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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

nimum d'amour qu'un mari devait à sa femme (1). Dans celle forte organisation dominaient en réalité, sous une forme démocratique, les hommes engagés par leurs traditions de famille 6t leurs propres souvenirs dans le respect du passé : c'était une république immobile, administrée despotiquement par une aristocratie de naissance. Les ambitieux et les malcontents voulurent en élargir les rangs et en restreindre les droits. Les quatre Phylés qui se partageaient à titre héréditaire Tinfluence politique, furent remaniées sur la proposition de Glisthénes et portées à dix. Aristide fit reconnaître, au moins en principe, l'admission des plus pauvres à toutes les fonctions publiques, et par Tintermédiaire d'un de ses complaisants, sinon de ses complices, Périclès amoindrit Tautorité de l'Aréopage, le boulevard et la dernière retraite de l'aristocratie (2). En dehors des pouvoirs constitués, il y eut un Démagogue (3), qui tenait de la confiance du bas peuple une puissance illimitée (4), avec le mandat tacite de flatter ses passions quelles qu'elles fussent et de servir à tout prix ses intérêts. Tout fut changé dans la Constitution, excepté la souveraineté absolue de la Loi (5) et l'amour platonique de la liberté. Le grand citoyen dont la popularité semblait un danger public, était, en expiation de sa vertu ou de services trop éclatants pour l'envie, exilé comme un criminel (6). On jugea môme ce procédé trop lent et trop incertain, et tout citoyen de bonne volonté fut investi par la loi du droit de traduire les magistrats au tribunal de su conscience et de les assassiner patriotiquement quand il les tenait pour atteints

(1) Il dcTait coucher avec elle au moins tf ic6Xtt àicàv^wv, xal î^ov aÙTM iroulv êtt a y trois fois pat mois ; Plutarque, Solùn^ ch. xx, poOXotxo ; pseudo-Démosthène , In Neaeram , par. 5. p. 739, éd. de Morel.

(2) Voy. Aristote,PoW<tqw«, 1. Iljcb. IX, (5) Platon, De Legibus, 1. III, ch. n, par. 3, et 1. V, ch. m, par. 5. p. 321, 323 et 325, éd. de Bekker.

(3) L'expression n'était nullement prise (6) C'était plutôt une précaution d'ordre en mauTaisc part : Lysias a même parlé des public, qu'un danger pour personne : l'o&traàyatol è-n^a^a-fol. cisme ne fut appliqué en tout que huit fois.

(4) !0.. ^lAOç i 'A9i]yaluy xupiiSiTaTO^ wv xfiv iv

et convaincus de mauvaises intentions envers la liberté (1). Si poétiques et si colorées qu*en regard de notre civilisation bourgeoise nous paraissent les réalités d'Athènes, les poètes 8*y heurtaient aussi à chaque coup d'aile et s'empressaient d*en sortir. Gomme partout, ils préféraient à des faits, toujours un peu compromis par Texpérience et forcés de pactiser avec les nécessités du moment, des idées qui ne se laissaient voir que dans le bleu du ciel et le mirage de l'espérance. Mais leurs utopies elles-mêmes restaient constitutionnelles ; elles reconnaissaient la souveraineté de la Loi, et entendaient lui garder tout leur respect. Même en leurs plus grandes hardiesses, elles voulaient s^autoriser du passé et s'appuyer sur des traditions profondément vénérées de tous les bons citoyens et un peu des mauvais, parce qu'elles étaient inséparablement liées à la gloire de leur patrie. Ce que les poètes eomiques poursuivaient de leurs colères, ce qu'ils attaquaient avec un acharnement mêlé de pasquinades , c'étaient les innovations de la veille , trop contestées naguère pour s'imposer encore au respect public, et les idées qui voulaient préparer les révolutions du lendemain. Car, par une exception qui sans doute ne se reproduira jamais, la poésie n'aspirait point dans le monde grec à un avenir où se réalisassent les rêves de l'inexpérience et les illusions irréa* lisables de la passion : elle se retournait pieusement vers le passé et regrettait l'âge d'or avec ses faciles jouissances, soû bonheur patriarcal et ses vertus innocentes. On avait d'ailleurs la liberté de son opinion à Athènes; il n'était pas nécessaire pour improuver une loi de prendre un masque et de mêler à des raisons sérieuses le bruit folâtre des grelots : on montait sans empêchement aucun à la tribune aux harangues, et on en demandait carrément l'abrogation. La défendait qui voulait:

(i) Samuel Petit, Leges ÂUicae , 1. III, tit. ii^ par. 13, p. 313, éd. deWelieliiig.

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