POUR LA PAIX
Malgré la reddition des neuf prisonniers ramenés dans ce pofte, les colons n'avaient pas pour cela plus de MENTs DES iROftuois sécurité, & 86 trouvaleut toujours exposés aux hoililités des Iroquois. « Ceux qui tuent, écrivait la Mère Marie de l'Incarnation, sont les Agniers, & ceux qui demandent la paix sont les Onnontagués & ceux d'Oi^guen... S'il y a de la sincérité dans la recherche que les Iroquois font de la paix, on la conclura avec eux & avec trois autres nations qui leur sont alliées, parmi lesquelles il y a plus de quatre cents captifs chrétiens. Cependant l'expérience que l'on a des trahisons de ces peuples nous a fait craindre qu'ils ne se joignissent aux Agniers pour venir détruire nos habitations, lorsque nous nous reposerions dans l'attente de la paix; ce qui a fait que l'on s'eft toujours tenu sur ses gardes, comme si l'on eût été dans une pleine guerre. Et, en effet, nous avons appris que les Agniers ont fait des présents à celui qui conduisait le P. Le Moyne, afin de le tuer en chemin : ce qui pourtant n'a pas eu lieu. Si l'on avait la paix avec ces cinq nations, qui ont plus de seize cents hommes de guerre sur pied, l'on pourrait humilier les Agniers, qui n'en ont pas plus de quatre cents. C'eft ce que l'on a dessein de faire l'an prochain, si le Roi envoie le régiment qu'il a
M. d'aRGENSON a VILI.EMARIE. 1659 ET SUIV. 4^7
(I fait espérer (i). » Mais ce secours était encore éloigné, ( i) Marie de rincar-
& les plus sages ne comptaient, pour la conservation du "^^'^'°^' ^'^'^"t.'"'^ 'COi,
pays, que sur Tassiftance divine. « Quoique l'intentioa des
« Iroquois, disait encore la Mère Marie de Tlncarnation,
« soit de nous chasser ou de nous détruire, je crois que
(I celle de Dieu eft: de nous conserver, de nous retenir
(( ici & de faire triompher cette nouvelle Église (2). » (■!) ibid., 2 novem.
Pour obtenir cette grâce, la même Religieuse composa, à ' "' ''' ^'
son propre usage, une prière au Sacré-Cœur de Jésus,
l'un des monuments les plus anciens de cette dévotion,
que communément l'on croit n'avoir pris naissance en
France qu'au dix-huitième siècle (3) . (-^) *^ane de rincar-
nation. Lettres spirituelles, 16 sept. 1661,
Nous avons parlé, dans ce chapitre, des mouvements let- ^7', p- 219. 220, de guerre qui agitèrent le Canada l'année 1661. Avant de poursuivre la suite de cette cruelle guerre, il nous refte à raconter divers événements qui eurent lieu sous le gouvernement de M. d'Argenson, & nous avons cru devoir les exposer à part pour mettre plus de clarté dans les récits que nous allons en faire.