SUITE DE LA PREMIERE GUERRE DES IROQUOIS DE 164I A
NECESSITE DE CONS- TRUIRE UN FORT SLR LA RIVIÈRE DES IRO liUOIS.
Nous avons différé de parler jusqu'ici des suites de la déclaration de guerre faite aux Français par les Iroquois, en 1641, un mois avant l'arrivée de M. de Maisonneuve , nous réservant de traiter ce sujet à part, afin de mettre plus de liaison & de clarté dans nos récits. La crainte, qui tenait tout le monde en alarme à Québec, avait tellement saisi les sauvages alliés, que ceux d'entre eux qui, au mois de juillet 1642, allèrent visiter les premiers l'habitation naissante de Villemarie, n'osèrent jamais donner parole de venir pour s'y fixer, ni d'y cultiver la terre, quoiqu'ils le désirassent tous. C'eft qu'ils auraient craint, en s'écartant de Villemarie pour la chasse & la pêche, de tomber dans quelqu'une des embuscades que leurs ennemis leur dressaient partout (i). « Les Iroquois, vrai fléau (i)Reiatioiide!-42 « de notre Église naissante, écrivait le P. Vimont, per- <i dent & détruisent nos néophytes avec les armes & le feu; <i ils ont juré une cruelle guerre à nos Français; ils bou- 11 chent tous les passages de notre grande rivière, empé-
TOMK i:. I
« chent le commerce de ces messieurs, & menacent de 11) Relation de 1642, « Tuiner tous Jc pajs (i). » Comme ces barbares entraient p- -■ dans le fleuve Saint-I.aurent par la rivière qui portait
autrefois leLir nom, & qui joint le lac Champlain avec ce fleuve, M. de Montmagny désirait de conftruire un Fort sur le bord de cette rivière même, afin de leur couper le chemin, ou de leur dispLiter le passage ; mais par suite de l'abandon où la grande Compagnie semblait le laisser, il se voyait dépourvu d'hommes, tant pour conftruire ce Fort que pour y tenir garnison. C'eft qu'avant l'établissement de Villemarie, le roi n'avait fait aucun envoi de troupes en Canada; & on conçoit qii' il n'était pas obligé de prendre sur lui cette charge, la grande Compagnie étant engagée alors à défendre elle-même & à peupler le pays.
m; défaut des asso- Toutefois, lorsquc le cardinal de Richelieu vit que,
ciFs, LE ROI ENvoin ^-^^^^^ côté , cctte Compacnle ne s'occupait guère que des
UNE RECRUE POl'R ' . r '.' 1
GARDER LE FORT. profits qu'clk poLivalt retirer du commerce , & que , d'autre part, les Associés de Montréal, par une générosité JLisqu'alors inouïe, en vue de la seule gloire de Dieu, venaient d'envoyer M. de Maisonneuve, avec une première recrLie de quarante hommes, ce Miniflre, à la prière de la duchesse d'Aigiiillon, voLilut que le roi contribuât lui-même au sovitien de la colonie chancelante, & promit d'envoyer, Tannée suivante, une recrue de trente à quarante hommes, deftinée à occuper le pofte de défense qu'on ^ désirait conffrLiire, pour arrêter les Iroquois. Dès que
M. de Montmagny eut appris l'envoi de ces hommes, & avant même leur arrivée, il fit disposer à Québec la charpente d'une maison qvTon devait transporter ensuite au lieu désigné pour le Fort, afin que, par ce moyen, ils pus- (2)Rciationdei('42, scut s'y logcr & s'y garantir du froid (2). La recrue arriva ?--^-+- en effet, l'année 1642, 8c fit naître partout l'allégresse.
Il La joie que les Français & les sauvages (alliés) ont « éprouvée, à la vue de ce secours, n'eft pas concevable, « rapporte le P. 'Vimont. La crainte des Iroquois avait (( tellement abattu les cœurs, qu'on ne vivait que dans les
DES IROQLOIS. PRISE DU PÈRE JOIUES.
