BIOGRAPHIE DE MESSIRE ARRAUD
M. J. V. Arraud, était de Blaye, diocèse de Bordeaux; il naquit le 8 septembre 1805, du mariage d'Augustin Arraud et de Marguerite Florence, tous deux fort estimés et Respectés parmi les principaux habitants du sous-département de la Gironde. Dès qu'il fut question de son éducation, le jeune Arraud fut placé dans une institution renommée et qui avait pour directeur M. Lacombe, prêtre français des plus distingués. Aussitôt il montra de grandes aptitudes et se fit remarquer par la facilité avec laquelle il apprenait indifféremment les matières qu'on y enseignait ; le zèle et les grandes vertus de ses professeurs firent sur son esprit une profonde impression qui ne s'effaça jamais et qui fut comme le germe de l'heureuse idée qu'il conçut de se dévouer au sacerdoce.
De cette maison d'éducation, M. Arraud passa au Grand Séminaire de Bordeaux, dirigé par le Rév. M. Hamon, S.S., autrefois curé de S. Sulpice.
Après avoir reçu l'habit de sous-diacre, il vint au Canada à la suite de M. Roux, S.S., en compagnie de M. M. Laré, S.S., et Léonard, S.S., qui entra plus tard dans la Congrégation des Revds P.P. Oblats.
Arrivé à Montréal le ler août 1828, il fut nommé professeur au Collège de Moniréal, et ordonné prêtre le 26 juillet de Tannée suivante.
Son zèle, son amour du travail et son éloquente prédication le firçnt biçntôt remarquer par ses supérieurs çt la population
blOQËAËHIË DE MËSSULË AB&ÀtîD. 6l
de Montréal. Les communautés et les institutions de bienfaisance et de charité avaient toutes ses sympathies, et rechér* chaient sa direction. Chargé souvent de fonctions importantes et délicates, il s'en acquitta avec beaucoup de tact et de succès.
En 1837 il était nommé aumônier de la prison et il eut le douloureux privilège d'assister sur Téchafaud les pauvres condamnés politiques.
C'est lui qui fit bâtir, en 1839, ^^ première chapelle au pied du courant afin de procurer les secours de la religion aux habitants de cette partie éloignée de la ville. Chargé de desservir cette chapelle, ainsi que celle de la Côte de la Visitation, il se donna beaucoup de peine pour donner satisfaction aux fidèles de ces deux missions.
Tous les quinze jours il partait emportant un morceau de pain/ et quelques pommes pour son dîner, et passait une journée à visiter les fidèles donfiés à ses soins, allant de maison en maison, et ne revenant qu'après avoir accompli tout ce que son zèle apostolique lui avait suggéré.
En i84o il était nommé aumônier de la nouvelle prison de Montréal et y offrait le saint sacrifice pour la première fois, le 3 février.
Il serait trop long d'énumérer toutes les bonne œuvres, toutes les institutions qu'il a fondées ou protégées. Nommons cependant la Bibliothèque Paroissiale, dont il eut l'idée à Bordeaux, en voyant le bien qu'y faisait l'œuvre des bons livres.
62' BIOiîRAPHIfi m MESSIRË ARRAtîD.
Il a été directeur de la Congrégation des hommes de Ville* Marie, de celle des demoiselles de la Victoire, confesseur de r Hôpital-Général, de F Hôtel-Dieu, de la Congrégation de Notre Dame, économe et procureur du Séminaire de S. Sulpice. Tous ses instants étaient pris ; il trouvait, à force d'activité, le temps de tout faire.
En 1864, M. J. V. Arraud, fut nommé procureur du Séminaire, S.S., à la mort du regretté M, Joseph Comte.
De toutes les charges de la maison de S. Sulpice, la charge de procureur est sans contredit la plus importante et la plus difficile à remplir, après celle de Supérieur. Le premier soin de M. Arraud, en prenant la direction de la procure du Séminaire, fut de s'initier à la connaissance des lois et coutumes concernant la propriété. Il fut bientôt en état de remplir ses fonctions de procureur avec succès. Durant son administratiwi, le Séminaire fit construire plusieurs églises et chapelles magnifiques ainsi que des écoles où des milliers d'enfants catholiques reçoivent gratuitement une éducation chrétienne et soignée.
Nous avons déjà dit ce qu'il avait fait pour les religieuses du Bon-Pasteur.
A l'arrivée à Ville-Marie des quatre premières religieuses de cette Cc^ nunauté, en 1844, M. Arraud, S.S., se joignit de grand cœur aux pieux desseins de Sa Grandeur Mgr Bourget, qui désirait ardemment leur établissement à Montréal. Prévoyant
BIÔGMt^Hnîî DÉ MIISSIRË AËËAUa 63
tout le bien que cette communauté ferait parmi nous, il crut qu'aucune œuvre ne méritait plus que celle-là son appui et son dévouement, et personne ne contribua plus que lui à assurer son avenir et ses glorieuses et saintes destinées* On ne peut se faire une idée de l'intérêt qu'il manifesta jusqu'au dernier moment pour cette communauté, des preuves de dévouement qu'il ne cessa de lui donner. Il allait très souvent faire visite à la maison-mère siu* le rue Sherbrooke, et ne s'y rendait jamais les mains vides. Il arrivait toujours avec des paquets, du linge, des provisions, mille choses qu'il avait demandées pour elle chemin faisant. Un jour la Mère Provinciale ayant montré au Rév. M. Arraud, une pièce d'étoffe que les petites filles de l'Industrie s'étaient faite avec des effilures de guenilles, il en fut enchanté et il promit de leur procurer plusieurs de ces guenilles. Quelques jours après on lui donna deux lobes entières avec leurs Grecian bends qu'il s'empressa de leur remettre. Inutile de dire que ce singulier présent amusa les bonnes Sœurs.
Il a pu, avant de mourir, contempler les développements admirables du grain de sénevé qu'il avait arrosé de ses sueurs j se réjouir des bienfaits opérés par l'œuvre pouf laquelle il avait fait tant de sacrifices !
Le 22 mars 1878, M. Arraud était frappé d'apoplexie foudroyante pendant qu'il était à prendre son dîner. Transporté im* médiatement dans sa chambre où il reçut les soins les plus
64 Biographie de MEssiRSARRAtiD*
empressés de M. le Supérieur Bayle, du Rév. M. Lévcsque, S.S., et du Dr Schmidt, il cXpira vers les lo^ heures du soir, sans avoir recouvré la connaissance.
Cette mort, aussi triste qu'inattendue, produisit une pénible impression parmi les nombreux catholiques de Montréal, qui conserveront longtemps le souvenir des talents et des vertus de ce digne prêtre.
Mais nulle part elle ne fut plus vivement ressentie que dans la communauté pour laquelle il s'était dévoué pendant près de quarante ans. Les bonnes Sœurs firent tout ce qu'elles purent pour témoigner la reconnaissance qu'elles lui devaient. Depuis sa mort elles n'ont cessé d'offiir à Dieu pour leur généreux protecteur des prières, des communions et des messes. Le 28 mars 1879, ^^^^ ^^^^ firent chanter dans leur nouvelle chapelle un service anniversaire des plus solennels. Parmi les décorations et les inscriptions dont les murs et les galeries étaient couverts on lisait : " 35 ans de dévouement;"" Toujours ses cendres parleront," " Notre bienfaiteur/' et plusieurs autres.
Elles comprirent qu'elles ne pouvaient trop faire pour rendre hommage à la mémoire de ce bienfaiteur infatigable de leur communauté.