‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 80 sur 129 · CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES. 3o · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES. 3o

à leurs soufïrances, et souilla il aux speclaleurs les senlimenls que voulait leur inspirer l'auteur. Tout en le conservant à titre de tradition religieuse, la Comédie n'y voyait que l'occasion de quelque drôlerie ; il y était composé réellement de plusieurs personnes, sans aucune autre unité que de chanter les mêmes paroles en mesure : parfois môme elle s'amusait à leur donner des opinions diiïérentes et les faisait se débattre les unes contre les autres(l). Dans la Tragédie, il était, pour ainsi dire, une deo données du sujet et complétait la mise en scène ; il en augmentait la pompe, ajoutait à sa vraisemblance, et les dansesgraves dont il entremêlait la représentation lui conservaient le caractère religieux qui avait été la cause et restait l'honneur du Théâtre. Celui de la Comédie avait, au contraire, dû renoncer à la danse, qui, lorsqu'elle n'afïectait pas des obscénités de mauvais lieu, s'associait mal aux boufl'onneries(2). La peur de sembler trop imposant le forçait de se contenter de l'appareil le plus modeste (3), et, loin de faciliter l'illusion, il prenait volontiers un caractère fantastique (4), qui , à moins d'une naïveté bien peu grecque, la rendait impossible. Le plus souvent môme cette indépendance absolue du sujet ne lui suffisait pas : il tournait le dos à la pièce , oubliait sa nature de bête ou d'habitant de l'autre monde, et causait familièrement avec le public des embarras de l'État et des affaires de l'auteur (S). Il n'apportait à la Comédie aucun élément nouveau

que ne devait être composé que de personnes plaisamment sa nature : ainsi, par exemple,

libres, et, malgré son accoutrement ridicule, il devait sautiller dans les Oiseaua;, cabrioler

celui des Guêpes disait, v. 1076 : dans les Chèvres, et s'agiter gravement dans

,. . , N . , . , , . les Grenouilles lorsqu'il représentait les

' /. ■> Inities aux Mystères.

(1) Cette division n'était même dans la (3) Il avait été déjà assez amoindri par Lysistrata ni accidentelle ni temporaire ; Antimaque, pour (|ue Strattis l'appelât dans elle tenait à la conception mémo du Chœur, son CintsUis (Scliol. ad Ranas , v. 404) et roppositi(m des deux parties y persistait yopo/.xôvov, l'Assassin du Cho'ur, et ("ànésias le jusqu'à la fin. diminua encore.

(2) Il ne dansait plus (pi'exceptionnelle- (4) C'était sans doute la conséquence d'un ment (voy. les vers d'Aristopiiaue ou de système d'ironie universelle : l'auteur voulait Platon, cités par Athénée, 1. xiv, |). 028 K), se mofpier même de sa pièce.

à titre de parodie ou poui* caractériser plus (ij) On a même prétendu que cette allô-

3oS: LIVRE nv COMÉDIE GRECQUE.

qui lui permîlde devenir plus véritablement comique, plus réelle ou plus intéressante : il en gênait les développements, en suspendait la marche, en détruisait l'unité ; mais la tradition obligeait, et Icpoëteconciliaitcomme il pouvaitdesconditionsaussi contraires. Les masques cachaient les mouvements de la physionomie, et leur bouche semblait toujours parler : non-seulement ils ne permettaient plus aux yeux de reconnaître le changement d'interlocuteurs, mais ils les trompaient. Eschyle et Sophocle, les deux créateurs définitifs du théâtre, avaient voulu suppléer à l'expression du visage par une déclamation factice, personnelle à chaque acteur; mais pour qu'elle fût suffisamment distincte, il avait fallu n'en admettre que trois espèces différentes, et un nombre si restreint de personnages obligeait d'écourter le sujet, d'abuser du monologue, de réduire habituellement le dialogue à de simples conversations en tête à tête et de supprimer l'action. Avec cette organisation du Théâtre, les œuvres dramatiques ne pouvaient avoir que le mouvement et la vie de ces basreliefs dont les figures affichent perpétuellement la même expression et restent la jambe en l'air. L'efïet d'une tragédie, son succès, dépendait en partie de la popularité de ses données : elle se gardait bien de vouloir apitoyer le public sur des calamités qui n'étaient pas en possession d'exciter sa compatissance; elle choisissait des héros dont les malheurs officiels fussent assez présents à la pensée pour qu'elle n'eût à exprimer que leurs souffrances, leurs luttes désespérées contre le Destin et leur résignation définitive à des arrêts que les dieux eux-mêmes étaient forcés de subir. A son exemple, la Comédie s'interdit la nouveauté et les surprises; elle no chercha pas davantage le piquant des situations, la complication des aventures et l'incer-

cutioii, si contraire à la réalité de la repré- tenir compte de ceux qui les neutralisent. La

sentation, était une partie essentielle de la Lysjs/ra/a n'a point de parabase, et le Chœur

pièce ; mais c'est là une de ces théories empi- lui-même manquait quelquefois, même dans

riques que l'on déduit de quelques faits, sans la Comédie ancienne.

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