CHAPITRE III. LA COMÉDIE DORIENNE
insignifiants, et les essais mal venus, que des inspirations plus heureuses font bientôt trouver encore moins satisfaisants, sont bien vite oubliés. Mais d'assez nombreuses indications permettent, sinon d'en suivre l'histoire pas à pas, de discerner toutes ses causes, et d'apprécier ses diverses péripéties, au moins de s'orienter et de reconnaître à vol d'oiseau ses principaux développements. Sans doute par imitation des épisodes tragiques, Arion intercala dans les dialogues créés surplace par le peuple, des monologues en vers, que pour s'y livrer libremient à une gaieté sans vergogne il faisait récitera des Satyres (1). Anthéas de Lindos (2), et THydriote Evagès (3) voulurent aussi s'inspirer d'avance de l'esprit des Orgies, et préparer des sarcasmes, auxquels ils donnaient comme aux chants phalliques une cadence musicale; mais ces tentatives incomplètes ne pouvaient réussir. L'énergie du geste, l'émotion vibrante de la parole, l'imprévu et la vérité de la bataille en faisaient le principal charme, et la foule préférait à d'élégantes épigrammes aiguisées à loisir, de grossiers, mais vivants impromptus. Les chants anciens s'accourcirentmémede plus en plus, et ne furent plus à leur tour que des intermèdes (4). On rendit à la forme sa liberté d'allures et sa verve, et Ton prétendit avoir vraiment quelque chose à dire : la Comédie prit possession d'elle-même; elle suivit d'un pied léger sa propre voie etrompit avec les traditions de la fête. Ces conversations de rencontre qui changeaient si délibérément d'interlocuteurs et de sujet, se suivirent sans in-
(l) Satùpoyç EiffweYxe "iv éiifiîTpa îkifovTaç . Sui- faut-il ajouter Timocréon, de Rhodes, qui
das, s. V. 'Apluv; t. I,p. I, col. 716, éd. de avait, s"lon Suidas, composé des comédies
Rornhardy. Arion était né à Mélhymne et vivait venimeuses.
dans la xxxvm'' Olympiade ; il passait pour (4) Les chants phallicjues se retrouvent
avoir distingué le premier les diverses parties même encore dans Aristophane , Acharneii-
(hi Chœur par des personna^jes diflérents et ses, v. 203-271). M. Reinhold a supposé
y avoir ainsi introduit un véritable dialogue, beaucoup trop de régularité et d'importance
C'est à Corinthe rpu; furent introduits ces à. celte tradition lors(|u'il a dit : Klar geht
lierfectionnemcnts : voy. Hérodote, 1. I, ch. hieraus hervor, dass die Comodien der Alten
XXIV, p. 7, éd. Didot. eine Art Vaudeville v\'aren, oder Singspiele ;
(2^ Athénée, I. x, p. 445 H. Ueber die Anicendung der }fuf:ik in den
(3) Klieune de Byzance, p. 7 24. Peut-être Comodien der Allen, p. 9.
2fi6 LIVRE IV. COMÉDIE GRECQUE.
terruption, souvent même se continuèrent, se rattachèrent à un semblant d'action, et il se trouva des comédiens plus sensibles aux mérites delà mélodie etmieux doués que les autres, qui versifièrent, au moins approximativement, leurs improvisations (1). Ce fut d'abord sans doute au détriment du Drame : incapables de lutter avec eux de facilité et d'entrain, les acteurs secondaires se bornaient à leur donner la réplique, et les pièces se composaient d'une succession de monologues très-imparfailement liés par quelques phrases (2). Mais il arriva enfin, notamment àSicyone, que les fournisseurs habituels des Bacchanales conçurent quelque ambition littéraire ; ces dialogues à un seul personnage leur parurent trop rudimentaires, ils y mirent plus de mouvement, de variété et de mesure ; les acteurs en sousordre eurent aussi un vrai rôle, et l'on ne compta plus sur les hasards de l'improvisation que pour des développements épisodiquGsou des accessoires à peu près superflus (3). Les anciens costumes convenaient aux fantastiques mascarades de la fête; mais ils choquèrent le bon sens public quand la comédie eut acquis quelque indépendance et représenta des personnages réels. Phormis, de Ménalos, s'affranchit d'une tradition qui n'était plus qu'une mauvaise habitude , et revêtit tous les acteurs d'un manteau blanc qui leur descendait jusqu'aux pieds (4) : ce n'était pas encore le costume du rôle, mais c'était déjà un uni-
(1) Scoliaste de Denys de Thrace ; dans toutes ses pièces ; Geschichte der dramati- Becker, Anecdota graeca , p. 748. De là ce schen Dichtkunst, t, II, p. 25. M. MeineUe passage de Pollux, 1. iv, par. 113 : axi^o- croit au contraii'e qu'il en employait deux ; [AuOeTv, vocaverunt alternisrespondere iambis, Historia critica comiconim graecorum , et rem ipsam ffT7o;j.'jOtav. C'est probablement à p. 25. Mais le passage du grammairien anol'imitation des poètes doriens que Sousarion nyme sur lequel ils s'appuient tous deux, dit versifiait ses comédies : Stobée (Johaunesde seulement : Oî (zipl 2oj(Tafltova)-- -zà itfôffwica Stobi) nous en a conservé quatre vers {Flori- siff'iYO"-' àxâxTOç- De Comoedia , p. xxxii. Nous legium, fol. 389B, éd. de Gesner, Zurich, avons, comme presque tous les critiques pos- 1543), et Bentley en a ajouté un cinquième térieurs à Pearson, substitué Iwaa^'u.na. à la dans sa Dissertation upon Phalaris, p. 144, leçon littérale Sawufiwva.
éd: de 1777. (3) Athénée, 1. xiv, p. 622 C.
(2) Selon M. Bode, Sousarion n'aurait pas (4) 'Eyp-riffato Si irptôio^ iv5û;AaTi uo^rlpEi xal même employé d'acteur et aurait joué seul «rxvfi Sspuiàtwv çoivuwv ■ Suidas, s. v. l'ô û|j.o ;•