Il y eut même un temps où l'Etat se
(1) Antiphon fut le premier qui, vers le crut oblijï(^ de prendre la dépense à son
temps d'Aristophane, composa des discours compte, et paya des Sophistes publics : voy.
dont les parties intéressées donnaient lec- [{.ickh, Staatshaushallungdtr Alhencr,\. \,
ture aux juges ; mais l'usage de recourir à un ch. 21 . logographe s'établit, et il n'y eut presque
son incapacité notoire, Torateur Gléon était promu général d'armée : la veille encore, l'art de bien dire avait fait de Périclès le maître et, comme disaient les poètes, le Jupiter Olympien d'Athènes (1). Aussi se forma-t-il insensiblement une classe de Sophistes (2), qui préparaient aux affaires en enseignant la souplesse d'esprit et le beau langage. Leurs écoles étaient à la lettre des gymnases : ils apprenaient à disserter sur les deux côtés de chaque question (3), à plaider selon les circonstances pour le juste et pour l'injuste (4), à entreprendre tour à tour la dénonciation et le panégyrique. De doctrines fixes, d'opinions arrêtées, ils n'en avaient point (5); ils s'étaient habitués à nier la vérité qu'on leur montrait en face, et à regarder derrière leur tête (6); ils ne s'inquiétaient ni de leur patriotisme de citoyen ni de leur conscience d'honnête homme, mais des intérêts de leur industrie : ils fabriquaient des orateurs à prix fixe (7) , et voulaient en fabriquer beaucoup. De nos jours encore des hommes fort distingués, professeurs, il est vrai, dans des Universités allemandes, n'ont vu dans ces jongleries de l'esprit qu'une question de pédagogie, et les ont trouvées très-méritantes (8) ; mais des juges moins abstraits et plus inté-
(1) Plutarque, Pericles, ch. viii, par. 3; modo iiiferior dicendo fieri superior possil; Vitae, p. 186. Brutus, par. vm : voy. Diogène de Laërte,
(2) Les premiers Sophistes, Lamprus , L ix, ch. 52, et le Scol. ad iVu&eS; v. 113. Agathoclès, Pythocléidès, Damou, étaient de (5) Ils niaient même que les choses pusvéritables philosophes qui communiquaient à sent être connues dans leur vérité l'éelle, et leurs élèves les vérités qu'ils avaient acqui- subordonnaient les lois morales au sentises ; mais leurs successeurs, les contempo- ment du moment.
rains de Socrate , crurent augmenter leurs (6) Ils faisaient même consister le princi-
protîts en rendant leurs leçons plus applica- pal mérite de l'orateur à donner au faux le
blés aux difficultés de la vie, et enseignèrent caractère de la vraisemblance : voy. Platon,
surtout la pratique oratoire et la dialectique Phèdre, p. 267 ; Ménon, p. 95 ; Gorgias,
spécieuse : voy. Grote, Hislory of Greece , p. 469.
t. V, p. 537, et Milhauser , De Sophis- (7) Us prenaient même habituellement
tarum graecorum Origine. Plus tard , Iso- fort cher : voy. Quintihen, De Inslitutione
crate étendit et éleva son enseignement : oratoria, 1. m, ch. 1 , et le Scol. adNubes,
il voulait faire des hommes et former de bons v. 873. Ce salaire était un des traits les plus
citoyens. caractéristiques des Sophistes : Sic enim,
(3) Protagoras avait même composé tout disait Cicéron, appellabantur ii qui , ostenexprès des 'Avzol'j-^uà : voy. Aristote, De So- tationis aut quaestus causa, philosophabaaphistarum Elenchis, ch. xxxiv, par. 7. tur ; Academica , 1. ii, ch. 23.
(4) Ils apprenaient, selon Cicéron, quo- (8) Die Ycrmittelung der Wissenschaft