‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 378 sur 392 · M. DE FÉNELON BLAMÉ · texte numérisé non relu

M. DE FÉNELON BLAMÉ

nada, sans les obliger de prendre aucun passe-port ; & en même temps leur donner une entière liberté pour leurs lettres ; les laissant dans leur séjour ordinaire sans les obliger d'aller à Québec, que pour des raisons indispensables, qui doivent être fort rares (1). »

Quoique par cette lettre le Roi eût marqué assez clai-

rement à M. de Frontenac la ligne de conduite qu'il aurait à tenir, il voulut cependant que son miniftre insiftât plus fortement encore; & le 13 mai suivant, Colbert lui écrivit la lettre suivante : « Sa Majefté m'ordonne de vous dire,

en particulier, qu'il eft absolument nécessaire pour le bien de son service d'adoucir votre conduite, & de ne pas relever par trop de sévérité toutes les fautes qui pourraient être commises, soit contre son service, soit contre le respeét qui vous eft dû. Les raisons qui obligent Sa Majefté à vous donner cet ordre sont si fortes & si clairement expliquées par sa dépèche, que je ne doute pas que vous ne vous y conformiez entièrement. Mais après avoir parlé au nom de Sa Majefté, je vous prie de trouver bon que j'ajoute quelque chose de moi. Par le mariage qu'il a plu au Roi de faire de mon fils avec l'héritière de la maison d’Allègre, M. l'abbé d'Urfé cit devenu mon allié fort proche, étant cousin germain de ma belle-fille; ce qui m'oblige de vous prier de lui donner quelque marque d'une considération particulière, quoique dans les exercices de sa profession il ait peu d'occasions d’avoir recours à vous (1). » Ce furent

tous les reproches de Colbert à M. de Frontenac sur ses procédés durs & injuftes envers M. d'Urfé. Et cette correction si délicate & si modérée décèle dans ce miniftre une adresse & un tact exquis pour manier les esprits les plus difficiles & les plus intraitables, & tout à la fois une rare sagesse pour les amener à ses fins avec force & douceur,

sans les irriter, ni même sans les aigrir.

Quant à M. de Fénelon, il était difficile que ses con-

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