PENDANT LE TYPHUS
Qui ne se rappelle l'immigration Irlandaise qui, en mil huit cent quarante sept, jeta sur les rives du S. Laurent près de cent
vre et laborieuse, il distribuait chaque année ses petites rentes viagères pour soulager les indigents. Il se plaisait à faire des quêtes dans les marchés de la ville, où étant connu, il amassait des provisions assez considéra* blés de viandes et de légumes qu'il partageait entre les diverses communautés chargées des pauvres vieillards, des pénitentes ou des orphelins.
Son nom sera peut-être un jour vénéré comme celui d'un Labre, ou de tout autrd^e ces illustres inconnus qui vivent et meurent à l'exemple des saints.
C'est après avoir passé plusieurs années de sa vie au milieu des MM. de St. Sulpice de cette ville, que M. J. Beaudry se rendît dans une salle des pauvres, chez les Sœurs Grises, où il rendit sa belle âme à Dieu le 18 avril 1866, vers les 7 heures du soir, après avoir reçu tous loi secours de l'Egliset l\ était âgé de 86 ^ns^-^Echo dn C, L,P, de i866,
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mille infortunés, dont la plupart furent atteints du terrible fléau ?
À Québec, 51 prêtres se dévouèrent à tour de rôle pour donner à ces malheureux les secours de leur ministère ; vingtcinq fureiit atteints de la maladie, et cinq eurent la gloire de succomber, en recueillant la palme du martyre et de la charité.
A Montréal, Mgr Bourget visita aussi les ambulances, à la tête de son clergé. Il fut atteint du fléau ainsi que son coàdjuteur ; neuf prêtres (*) et treize religieuses (f) furent victimes de leurs charité. Sur avis de Sa Grandeur l'Evoque de Montréal, plusieurs Sœurs des Institutions Catholiques de Montréal reçurent Tordre de se rendre aux SAâds, à la Pointe S. Charles, afin d'y faire le service auprès des pauvres affligés.
Ne pouvant sortir de leur monastère, les Sœurs de Notre
* MM. H. Hudon, V. G., A. Rey, prêtres de l'Evéché. John Richard Jackson, Pierre Richard, René Carof, Patrick Morgan, prêtres du Sém. S.S.
Thomas Colgan, curé de St André.
L; Mcinemey, et Sa Grandeur Mgr Power, évêque de Toronto.
Hospitalières de S. Joseph de l'Hotel-Dibtt.
(t) Sœurs Gertrude Poirier, Sophie Darche, Marie Joseph Portelance, postulante.
Sœurs Grises.
Sœurs Ann Nobles, Marie Magd. Limoges, Angélique Chèvrefils, Rosali» Barbeau, ^lodie Bruyèrcy Charlotte Pomi&ville, Janet Collins, novice,
Sœurs de la Providence.
S<?ltrs Ang;éli(^ue Beloin, Catherine Brady, Oljrmpe Guy.
Dame de Charité du Bon-Pasteur voulurent bien prendre leui part du pénible fardeau que les ravages du t3rphu5 imposaient à la charité publique. A leur monastère de la rue Sherbrooke, qui était à moitié construit, elles reçurent environ deux cents personnes. C'étaient des enfants, des jeunes filles de vingt ans» et au-dessous, qui leur étaient amenées dans un état pitoyable ; entassées dans des tombereaux, presque pas vêtues, et couvertes de vermine. Les premiers soins qu'on leur donnaient étaient de les laver, de leur raser les cheveux et les sourcils, afin de détruire les insectes qui les piquaient jusqu'au sang. Ensuite on les faisait coucher, à défaut de lit, sur une botte de paille fraîche, recouverte d'un drap.
Sur les deux cents qui furent admises dans les salles de la Communauté, il n'y en eut qu'une vingtaine qui ne devinrent pas la proie du typhus. C'est chose merveilleuse^ qu'aucune des bonnes Sœurs ne succomba à la maladie ; mais la supérieure, Marie de Ste. Céleste, vit la mort de près. N'écoutant que sa charité, debout le jour et la Jiuit, n'ayant ni le temps ni la pensée de prendre les précautions les plus nécessaires, elle fut atteinte de la maladie, transportée à la maison du faubourg Québec et condamnée par les médecins. La consternation fut grande dans la Communauté quand on apprit que la bonne mère n'avait plus que quelques instants à vivre. On se mit en prières, et on est convaincu que Marie de Ste. Céleste échappa à la mort grâce à une intervention spéciale de Piçu»
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Montréal n'oubliera de sitôt le touchant spectacle offert par ces femmes généreuses qui^ tous les jours, marchaient à la mort et déployaient dans le traitement des malades une adresse et une expérience que la charité seule, cette science suprême, pouvait leur donner.
