‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 104 sur 129 · CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

l.ition dans la ville, de ces raisoiiiiemenls qui se moqucnl do la justice et gagnent les mauvaises causes plus sûrement que les bonnes. Au bruit qu'il fait à la porte, un des disciples accourt, rinjure à la boucbe, et lui enjoint de ne point faire avorter les méditations de Socrate. C'est un bomme utile, dont l'esprit, toujours en travail, n'enfante que de grandes et fécondes idées. La veille encore, il a mesuré le rapport exact du saut d'un bomme à celui d'une puce, et après un examen consciencieux, il a reconnu, par la forme des choses^ que le bourdonnement des cousins sortait, non de leur boucbe, comme on l'avait pensé jusqu'alors, mais de leur derrière. Socrate enfin paraît; il s'est élevé au-dessus des cboses de la terre à l'aide d'une poulie, et révèle à Strepsiade, du baut de son panier, tout le fin de sa doctrine. Il n'y a pas d'autres dieux que les Nuées : ce sont elles qui versent la pluie dans les champs de l'Attique, qui remplissent de brouillards la tête des Sopbistes, et qui font le tonnerre avec de l'air comprimé, en roulant les unes sur les autres. Puis il passe à la discussion du rhytbme et à la distinction des genres; mais en fait de mesure le bonbomrne ne connaît que celle de la farine, et n'a nul besoin de la grammaire pour distinguer les mâles des femelles. Fatigué d'une intelligence si peu ouverte à ses subtilités, Socrate congédie le campagnard et procède à l'endoctrinement de son fils. Dans la pensée du poëte, Pbidippide représentait la jeunesse opulente d'Atbènes : il aime follement l'élégance, adore les chevaux.

ch. 18^ et Hermann, Nubes, préface, p. 10, phane n'était pas un photographe travaillant

Aristophane n'avait sans doute aucune ani- d'après la nature; il comi)Osait des satires

inosité personnelle contre lui. Comme l'a dit dans un but politique et s'inquiétait fort peu

IMitchel dans la préface de sa traduction, de la vérité matérielle des détails : il vou-

|). CI.X : The fair inference seems to be, that lait seulement, même en répétant des ru-

the Clouds were not wrilten for Ihe pur})ose meurs très-suspectes, faire mieux ressortir

of exposùiji Socrates, but that Socrates was la pensée qui avait déterminé le choix de ses

selected i'<jr the jjurpose of givinjî more effect personnages. Son Socrate n'est pas plus ri-

lo the Clouds as an ingénions satyre against goureusement vrai que ne l'étaient sonC.léou,

the Sopliist and the pernicious System of son Bacchus et son Nicias. public éducation at Afhens. Au reste, Aristo-

méprise volontiers la sagesse des vieillards el la religion des ancêtres (4). Prodicus, un des plus odieux Sophistes, que son impiété avait fait chasser d'Athènes, parcourait la Grèce en récitant, de ville en ville, un dialogue entre la Yertu et Hercule, el certainement il n'y établissait pas la suprématie de la vertu sur la force physique. C'est également par une discussion entre le Juste et l'Injuste, où se trouvaient sans doute de nombreuses allusions au dialogue de Prodicus, que Socrate décide Phidippide à abjurer toute idée de justice. Alors revient Strepsiade poursuivi par ses créanciers: mais, tout borné qu'on soit, on n'entre pas impunément dans ces écoles de dépravation; il dit à l'un qu'attendu son athéisme il est prêt à jurer par tous les dieux qu'il ne doit rien, et embarrasse l'autre par" des questions socratiques, tout à fait étrangères à sa réclamation : il lui demande si la mer est plus grosse le soir que le matin, si c'est toujours la même eau qui tombe du ciel, et conclut de ses réponses qu'il ne veutpas le payer. Malheureusement pour lui les Sophistes n'apprenaient pas seulement aux pères le moyen de se moquer de leurs créanciers ; il reparaît encore, fuyant devant son fils qui le bat et lui prouve par de bons arguments, qu'il a toute raison de le battre. Le vieillard comprend alors tous les dangers d'un pareil enseignement : rien ne lui semble si infâme que des raisons qui l'ont fait rouer de coups, et il met le feu à la maison de Socrate en regrettant de ne pouvoir détruire en même temps ses doctrines (2).

La Tragédie n'avait point rompu irrévérencieusement avec ses traditions : quand, se dégageant de plus en plus de la pensée liturgique qui avait été sa cause première, son essence et sa

(1) Siivern y avait vu un portrait d'Alci- (2) Voy. pour plus de détails une disser-

biade ; Ueber Aristophanes Wolken, p. 33: tation spéciale sur Aristophane et Socrate,

il ne s'est pas souvenu qu'où l'avait sur- jtnhMée d&m nos Mélanges archéologiques,

nommé le Prince de la jeunesse, et prenait p. 149-196. une personnification poétique pour un portrait d'après nature.

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