MORT DE MADEMOISELLE MANCE
eft à regretter qu'on ne nous ait conservé aucun détail sur les dernières années de mademoiselle Mance, ni sur les circonftances de sa sainte mort. Tout ce que nous en savons, c'eft que Dieu acheva de la sanétifier par de longues & continuelles maladies; que cette fille admirable éditia toute la colonie par ses grandes vertus (1), & qu'enfin elle mourut en odeur de sainteté (2), le 18 juin 1673, à dix heures du soir (3), âgée de soixante-six à soixante-sept ans. Ses précieux reftes furent aussitôt l'objet de la vénération des pieux colons, de ceux surtout qui avaient eu plus d'occasions d'admirer ses rares vertus. Cette grande servante de Dieu, n'ayant vécu que pour procurer l'établissement de la colonie de Villemarie & celui de l'Hôtel- Dieu Saint-Joseph, avait demandé que son corps fût inhumé dans l'église de cette maison, & son cœur placé dans celle de la paroisse : voulant ainsi que ce cœur, après sa mort, ne fut point séparé de ceux pour qui il n'avait cessé de battre, après Dieu, durant sa vie: ou plutôt elle ordonna qu'il fût placé, sous la lampe, devant le Très- Saint Sacrement, comme pour témoigner qu'elle ne cesserait d'intercéder en faveur de ses chères Montréaliftes, lorsqu'elle serait devant le trône de Dieu. Ce fut la recommandation qu'elle fit verbalement à M. Souart, son exécuteur teftamentaire. Le corps fut en effet inhumé dans l'église de l'Hôtel-Dieu, & son cœur, qu'on renferma dans un double vase d'étain, fut mis en dépôt, sous la lampe de la même chapelle, en attendant que l'église parc: sale, dont on n'avait posé encore que les fondements, tr. éle-
ne nm moe th
pital avaient joui en commun & par indivis de ce domaine, qu’on n’avait pu diviser durant les troubles occasionnés par la guerre; & d’ailleurs, plus occupés des colons que d’eux-mêmes, les seigneurs avaient laissé tomber la grange en ruine, faute d’y faire des réparations. Comme donc la moitié de ces bâtiments appartenait à l'H6pital, aussi bien que la moitié des terres, mademoiselle Mance voulut qu’on fit l’eftimation de la somme nécessaire pour les relever ; cette somme fut évaluée à cinq mille six cent cinquante livres, dont elle promif de fournir la moitié (4). .
(1) Historia Canadensisa Cruxio, 1664, in-4°, pe 370.
(2) Hifloire de l'H6tel-Dieu de Québec, p. 140.
(3) Regift, de la paroisse de Villemarie, 1G juin 1973,