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CHAPITRE V. LA COMEDIE D'ARISTOPHANE

COU ville, et aussi imprévoyants qu'il appartenait à de véritables Athéniens, ils se croient suffisamment protégés contre leurs ennemis par des murailles de vapeurs (1). Un coureur d aventures , dangereux par son immoralité et ses séductions naturelles, où il était difficile de ne pas reconnaître sinon le portrait en pied , au moins quelques traits bien caractérisr tiques de l'aimable et pernicieux Alcibiade , Peisthétairos(2), y pénètre subrepticement, suivi d'un de ces niais qui prennent des actions dans tous les projets et escomptent candidement toutes les belles paroles (3). Quoiqu'il ne soit pas de la même espèce que les naturels de l'endroit, Peisthétairos parvient en se déguisant (4) à capter leur confiance et dirige à son gré leurs affaires. Dans une suite de scènes satiriques, il renvoie de Nubicoucouville des personnages très-connus à Athènes (S) : un pauvre hère de poète tout prêt à chanter te ville nouvelle avec enthousiaeme, moyennant une tunique neuve et un manteau ; un devin offrant à bon marché des oracles qui en assureront la prospérité; Méton, le géomètre songea-creux, qui venait arpenter mathématiquement les brumes et y bâtir ses systèmes; un inspecteur de villes tributaires, fort entendu à inspecter des villes imaginaires; un crieur de décrets qui tient boutique de fausses lois ; un mauvais fils, indigne d'habiter avec les cigognes ;^ Ginésias , le poëte dithyrambique ,

ports d'Athènes, avec une cuiller (v. 79 ) ; (4) Il se fait pousser des ailes afin de pou-

ses ailes ont une forme particulière (v. 97) , voir dire comme la chauve-souris : Voyez mjBS

et .elle n'a pas déplumes; V. 104. ailes.

(1^ Autre trait à l'adresse du peuple qui , /,.\ tw * i- • * i

\'., .. ., -jjTx (S)D autres passages avertissaient les

maleré les attaques si a craindre des Lacé- •'•in- l -kt u- -h »^* -i

- /- • x * *-c cr * moins mteUigents que Nubicoucouville n était

momens, ne faisait pas fortifier suffisamment , jx • i- j»a*u'' 4- :

^ 11 qu une désignation comique d Afhenes, Ainsi

Atfacacoucouviiie. ,,^ . on y donne aux citoyens de Chio une part

(2) Le.Bien-aimé persuasif, et non lAmi ^ J ^^^ ,^^^^ ^^^ 3^^^ ^^^

smcere , comme 1 ont dit \ oss et Gœthe : la ^^ ^^^.^^^ ^^ à Athènes, et Euelpidès

forme eut été nt<TÔim;çoç ^.^^^^ ^^^^ ,^ ^^^ ^^ ^^^^ ^^^^^^^ p^^^

. ^■^^'f^^'' littéralement Bon espoir, ^ ^.^^^ ^ ^^ ^^ . . ^ »' ^^ ^^^

Jobard; Il dit, V. 44: à Athènes; v. 301,

très-errant de sa nature et habitué à se perdre dans les nues; un sycophante alléché par Tespoir d'une paire de bonnes ailes, qui lui permettrait de voler plus rapidement. Par ennui, comme on dirait aujourd'hui, ou besoin perpétuel d'agiter quelque chose, Peisthétairos excite ses nouveaux concitoyens à se mettre en guerre avec l'Olympe entier. Par ses conseils, ils confisquent Tencens, arrêtent au passage la fumée des sacrifices et forcent les dieux à se contenter d'un culte insuiSsant. Mais / la vengeance qu'ils en prennent est terrible; ils marient Peisthétairos avec la Royauté, et c'en est fait de la liberté à Nubicoucouville : ses habitants reconnaîtront trop tard qu'il ne suffit pas pour être libre d'agir à sa fantaisie et de remettre soi-même la dictature à un mauvais citoyen qui en abuse. Sans doute, une fouie d'allusions aux scandales de la veille, aux conversations des portiques et aux plaisanteries du théâtre (1), sont aujourd'hui complètement perdues, mais on les sent encore sous le voile épais qui les couvre, et l'on devine quel large rire devait circuler dans la salle quand, à la fin de la pièce, un des personnages s'écriait en hochant la tête : En vérité tout cela me semble de pures imaginations (2).

Aucune des comédies d'Aristophane n'est plus contraire à cet esprit de modération égoïste que nous rendent si facile l'indiflférence en matière d'idées et l'énervement des caractères, et ne doit paraître à des gens polis jusque dans la moelle des os plus répréhensible que les Chevaliers (3). Ce ne sont plus seulement de simples citoyens, de mœurs scandaleuses ou

(1) Ainsi , par exemple, M. Meineke a in- mi«r prix. Eupolis y avait participé, au moins

génieusement supposé qu'il y avait des allu- par ses conseils (voy. les deux vers de la pa-

sions aux Oiseaux de Magnés ; Quaestionum rabase de ses PUmgeurSj cités Scfaol. Nubes,

scenicanAm Spécimen primumj p. 1 2. v» 850, et Schol. Equités^ v. 528) : Hermann

i'o\ »r— • 1 4i- i ^! ^. i.st . a même prétendu qu'ils étaient de Callistratc ;

^ ^ J * mais tout mgénieuses que soient ses raisons,

^* * * " ' • elles ne sauraient prévaloir sur le témoignage

(3] Ils furent joués la 4*> année de la unanime des scoliastes : voy. aussi Fritxsche,

Lxxxvui* Olympiade, et remportèrent le prs- Quaestiones Àriilophaneae, p. 310-316.

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