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CHAPITRE III. LA COMÉDIE DORIENNE

ciennes analogies survivaient, pour ainsi dire, à l'élat latent, et, comme il arrive encore dans nos provinces, les écrivains à prétentions littéraires pouvaient se permettre de grandes libertés , niôme avec les* formes les plus usuelles et les plus caractérisées.

L'ensemble de la pièce avait sans doute une intention philosophique et formait une sorte d'apologue (i) dont le sens secret échappait souvent au public irréfléchi qui se pressait, bouche béante, autour des tréteaux (2) ; mais, en sa qualité de Pythagoricien, Épicharme se résignait sans beaucoup de peine à ne pas être généralement compris. Il lui suffisait de racheter par un enseignement moral les apparences burlesques auxquelles se condamnait sa Muse, et de garder dans sa conscience son décorum de philosophe. Ce double sens, ces arrière-pensées de prédication, cette absence de naïveté et de franchise ne permettaient pas à sa comédie de janjais devenir ni sérieusement comique, ni véritablement populaire, et dans le milieu où ils se trouvaient placés, ses héritiers, quels qu'ils fussent, ne pouvaient l'accepter sous bénéfice d'inventaire, l'animer d'une gaieté plus pétulante, et lui inspirer une plus haute idée d'ellemême. Avec l'amour de la discipline, l'esprit de couvent, et le regret prosaïque du passé qui caractérisaient la civilisation dorienne, la poésie n'y était possible que sous forme d'odes mythologiques. Les seuls sujets qui lui fussent accessibles

^i")' Le goût pour les vérités à découvrir soi-mêiné^ pour les noix à casser, comme on Ta' dit spirituellement, énstait même dans la frivole Athènes. Philepsiif^ y racontait des histoires pour de l'argent, et ces histoires avaient un sens caché ; Aristophane, Pluius, V. 177.

(2) O. Millier l'a parfaitement reconnu {Die Dorier^ t. Il, p- 1^1 ), et le fragment du Naufrage d'tflyss'e' ( dans Diogène Me Laërte , 1. m , cH. 1 C ) et le titre de quelques pièces {Heraclite'; dansâekkiéf, Ànecdotay t. I , p. 83 ; Logos et Loginncf; dans Athé-

née, 1. VIII, p. 338 D), ne permettraient pas d'en douter, quand Théognis n'eût pas dit expressément, v. 683, qu'il n'écrivait pas pour les inintelligents (df5pit<). Mais aucune raison n'autorise à regarder avec M. Bâhr {Real-Encyclopàdie ^ t. Ill, p. 173 et suiv.) ces comédies comme des œuvres toutes littéraires, destinées aux plaisirs d'une classe aristocratique. Wyttenbach ^tait allé encore plus loin dans cette mauvaise voie : il n'y voyait que des thèses' et des arguments de philosophie; Opmculay t, H , p. ^7.

S élevaient par delà les nuées et se perdaient dans une morale sublime : il fallait, pour y atteindre, Faite d'aigle, les aspirations mystiques et le génie austère de Pindare. Plus impuissante encore que les autres genres de littérature à se passer de données prises sur place, et des sympathies poétiques que lui refusait une Société si pratique et si mal aménagée , la Comédie ne pouvait s*y produire que dans sa gangue, morcelée en pochades sans verve, sans profondeur et sans originalité. Épicharme lui avait donné presque aussitôt tous les perfectionnements dont elle était susceptible : Tesprit littéraire, Télégance du style et des intentions élevées. Bientôt même elle renonça aux velléités d'imagination qu'il y avait introduites (1) et redevint ce qu elle était d'abord : un simple dialogue à peine mesuré (2). Elle répudia les exagérations de la Caricature (3), s'interdit l'invention comme trop désordonnée et trop arbitraire, et ne se proposa

(1) Himus est tennonis cujiulibet et mo- magfwmf s. t. 'Tth^c le grammairien putus sine reyerentia , et factorum Tel turpium blié par Montfaucon , Bibliolheca Coislicum lasciTia imitatio, a Graecis ita definitus: niana, p. 120 , et Hermann, (id'Ârittotelis Mli&^ loTty |il|fci|<ri( piou , xi tt ffUYxtx«»fi]|fciya xal Poeticam , p. 93.

âavfiùftfia nfdjm ; Suétone , De viris inlus- (3) '£v tA |ivi)]«,ov(uo|Uvw s&1(im , disait Athé-

tribus poetiêf p. 13, éd. de Reifferscheid. née, 1. z, p. 452 F; il ajoute que les acteurs

On cite cependant parmi les Mimes de So- n'aTÛent pas de masque : |tl|i«iv «vroKpoowvof

phron, que nous avons ici en vue, un Promé- bxoxfw^i , et tout confirme ce témoignage. Ils

ihéej mais ce root était sans doute pris dans étaient, selon Tzetzès, dialogues {Chiliades,

un sens littéral et signifiait le Potier ou 1. x, t. 1001); Démétrius les appelait des

l'Homme pféToyant. Un autre titre semble 'drames (voy. la note suivante); il compa-

indiquer un sujet de fantaisie : Tal •fwsTxeç al rait Sophron pousses moqueries, non à Ar-

Tdcv ithv fsvxl iÇtX&v; mais il y avait là proba- chiloque, mais à Aristophane (Z>« Elocutione,

blement une allusion ou quelque jeu de mots p. 12S ), et un écrivain de peu d'autorité per-

que notre ignorance des idiotismes particu- sonnelle , mais ayant à sa disposition d'an-

liers au peuple de Syracuse ne nous permet ciens documents qui ne nous sont pas panre-

plus de comprendre. Quant à la Belle-Mère , nus, Solinus, disait en parlant de la Sicile :

attribuée par Athénée, 1. m, p. 110 D, à Hic primum inventa est comoedia; hic et

ud Sophron , qui n'est peut-être pas l'auteur cavillatio mimica in scena stetit ; Rerum tne-

des Mimes, rien ne prouve que ce soit plutôt morabilium cap. v (xi). Il semble même

une comédie d'imagination qu'une esquisse résulter de ce passage d'Athénée que l'on

d'après la vie : voy. Eustathius, p. 1457, jouait les Mimes sans appareil scénique,

1. 24, et Démétrius , De Elocutionef p. 154. comme les Planipédies romaines : iv -nlq xi-

(2) Leur rhythme était une sorte de ca- xkoi^ iicoiilxo xàç |ii(fc^a«i( , et ce n'est pas sans dence intermédliire entre le mètre et la prose raison que les amuseurs publics de bas étage ( 01 Ka-NiXof AJi)v U|4.$oi • Athénée, 1. x, p. 44 5 B; q\^ les récitaient , les mimes , comme on les Olov i-ïp4ieoçToioû-eoçxol 4 ^ô^oç), qui se retrouve appelait, étaient assimilés aux histrions : dans toutes les littératures populaires : voy. voy. entre autres Plutaïque, De Tranqwlli- Àthénée, 1. xi, p. 505 C; VÈtymologicum tate antmt, par. xx; MoraUa, p. 579.

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