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CHAPITRE III. LA COMÉDIE DORIENNE

produire avec quelque suite et à se tailler des arêtes. Épicharme était donc obligé de chercher au dehors des mœurs plus accusées, des passions plus originales , des personnalités plus exceptionnelles, et pour ne pas trop dépayser son auditoire, il mettait en scène des traditions généralement connues quMl travestissait le plus plaisamment possible et ornait de bouffonneries. En ce temps-là d'ailleurs, les sources du comique n'étaient pas nombreuses : la civilisation amenait bien peu de ces contradictions intérieures où Thomme se débat risiblemenl avec lui-même, et moins encore de contrastes comiques entre les nécessités de'^sa position et les impuissances de sa nature. On pouvait s'égayer quelquefois des difformités du corps , des prétentions: démesurées et des défaillances qui en sont la conséquence ; mais il fallait revenir souvent aux ridicules, si populaires partout, qui tiennent à la prédominance des instincts brutaux sur les sentiments nobles : à la poltronnerie, au libertinage , à la gourmandise, et la gaieté devenait bien plus vive quand c'était un héros qui tremblait pour sa peau, ou quelque dieu sensuel, très-oublieux pour l'instant de sa nature éthérée que l'on prenait sur le fait comme un goujat (1). La parade occupait donc une place considérable dans le théâtre dorien ; les personnages de la plus haute condition y affectaient des sentiments grossiers, des mœurs basses et cyniques; ils recherchaient les termes malsonnants qui n'appartiennent qu'à la canaille, et donnaient à la prose plate et béte le sublime systématique et les élégances prétentieuses d'une poésie élevée. Le burlesque, tel était l'élément principal et le caractère dislinctif des comédies d'Épicharme. Si aucun fragment n'est positivement licencieux, c'est que les obscénités n'offraient aucun intérêt particulier aux grammairiens, et qu'au besoin la pudeur moins primitive du public

(l) Tel était sans doute le sort d'Hercule dans 'a^xKffi napà ^ôlt».

leur eût interdit de les commenter; mais certainement elles abondaient (1), et si mal connues que nous soient les pièces de ce théâtre, leur titre autorise à croire qu'il y aVait au bel endroit de la plupart une débauche de vin bleu ou quelque grosse ripaille.

Ces parodies, passableiiletit sacrilèges , ne scatidalisaient pas môme les prêtres (2) : la mythologie des Grecs n'était pas un symbole de foi qu'il fallût accepter en bloc avec tous ses dieux et demi-dieux sous peine d'excommunication. L'Olympe élait si peuplé qu'on n'aurait su que faire de ses divinités petites et grandes si le paganisme ne fût, pour ainsi dire, resté local et personnel. Formé peu à peu, sans idée générale ni esprit de système, on le refractionnait dans l'usage, et chacun s'accommodait de la partie qui lui agréait davantage. Tel dieu était borné par un ruisseau ; tel autre, par une motte de terre': il y en avait dont la divinité ne franchissait pas la poi^te'd'ufl atrium et se tenait rtiodeslement à là maison. A l'elèmplfe des individus, chaque ville avait ses dieux officiels qu'elle honorait d'un culte spécial, et dont elle vengeait énergiquement les in- •jures ; mais quoiqu'elle reconnût en théorie le caractère divin des autres, elle laissait aux incrédules la liberté de lem* maû- . quer de respect : c'était une affaire" particulière qui se réglait sans l'intervention du magistrat entré le dieu insulté' et ses blasphémateurs. Les Dionysiaques coriféraient d^ailleurs à'quiconque y voulait prendre part des franchises illimitées. Pour célébrer Bacchus selon son cœur, il fallait boire jusqu'à pertft^

(1) C'était une consétfaenee de U'nttrare de ses comédies, et on lit dans Hésychius, s. T. 'AyxO^: tb alJbXov iwp' 'Emj^dpjiM'

(2) Pour les esprits uaïfs, tout dépend beaucoup de l'intention : noas aurons à signai 1er dans notre moyen âge , si profondément catholique, des libertés aussi sacrilèges en apparence. Ainsi , pour en citer ici un seul exemple, Mantuanus disait y en parlant de la

Purification :

Saepius accensis pubes Tillatiea eeris Lascivire solet për rustica templa, quod olim Me memini Tidisse , faces immittere CCTtant Alter in alterius crines , fumumque ciere Ludo incomposito , tetris nidoribus aras Inficiunt, risuque le^i delubra profanant.

Fcutorum 1. n, p. 73, éd. de 1561«

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