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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

leur guise. Auxiliaires volontaires des prêtres de Bacchus, ils devaient concourir eiïectivemenl à ses fêtes, respecter des usages auxquels se rattachait un sens religieux, et se conformer à des traditions sanctionnées par le temps. Il leur fallait affecter l'ivresse, avoir la gaieté insolente et grotesque, associer par un étrange amalgame la poésie lyrique à la satire et entremêler les plus sérieux conseils des plus folles bouffonneries (1). L'origine orgiaque de cette comédie impliquait sa nature : elle la dispensait de vraisemblance dans le sujet, de logique dans l'action, de consistance dans les caractères, et de cette moralité de bonne compagnie qui entrerait dans l'esthétique des poêles si elle n'existait pas dans leurs habitudes. L'amusement d'une foule affolée de plaisir, tel était son principe et son but : exciter le rire tel quel, le rire à tout prix, sa poétique ne reconnaissait aucune autre règle. Les changements que le temps amena dans la manière dont elle était jouée et dans les dispositions du public auquel elle était destinée, ne pouvaient cependant rester sans influence, au moins sur sa forme. Quand le théâtre fut enfin fixé à demeure sur des tréteaux, et que la pièce, débitée d'une traite, ne fut plus éparpillée çà et là pendant une course vagabonde, il fallut mieux lier les différentes scènes, y mettre plus de suite et donner au sujet plus d'ensemble. On avait d'abord approprié la scène à son but véritable, la célébration de Bacchus, en l'ornant de branches d'arbres qui lui étaient consacrés : mais on oublia leur raison primitive; on y vit une décoration qui ajoutait de la pompe à la représentation, et qu'on pouvait remplacer par une autre. Le théâtre ne fut plus seulement une table où montaient les acteurs pour se faire mieux entendre ; il devint un lieu fictif, et la Comédie, sortie avec lui d'une réalité prosaïque, put choisir à son gré l'endroit oii se

(I) Dans Zes Femmes politiques, v. 1155- deux éléments essentiels de sa comédie, le 1156, Aristophane distiujjuait encore comme sérieux et le bouirou.

passail la scène (l). Pour satisfaire des spectateurs à demi ivres, mêlés à toutes les folies et toutes les grossièretés de la fôle , il suflisait de crier bien haut et de se répandre en grosses injures contre le premier venu. Mais quand ils ne se grisèrent plus avant la pièce, quand ils eurent du goiit, de la littérature, et n'allèrent chercher au théâtre que des plaisirs délicals, les comédies devinrent aussi forcément plus littéraires: l'esprit en fut plus fin; le style, plus élégant, et un rhythme mieux marqué s'y fit plus constamment sentir. A l'origine, l'auteur jouait lui-même sa pièce (2) et se préoccupait surtout de son succès comme acteur : il se ménageait de longs monologues, bien brillants, bien sympathiques au public, et s'arrangeait pour avoir la place d'honneur dans toutes les scènes. Lorsqu'il eut cessé de concourir en personne à la représentation, l'acteur principal ne fut plus que le premier de la troupe ; son succès particulier fut subordonné au succès général, et le poëte, distrait jusque-là de son vrai but par des préoccupations étrangères, ne s'inspira plus que des intérêts de sa pièce.

Née dans les mêmes circonstances, sous l'influence encore plus directe de Bacchus^ la Comédie, plus courue peut-être que la Tragédie, mais beaucoup moins appréciée, voulut s'acquérir des titres plus sérieux à la considération populaire en lui empruntant son organisation et s'appropriant ses formes, probablement avec une arrière-pensée moqueuse et des intentions de parodie. La Tragédie ne sortait point des légendes qui lui

(1) Naturellement la scène se passait d'à- que bien plus récente beaucoup d'auteurs bord où la pièce était représentée, et le sou- comiques apprenaient leur métier en jouant venir s'en conservait encore bien des années les comédies des autres : ainsi Craies avait après. On Ht dans un fragment de comédie été le Protagoniste dcCratinus; Phérécrates, recueilli parPholius, s. v. ir^/r^iz^o. ■ ï-z: fàp celui de Cratès; Philémon, celui d'Anavandri- Tv 0''«' wy.û-:' àxù (èv t^ «Y°f?)' ^^ (.Meiueke, Historia critica comiconim

(2) 'EOiâTa-o Toy Gias'.v aJTÔv '\jt:oxç:/ô-^v/o-j , graCCOrum, t. I, p. 139, 66, 361)), et l'on û<7-ip îOo; T)v xol; TaXatotç, disait Plularque ; peut très- vraisemblablement supposer (|u ils Solon, cil. XXIX, par. h; Vitac ; p. 113, jouèrent aussi, au moins dans leurs prcéd. Didot : voy. aussi Athénée, 1. i, p. 21 C, mières pièces,

et ci-dessus, p. 3il), note 3. A une épo-

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