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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

était, comme toujours, en Lien et en mal, ce que la Société Tavait faite, et il ne faut, pour comprendre ses singularités, qu'en étudier l'organisation et les mœurs.

D'abord, les étranges libertés que la Comédie prenait avec les dieux, ne sauraient lui être imputées à crime d'une manière spéciale; la Tragédie, dont le caractère religieux ne peut être contesté parj personne, s'en permettait quelquefois d'aussi insolentes (1). Elle était restée dans l'opinion publique, sinon une cérémonie liturgique, au moins une partie si essentielle de la fête, qu'une loi défendait d'y assister avec ces robes reteintes qu'on portait les jours ordinaires (2) ; une statue de Bacchus, pieusement dressée sur le théâtre, présidait à la représentation, et son prêtre, assis à la place d'honneur (3), rassurait par sa présence les consciences que des gaietés si vives auraient effarouchées. Si ces apparentes impiétés eussent été réellement des blasphèmes, l'auditoire, en veine de dévotion, ne les etit pas tolérées; il se fût souvenu que Sophocle avait dit la veille en

nait à paraître un homme bien informé et Cléon à la lanterne ! L'Allemand Wicland, recueillait des cancans à tort et à travers, craignant sans doute de paraître trop scancomme un journal imprimé en Belgique : daleusement Athénien, se rassurait en réprivoY. Variarum hisloriarum l. h, ch. 13. mandant Aristophane avec la légèreté pédan- Euuapc [Vitae Soplustarum , p. 21 et suiv.) tesque qui lui était habituelle, et lui jetait sa se croyait beaucoup trop Platonicien pour ne grosse pipe à la tête. Nous ne parlons pas de pas vouloir penser en toute chose comme M. Raoul-Rochette , un archéologue très- Platon : Magister dixerat. Voltaire se tenait savant et très-productif, qui s'imaginait conpour personnellement atteint par la condam- naître le théâtre grec parce qu'il avait traduit nation de Socratc : il Y avait des prêtres dans les fragments de Ménandre sur la couverl'aiïaire, il ne raisonnait plus et insultait ture, et peut-être aussi parce que les gens Aristophane ù cœur joie. C'était le Cille de qualité savent tout sans avoir rien apd'Athènes, un poète comi(|ue qui n'est ni pris.

comique ni poète et n'aurait pas été admis (l) Nous citerons seulement Sophocle,

parmi nous à donner ses farces à la Foire Ajax, v. 10 37 ; Antigone, v. 927 ; Euripide,

Saint-Laurent {Lettre à d'Alembert , du 25 Iphigenia in Aulide, v. 1034; Oresles ,

avril M G(i ; Dictionnaire philosophique, au v. 418 et 420; Hercules furens, v. 342,

mot Athke), et il aurait voulu écraser Vin- 1307 et 1315.

(âme. La Harpe croyait fermement qu'un (l) Lucien, Nigrinus , par. xiv.

grammairien était aussi en français un criti- (3) Au milieu des sièges en marbre, re-

tiue, et il voulait aller juger; mais il était né trouvés par M. Strack , il y en a un plus ap-

Irop radicalement myope pour rien conq)reii- parent que les autres, qui porte cette inscrip-

dre à la littérature ertra-muros , et la peur tion, postérieure à la domination romaine,

de la Révolution l'avait tellement pris au mais constatant une tradition, U g toi ; Auo-

vcutre qu'il voyait encore dans Aristopiiane vjaoj i âjjOs ç- éw^. un Jacobin et l'entendait crier en grec ;

parlant d'Athènes : Si quelque autre ville sait honorer les dieux, celle-ci l'emporte par sa piété sur toutes les autres (1). La mythologie grecque n'était point une religion compacte, sortie en une seule portée du cerveau d'un penseur, très-désireux de satisfaire les deux grands besoins de l'esprit humain, l'amour du merveilleux et la logique. Venus de l'extrême Orient, un à un, pendant une longue suite de siècles, à travers de peuples différents, ses mythes s'étaient bien obscurcis, quelquefois même transformés pendant le voyage; arrivés enfin en Grèce, on les avait juxtaposés un peu au hasard, et ils s'étaient agrégés vaille que vaille, empiétant souvent les uns sur les autres, quelquefois même se démentant, et se disputant toujours les autels. Ces contradictions du dogme n'embarrassaient personne : chacun sentait beaucoup, ne raisonnait guère, croyait le plus qu'il pouvait, et pratiquait les yeux fermés sur la foi des autres. L'intelligence était lasse de ce panthéisme à formes monstrueuses, où le Dieu raréfié disparaissait devant la pensée qui voulait vraiment le saisir, et devenait une formule métaphysique; il lui fallait des dieux personnels (2), qui s'affirmassent à tout instant par une activité violente, en bouleversant l'ordre universel : les plus turbulents lui semblaient les meilleurs. Leur grand mérite n'était pas une moralité suprême, mais une puissance infinie au service d'une personnalité très-rigoureusement déterminée et très-exigeante.

Amat; sapil, recte facit, animo qnando obsequitur siio (3),

disait Mercure pour justifier un des plus honteux adultères de Jupiter, et un docteur en théologie païenne aurait pu s'appro-

(i) ÔEdipus Coloneus, v. 1006. manquaient-ils pas de les appeler Osoeuaoi,

(2) On se plaisait à y voir des héros plus Oelo-., OeoîiJk;, àvxiOiO'., O^cl; lyoi, etc.

héroïques que les autres : aussi, pour louer (3) Plante, AmphUruo , act. III, se. ir,

les plus braves guerriers, les Honiérides ne v. 12.

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