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CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

des images et les inspirations les plus élevées (1). Il n'est pas jusqu'aux hasards et aux irrégularités de Tancienne forme métrique, dont la tradition ne se retrouve fidèlement conservée dans la variété et dans l'indépendance de la versification (2). Le style n'en était pas moins très-travaillé , trèspensé et très-limé : c'est même en ces ciselures de la forme que consistait surtout l'art d'Aristophane, et le vieux Cratinus, qui maintenait de son mieux les rudesses des premiers temps, lui reprochait d'être un distillateur de subtilités, un pourchasseur de maximes, un Euripide arislophanisant (3). Mais, malgré ces recherches, qui indiquent cependant un esprit littéraire fort avancé, les anciennes habitudes étaient encore les plus fortes, et il continuait à s'approprier sans scrupule les inventions des antres (4), à s'emparer comme d'un bien à tous des vers qu'il croyait les plus propres à concourir aux joies de la fête (S).

(1) Voy. Schol. ad Equités ^ v. 523 et Snidas, s. y. d ç i >, 1 1 a : nous citerons entre autres Nubes, y. 269 et sût. ; Aves^ t. 2 1 i etsuiv., 1706etsuiv. ; Lysistrata t y. 551 et suiv. ; Thesmophoriazuaaej v. 1 0 6 et suiv . , y. 1065 et suivants. Plutarque Remarquait déjà ce mélange de tous les styles ; Àrittopfuinis et Menandri Comparatio, par. i.

(2) Aristophanis ingens micat soUertia, Qui saepe metris multiformibus, novis, Archilochon arte est aemulatus musica ;

Terentianus, y. 2243.

(3) •TicoXeiCToX^yoç^ Yvw(iio$i«*»i'n)(, «6piici5apioTO-

Fabula inceria; dans le Comicùrum Fragmentât p. 72, éd. Didot.

(4) Eupolis avait certainement fourni beaucoup, et sans le vouloir, aux Chevaliers, et ces libertés d'emprunt ne lui étaient pas particulières : VAnteay d'Alexis, était imitée ou plutôt copiée de celle d'Antiphane ; Athénée, 1. m, p. 127 B. Quand la Comédie fut devenue tout à fait littéraire , Ménandre faisait encore son Superstitieuxi^vn^i^m) avec Y Augure (Ol«wt<rcîiO, d'Antiphane ; Aleiphron, EpistoUiet 1. II, let. 4.

(5) Nous ne parlons pas seulement des vers plutôt cités qu'empruntés (tels que ceux de ia PaiXj y. 1097-1098, quiviennentde VIliade, 1. IX, V. 63-6i), mais de ceux qu'Aristophane s'est positivement appropriés, comme ceux de la Paix, y. 775 et 797 et suiv., pris à Stésichore [Lyricorum poetarvm graecorum Fragmenta, p. 643, éd. de Bergk) ; ceux des Chevaliers^ v. 1261 et suiv., pris à Pindare (fr. Lix) et V. 498, à Sophocle, d'après le Scoliaste. Aristophane pillait même ses confrères : ainsi , selon saint Clément d'Alexandrie, Stromata, 1. vi, p. 267, il avait mis dans la première édition des Femmes à la fête de Cérès des vers d'une comédie de Cratinus, intitulée *£{iiciic^|«.>voi, les Zélés. Deux vers, 923-24, ûe& Chevaliers :

I1C061LCVOÇ Taï; tWf o^î(,

sont également attribués à Cratinus par Pollux, Onoma^ticon, 1. vu, par. 41, à l'exception du dernier mot qui est remplacé par ffutAfo^Tç, et c'est la leçon que préfèrent les philologues : Suidas , V Etymologicon magnum, Stanley, etc. Au reste, c'était un usage général : Cratinus avait mis aussi dans sa Bouteille un vers entier d'Archiloque ;

3ilS LIVRE IV. COMÉDIE GRECQUE.

A l'origine de toutes les histoires se retrouve, sous une forme quelconque, un gouvernement aristocratique, le gouvernement du petit nombre, des sages et des bons : la famille s'est accrue, elle a multiplié et est devenue un peuple en conservant sa forme primitive. Si légitime qu il fût d'abord, bientôt le fait usurpe sur le droit ; les parvenus de la veille contestent aux autres la faculté d'arriver le lendemain, et les malcontents, les forts qui sentent leur force et les jeunes qui supportent impatiemment l'attente, parce qu'ils ont longtemps à attendre, réclament leur part de pouvoir. Une lutte intestine s'engage, sourde d'abord et partielle, puis générale et violente : les uns tiennent à conserver l'héritage de leurs pères et se défendent par leur orga^ nisalion et le prestige des souvenirs; les autres veulent acquérir au nom de la justice et de la raison, comptent sur leur nombre et attaquent l'ordre existant comme une spoliation et un désordre séculaire. Par habitude, par logique et par intérêt, l'Aris^ tocratie est donc le Parti du passé, et à Athènes, ainsi que partout, les dépositaires de sa puissance devaient, à ce titre, veiller au respect des traditions. Ils cherchaient à conserver intactes les vieilles opinions et les mœurs antiques, défendaient l'autorité des lois, quelles qu'elles fussent, comme un principe social, et se croyaient obligés de les protéger, même contre des plaisanteries qui les eussent déconsidérées. Les comédies révolutionnaires se seraient donc trouvées dans des conditions bien désavantageuses : l'Archonte les aurait retenues à la porte du théâtre, les juges du concours leur eussent refusé le prix avec empressement, et l'Aréopage eûtmulcté d'une grosse amende les gaietés qui lui auraient paru trop amusantes. Ces attaques

Cratini Fragmenta, p. 1 24, éd. de Meineke. cui Ranas, v. 439), et il y en a dans les Gué-

Aristophane, à qui les vers coûtaient cepen- pe« jusqu'à cinq (v. 1030 et 1032-1035),

dant si peu, ne craignait pas même de re- qui se retrouvent littéralement dans la ver-

mettre dans son Gerytades un vers qu'il sion actuelle de la Paix , v. 752 et 755-

avait déjà mis dans<e« Grenouillei (Schol. 758.

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