvier, où elle prit le lit qu'elle ne quitta plus. Vers la fin de sa vie elle paraissait être comme dans une douce extase, la joie sur le front, & la vue modeftement baissée, ou fixée sur son Crucifix qu'elle tenait en main. Étant à l'extrémité, elle demanda plusieurs fois qu'on lui amenûât toutes les petites pensionnaires, tant Françaises que sauvages, leur donna sa bénédiction, en assurant toutes ses Sœurs qu'elle offrait continuellement à Dieu ses douleurs, sa vie & sa
mort, pour la conversion à le salut des sauvages, afin que
Dieu fût connu de tous ces peuples, aimé, servi & glorifié ; et dans ces sentiments, chargée d'années & de mérites, elle quitta la terre, pour aller jouir de Dieu dansle ciel(r).
(1) Relation de 1672,
« La mort de ces deux illuftres personnes, disait le P. Da- P:79% 71:72
« blon, a été une affliétion publique; comme elles obli- « gaient tout le monde, tout le pays y a pris part, & les « a regrettées. On les honorait beaucoup partout, pour « leur vertu & leur sainteté; mais elles étaient chéries & « considérées particulièrement, comme celles qui avaient « donné commencement à l'inftruétion des jeunes filles « Françaises & sauvages, & qui, par ce moyen, avaient
(1) Relation de 1672, Ps 70, 7 72 ÉCRITS DE LA MÈRE MA° RIE DE L'INCARNA= TION,
(2) Arch, de l’ar- Lettre autographe de M. Émery, 5 janv.