‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 88 sur 392 · DÉSINTÉRESSEMENT DE M, DE MAISONNEUVF, SA RARE HUMILITÉ · texte numérisé non relu

DÉSINTÉRESSEMENT DE M, DE MAISONNEUVF, SA RARE HUMILITÉ

‘33 Annales de HG tel-Dicu Saintloscph, par la Sœur Morin.

lité l'empécha de témoigner jamais aucun ressentiment « de ce qu'on lui avait préféré des personnes qui ne le « valaient pas (1. »)Si la Mère Juchercau fait l'éloge de M. de Maisonneuve avec tant de liberté, c'eft qu'elle écri-

vait après la mort de ceux qui avaient été l'occasion ou les inftruments de ses épreuves, n'ayant terminé qu'en l'année 1716 son Hifloire de l'Hôtel-Dieu de Québec. Et comme la Mère de l'Incarnation, au contraire, écrivait dans le temps même où M. de Maisonneuve quitta le pays, elle a gardé le plus profond silence sur son départ. Pour cette même raison, les Relations n’en ont pas parlé non plus, ni même le Journal des Jésuites, quoique deftiné à demeurer secret. M. Dollier Lu Casson, qui composa son Hifloire du Montréal en 1672, a gardé aussi là-dessus la plus sévère réserve. Il se Han de dire : « Cette année « 1665, le Roi envoya des troupes en Canada : la joie fut « grande; mais Montréal fut dans le deuil par le départ « de M. de Maisonneuve, qui nous quitta pour tou- « jours (2), »

Ce digne Gouverneur, qui n'avait acquis aucun bien en Canada, ne voulut emporter avec lui, en le quittant, que le témoignage de sa conscience & le souvenir des services qu'il avait rendus au pays. Il lui était dû par le magasin la somme de six mille livres; il en fit don aux pauvres de l'Hôtel-Dieu (3), & partit pour la France, n'ayant pour toute suite que Louis Frin, son unique & fidèle serviteur (*. Retiré à Paris, il se montra toujours

(") Quoique M. de Maisonneuve n’eût jamais rien voulu acquérir pour lui-même en Canada, la Compagnie de Montréal, en se séparant, lui avait pourtant cédé, comme on Pa dit, l’usage de la maison seigneuriale, c’eft-à-dire du château ou Fort de Villemarie, ainsi que la jouissance de la moitié de la métairie & le revenu des moulins; & cela sa vie durant, tant pour reconnaître ses services que pour fournir plus sûrement, par ce moyen, aux besoins d'un homme si ou-

blieux de soi-même. Mais, M. de Maisonneuve etant passé pour toujours en France, le séminaire, qui ne pouvait jouir de la réserve

semblable à lui-même, & content d'avoir consacré ses plus belles années à la fondation de Villemarie & d'avoir exposé mille fois sa vie pour le service de son Dieu; il cacha constamment, sous le voile du silence, tous ses faits d'armes & les autres actes de son gouvernement. Il eût été trèscapable d'écrire des mémoires sur les vingt-quatre années de son séjour en Canada, & la part qu'il avait prise aux affaires générales l'avait mis plus à même que personne de faire une appréciation des hommes & des événements aussi éclairée qu'elle eût été sage & impartiale. Mais il ne mit rien par écrit, autant par charité chrétienne pour plusieurs personnes dont il aurait été obligé de faire connaître les sentiments & la conduite, que par un entier oubli de lui-même que lui inspirait sa sincère & profonde humilité : bien différent en cela de tant d'autres officiers qui, n'ayant rien fait de remarquable dans les guerres où ils ont eu quelque emploi, composent des mémoires pour se donner à eux-mêmes de l'importance, quelquefois aux dépens de la vérité. C'était à Dieu que M. de Maisonneuve avait fait le sacrifice de son repos & de sa vie, & l'approbation de Dieu seul fut toujours l'unique témoignage d'eftime & toute la gloire qu'il ambitionna.

La manière si peu délicate dont on avait payé ses longs services ne diminua point son affection pour le Canada. Il demeura sincèrement attaché à ce pays, & quoiqu'il fût de corps en France, son cœur était à Villemarie, au milieu de ses compagnons d'armes & de ses enfants bien-aimés. Aussi ne se possédait-il pas de joie

qu’il lui avait faite, le pria de recevoir en compensation une pension viagère de cinq cents livres par an, qui lui serait toujours payée, quelque cataftrophe qui pût arriver à la colonie. Par aëte du 4 avril 1668, passé au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, M. de Maisonneuve agréa cet arrangement (1), non pour se faire des épargnes, mais pour étre plus à même d’aider ceux qui avaient recours à sa charité; car il transporta cette rente à une personne à qui le séminaire la paya, jusqu’à la mort du bienfaiteur (2).

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