. TIER DES ARMES ET
marie, 8c qui lui conseilla de se marier. M. de Maison- la perfection chréneuve éprouvait pour le mariage des répugnances insurmontables; il fit part de son embarras à la Sœur, qui lui conseilla, au contraire, de faire le vœu perpétuel de chasteté. Le P. Jérôme Lalemant, qu'il allait voir tous les ans à Québec pour la dircLlion de sa conscience, & qu'il cou-
tienne.
2l8 If PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.
sulta là-dessus, approuva lui-même l'avis de la Sœur, & M. de Maisonneuve, ayant en effet prononcé ce vœu, se trouva depuis délivré de toutes ses peines. Ce trait montre à quelle haute vertu il aspirait dans la profession des armes, quelque dissipante qu'elle puisse paraître. En apparence homme du monde, il était en réalité un vrai Religieux, par sa délicatesse de conscience, qui le rendait pur comme un ange, & par son humilité sincère &: profonde, qui lui faisait cacher en tout le bien qu'il faisait. Quand il ne pouvait en dérober la connaissance aux hommes, il avait alors de saintes adresses pour leur donner à penser qu'en faisant le bien il cédait à l'exigence des circonftances, quoiqu'il lui fût toujours inspiré par son amour pour Dieu & par le désir de ne plaire qu'à lui seul. C'était un homme de grande oraison, intimement convaincu & pratiquement pénétré des maximes de l'Évangile les plus parfaites & les plus sublimes ; & cette convidion, jointe à sa force d'âme naturelle, le rendait sans pareil en confiance dans l'adversité. Sachant, par la lumière de la foi, que les contradidions, les disgrâces temporelles, sont autant d'occasions de mérites pour le Ciel, il se réjouissait lorsqu'il plaisait à Dieu de le gratifier de quelque faveur de ce genre : ce qui lui arriva souvent dans l'exercice du Gouvernement de l'île de Montréal. Le mauvais vouloir des hommes & leurs procédés blessants, qui, pour d'autres, auraient été autant de sujets de se laisser abattre par la triftesse ou emporter par la colère, semblaient n'être pour lui que matière enjouée de divertissement; aussi ne s'apercevait-on jamais qu'il eût dans le cœur quelque sentiment de peine. Il parlait de ses disgrâces à la Sœur Bourgeoys d'un air riant & joyeux; & comme, de son côté, elle se ré- 'ouissait de le voir comblé de ces sortes de faveurs, cette disposition dans la Sœur, qui lui étaif à lui-même très- (i) Annales de 1 Ho- g^réable, l' affermissait de plus en i-)lus dans des sentiments
tel-Dieu Saint-Joseph, . . '^ '^
par la sœur Morin. SI chrétiens (l).
LA SŒLR BOURGEOYS Peudaut sa dcmière traversée de France en Canada,