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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

qui lui viennent en aide, sans être retenus dans la petite morale par des scrupules hors de saison, et produisent tous les matins un expédient et une idée. Aristophane croyait donc faire acte de bon citoyen en désapprouvant la guerre avec le Péloponèse, et il ne lui a pas suffi de la combattre dans la plupart de ses comédies par des épigrammes de rencontre, il a voulu en montrer la déraison dans deux pièces spéciales qui nous sont parvenues. Dans la première, les Acharniens (!), il a réuni tout ce qui pouvait détourner de la guerre des gens honnêtes et amis de leurs aises. Après avoir adroitement reproché au peuple athénien son indifférence aux calamités de la Patrie, il démasque les fabricants de fausses nouvelles avec lesquelles on Taveugle, ridiculise les espérances impossibles dont on le berce, met en action les violences des fauteurs de la guerre ei Toppression des bons citoyens. Éclairé par ce spectacle et désespérant de ramener ses compatriotes à une politique moins insensée, Dicéopolis se décide à traiter de la paix pour son propre compte et conclut une trêve personnelle de trente ans avec les Lacédémoniens. Il ouvre alors un marché à tous les produits de la Grèce : fourrage, gibier, anguilles, tout ce qui peut lui rendre la vie douce et agréable y abonde, et un Mégarien, ruiné par la guerre , vient y vendre comme des animaux immondes , ses pauvres petites filles qui lui demandent en vain quelque nourriture. Il célèbre joyeusement la fête des moissons, et au même moment un de ses voisins pleure la dévastation de ses champs et l'enlèvement de ses bœufs, l'espérance de ses récoltes à venir. Pendant qu'il se livre sans souci du lendemain à toutes les délices de la bonne chère, le général Lamachus doit se contenter de la maigre pitance du soldat en campagne , et ne peut pas même s'en repaître à son aise : il lui faut repousser au plus

(1) Ils furent jouets la troisième année de la lxxxviu" 01., 425 ans avant l'ère chrétienne.

vite une incursion de maraudeurs, et avant que l'heureux Dicéopolis ait achevé son fastueux repas, il est rapporté sur la scène, seiornant d'une entorse et d'une chute ridicule au fond d'un fossé. Assurément une comédie si mal liée ne donne pas une opinion avantageuse de l'art de l'auteur : ce sont des tableaux de rhétorique qui se succèdent bien plutôt que des scènes vivantes qui se suivent ; mais ils concourent tous au même but, expriment l'un après l'autre la même idée, et le public sortait du théâtre aussi frappé des calamités de la guerre que s'il eût entendu au Pnyx le discours ad hoc d'un Dicéopolis plus éloquent et moins interrompu que celui de la pièce. Le plan de la Paix est plus défectueux encore; il n'} a d'unité que dans l'intention du poëte : il voulait amuser deux heures durant des Athéniens qui ne demandaient qu'à être amusés, puis, s'il se pouvait, les gagner à ses convictions politiques, leur faire changer en une paix durable la trêve de cinquante ans qu'ils venaient de conclure, et abandonnait le reste aux hasards de sa fantaisie (l). Désespérant d'en trouver l'explication chez les hommes, Trygée veut demander à Jupiter la cause des maux dont la Grèce est affligée, et, sans doute parce que les autres animaux ailés avaient fui une terre si désolée, traverse les airs sur un vil escarbot. Mais pour ne plus voir les fureurs fratricides des Grecs les dieux indignés ont eux-mêmes quitté l'Olympe ; il n'y reste que Mercure, le patron des voleurs et des maraudeurs. Quoique fort hostile à ce titre au rétablissement d'un meilleur ordre de choses, il se laisse allécher par l'odeur de bonnes viandes qu'apportait en guise d'encens le malheureux vigneron; il lui montre la Guerre armée d'un pilon de fer, s'apprêtantà broyer toutes les villes dans un immense mortier. La Paix pourrait seule rendre à ses compatriotes la tranquillité et le

(1) La première représentation oit lieu la troisième année de la i.xxxix'^ Olympiade, 421 ans avant Tère chrétienne.

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