DE MÉZY. CONSEIL SOUVERAIN
le gagner à Dieu (1). M. de Laval, ayant passé lui-même plusieurs années dans ce lieu dc retraite, ainsi que nous l'avons dit, eftimait beaucoup M. de Mézy pour sa piété sincère & pour son désintéressement. Il voulut donc l'amener avec lui à Québec, persuadé que, sous un tel Gouverneur, tous les abus qui l'avaient fait repasser en France disparaîtraient du Canada, & que le règne de Dieu n'y rencontrerait plus d'obftacles. M. de Mézy s'excusa d'abord, alléguant pour motif de son refus les dettes dont il se trouvait alors chargé, & qui ne lui permettaient pas d'accepter un emploi de cette nature. Sans être arrêté par cette considération, M. de Laval témoigna un si vif désir au Roi d'avoir M. de Mézy pour Gouverneur, que ce prince paya lui-même de sa cassette les dettes qui mettaient obftacle à son départ, & lui fit en outre de grosses gratifications, tant il avait à cœur de donner à M. de Laval un homme qui lui fût agréable /2). Se voyant ainsi sollicité par le monarque lui-même, qui le prévenait d'une manière si délicate & si généreuse, M. de Mézy accepta le gouvernement général du Canada dans la seule vue de s'y sanctifier, en procurant la gloire de Dieu, le service du Roi & le bien de la Colonie (3.
Après avoir donné à M. de Laval un Gouverneur en qui il eût une pleine confiance, le Roi voulut procurer au Canada une forme d'adminiftration qui assurât îe bien public, & en particulier le repos & la liberté de l'Église. Pour cela il rendit un édit, au mois de mars 1663, par lequel il créa un Conseil souverain dont il fixa le siége à Québec, en se réservant pourtant de le transférer ailleurs, s'il le jugeait convenable. Jusqu'alors le Conseil de Québec, chargé de délibérer sur les affaires du pays, avait été composé de membres choisis, en grande partie, par le Gouverneur, sans que l'Évêque prit aucune part à leur nomination. Toutes les prérogatives de ce prélat consiftaient à avoir entrée au Conseil & voix délibérative, avec charge pour le Gouverneur de l'appeler aux séances & de le
(1) Marie de l'Incar-
nation, p. 500.
2) Hifoire de l'H6tel-Dicu de Québec,
Pe LAN, 140.
février 1004