CHAPITRE lY. LA COMÉDIE A ATHÈNES
acteur (t), on les distingua Tan de Fautre, non par la iongneiir ei rimportance des rôles, toujours difSciles à reconnaître avan^ la ûa de la pièce, mais par la nature, aussitôt appréciable, de la mélopée, par un mode différent de déclamation qui marquait les coupures du dialogue et personnifiait les interlocuteurs (2). Malheureusement ces distinctions, étrangères à la natuce àji rôle et à ses péripéties, supprimaient la personnalité de Tacteur ( elles en faisaient une sorte d'instrument vocal qui donnais uniformément la note sans pensée et sans initiative. La r^ésentation manquait même de cette réalité âotive qui devieul la vérité aa théâtre, et le comique luî-m^oae n'avait plus ni substaiM^ ni vie. Ce n'était point le ridicule fcomplexe d'une vraie personne pensante et agissante, mais celui d'un polichinellecréé tout d'une pièce, pour l'amusement des enlants, qui se montrait dès l'abord aussi bossu qu'à la fin. Sur le premier plan se trouvaient toujours de grossières difformités qui attiraient VaA et provoquaient un rire amer, mêlé demépris ; si ingénieuxqu'ilfût dans la pensée première, ce comique ébonté poussait à la peau et tournait au burlesque. Les personnages n'étaient plus des hommes d'après naturie qmnesanaientpa$ être plaisants^ mais les incarnations d'une laideur morale dans une laideur phy* siqne, qui affirmaient elles-mêmes à tout instant leur immoralité et leur sottise. Dans ces conditions, le comique aboutissait forcément à la satire ; il paraissait une énormité, choquait la coâQ* science grecque comme une dérogation aux lois de la nature, et
(1) L'action était gi simple que ces trois sies homériqaes donnaient aussi selon les acteurs suffisaient habituellement, même dans différents morceaux un caractère différent à la comédie. Quand il s'en trouyait un plus leur Toix, et ces trois espèces de mélopée se grand nombre, comme dans let Àchamiens y retrouvent encore maintenant, le Yendredidans les Guêpes et dans les Femmes à la Saint, dans le chant de la Passion : Toycx fête de Céirès, le quatrième n'avait à dire que VUffizio délia Settimana Santa tecondo il quelques mots sans importance pour l'intel- rt'to delmissale e breviario romano; Roma,
'ligence de l'action; il évitait de parler im- 1853, in-12. On trouvera à l'Appendice
médiatemept ^près le troisième et se faisait n** vu, les raisons qui nous ont déterminé à
reconnaître par quelque geste. nous écarter sur ce point de l'opinion ad-
(2) I4W BÎ^Modes qui récitaient les poé- mise jusqu'ici par tous les savants.
les préoccupations morales prenaient le dessus. On ne se bornait plus à mettre le ridicule en relief et à le montrer du doigt en souriant ; on se révoltait contre le mal en soi, on s'éprenait d'une indignation généreuse, et les sentiments haineux que rimmoralité inspire se substituaient au rire inoffensif et à la gaieté sans rancune. Ce n'était plus une comédie sans arrièrepensée, mais une prédication le fouet à la main, où une morale était toujours sous-entendue et souvent formellement exprimée. Sous prétexte d'amuser le public, le théâtre aspirait à faire justice des méchants et à devenir un pilori.
En les empêchant de se remuer sans grands embarras, l'accoutrement des acteurs réagissait également sur la conception et la nature de la pièce. Élevés sur leur soc comme sur un piédestal, et fichés systématiquement à leur place, les personnages ressemblaient à des sculptures humaines plutôt qu'à des hommes, et leurs caractères restaient aussi, pour ainsi dire, plastiques. Ils ne pouvaient se développer eux-mêmes dans une action graduelle; ils posaient dès le commencement pour le même ridicule, et quand ils parlaient, on entendait la pratique d'un montreur de marionnettes : en un mot ils n'existaient pas, il n'y avait sous leur masque que la conception d'un poëte et les ressorts d'un mannequin. Malgré la richesse d'imagination et le bon sens profond de ces conversations plus ou moins politiques, mais toujours acérées comme un poignard et bouffonnantes comme une parade, leur principal mérite était un esprit incessant, qui pétillait à tout propos et jaillissait sous toutes les formes, des pensées ingénieuses et pailletées, des images piquantes et bizarres, des allusions à tout et à tous, des jeux de mots qui partaient à chaque instant comme des fusées et montraient à la fois la prestesse d'esprit de l'auteur et les richesses de la langue. C'est sans contredit très-brillant et encore maintenant très-amusant, surtout pour le savant qui