HOSTILITÉS DKS IROQLOIS. 1642. 3
ic appréhensions de la mort. Mais, sitôt que la nouvelle « fut venue qu'on allait dresser des fortifications sur les « avenues des Iroquois, toute crainte cessa, chacun reprit « courage & commença à marcher tête levée, avec autant (( d'assurance que" si le Fort eût été déjà bâti (i). » (i) Relation de 1642,
Cette confiance cependant ne dura pas longtemps & nouvelles nosTitiTÉs
fut remplacée presque aussitôt, avant même qu'on eût conrtruit ce Fort, par une crainte plus grande encore que ne l'avait été la précédente. Le 2 août, à treize lieues plus haut que les Trois-Rivières, douze canots de Hurons, qui revenaient de faire la traite & retournaient dans leur pays, avec le P. Isaac Jogues, furent attaqués soudain par une troupe dlroquois. A la faveur des arquebuses, que les Hollandais leur fournissaient, les Iroquois défirent ces Hurons, en massacrèrent ou en firent prisonniers vingttrois ou vingt-huit, & du nombre de ces captifs deux jeunes Français, avec le P. Jogues. Entre les prisonniers Hurons, quatre étaient Chrétiens, les autres Païens ou Catéchumènes (2); tous furent liés & garrottés, aussi bien (2) Lettres de Marie que le P. Jogues & ses compagnons, & conduits au pays • ^^^ '''"'^''■■""''°" > pdes Iroquois (3). Les douze canots qui tombèrent au pou- (?) Relation de 1G42, voir de ces barbares portaient le petit ameublement p* ■+9nécessaire aux PP. Jésuites de la mission des Hurons, &: des vivres pour trente-trois personnes, que ces Pères y entretenaient : tout devint la proie des vainqueurs, ainsi que les armes à feu & les munitions, dont ces Hurons (4 R>-'-tio"'ie.jC42,
^ j ... . . , p. 4»)- Lettres de Ma-
venaient de se pourvoir dans leur traite (4). rie de l'incarnation.
Au pays des Iroquois, le P. Jogues fut accablé de cruauté des irocllois mauvais traitements. Après cfu'on lui eut coupé le pouce de la main gauche, arraché les ongles & mis du feu sur l'extrémité de ses doigts ainsi mutilés, on lui ôta sa soutane & on le vêtit à la manière des sauvages, en vomissant mille paroles outrageantes contre les Français & contre les sauvages chrétiens(5}. Car la haine des Iroquois ;?; Relation de 164 contre nous avait la religion pour motif, aussi bien que ^" '
ENVE5S les CATHO- LIQUES.
Ij8.
la politique nationale. Un jeune Français, nommé René Goupil, compagnon du P. Jogues, ayant formé le signe de la croix sur le front d'un Iroquois en bas âge & pris la main de celui-ci pour lui apprendre ci le faire, le grandpère de cet enfant, qui aperçut Goupil dans cette adion, dit incontinent à l'un de ses neveux : « Les Hollandais « nous assurent que ce que fait ce prisonnier ne vaut « rien; cela causera la mort de mon petit-fils; va donc « tuer ce misérable. » Là-dessus, l'autre s'arme d'une hache, attend le moment favorable & casse la tète à Goupil, qui, en rendant le dernier soupir, prononça le saint nom de Jésus. Le P. Jogues lui-même fut menacé d'un pareil traitement, pour avoir fait le signe de la (i ) Relation de i(]47, croix (i); hcureusement les Hollandais, informés de sa f" ~^' " '• captivité, parvinrent ensuite, au moyen de présents, à le
retirer des mains de ces barbares (2). La prise du P. Jogues remplit d'épouvante l'habitation de Québec. « Le Canada n'avait point encore vu un pareil accident, « depuis qu'on y prêche le saint Évangile, écrivait Marie « de l'Incarnation ; & vers le même temps, ajoute-t-elle, (I un autre parti Iroc;[uois prit une compagnie de Hurons, (( qui venaient faire leur traite au porte de Montréal ; Il tellement que ces barbares commandaient la rivière de « toutes parts (3). »
(2)Relationde 164?
p. Si.
(3) Marie de l'incarnation, p. 364.