Quand le fléau dévastateur eût cessé ses ravages^ la santé des Dames du Bon-Pasteur se trouva notablement altérée : toutes étaient plus ou moins souffrantes. Le Dr. Wolfred Nelson,* qui les gratifiait de ses soins, chercha les causes du dépérissement de leur santé. Il constata que c'était un reste de contagion pestilentielle puis, en second lieu, l'insuffisance du régime alimentaire.
*Le Dr "Wolfred Nelson, commença à étudier la médecine à l'âge de 14 anK, à Sorel, sous le Dr Carter. Les médecins étant bien rares à cette époque, il se mit à pratiquer fort jeune. A seize ans, W. Nelson avait la direction de la pharmacie d'un hôpital miUtaire. Il reçut son diplôme an 181 1, et s'établit à S. Denis. Exilé aux Bermudespour la part importante qu'il avait prise aux troubles de 1S37-38, il s'établit, au retour de l'exil, à Plattsburg, E. U.
Sir L. H. LAfontaine, ayant fait adopter par la chambre un bill d'amnistie générale, le Dr Nelson revint au pays, où il ne s'occupa plus de politique afin de se consacrer exclusivement à sa profession.
En 1854, ce grand patriote fut élu maire de Montréal. Son dévouement pendant le typhus de 1847 ^^ ^^ choléra de 1854, lui mérita l'admiration et la reconnaissance publique. Dès 1861 le Dr Nelson s'aperçut que ses forces diminuaient ; il languit et s'éteignit le 17 juin 1863, à Tàge de 71 ans, après avoir donné gratis ses soins et ses conseils aq Bon- Pasteur, h, Montréal, pendant au moins dix-nci^f ans.
Quelques lignes suffiront pour donner une idée de la manière dont on vivait alors au monastère du Bon-Pasteur.
Foui déjeuner, c'était de la graisse qu'on ôtait sur la soupe et qu'on laissait fîger ; celles qui ne pouvaient en faire usage étaient à même de manger leur pain sec ou avec de lu mélasse ; on i»:enait du café d'orge, sans lait, quelquefois de la viande au dîner; enfin du gruau ou des légumes pour le repas du soir.
Pour remédier à la première cause de la maladie, le médecin ordonna de blanchir avec de la chaux tous les murs du monastère, puis il prescrivit comme absolument nécessaire, le changement de nourriture. L'une et l'autre de ces ordonnances furent mises à exécution. " Il était grandement temps," répétait le bon docteur Nelson, " ou de modifier le régime de vie, ou de fermer la porte de la communauté, parce que subsister de la scMTte é ait chose impossible."
Nous avons parlé de la manière dont la Mère supérieure avait échappé au typhus. £n 1849 pendant le choléra ce fut le tour de son assistante, Sœur Marie de S. Gabriel. Elle fut atteinte de la maladie et fut bientôt aux portes de la mort. Voici ce qui se passa alors :
Une jeune novice converse, Sœur Girard, dite Marie de l'Assomption, voyant la consternation qui régnait autour d'eUe, sécria comme si elle eût obéi à une inspiration spontanée : " Oh I si le bon Dieu voulait me prendre, moi qui suis bonne à si peu dç çhosç, à la place de notrç chèrç
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Sceut Tassistante, dont on a tant besoin ici ! " Quelque temps après, rencontrant Sœur Préfontaine dite Ste Thérèse, qui se rendait au choeur pour sa méditation, la généreuse Sœiit Girard, dite Marie de TAssomption, lui répéta avec assurance, qu'elle se croyait certaine de mourir avant la mère assistante Dès le lendemain, à midi. Sœur Marie de TAssomptiôn, se sentant très mal, quitta son emploi qui était au réfectoire et monta à Tinfirmerie où elle commença à vomir : c'était le prélude du qholéra. Rien ne put la sauver, et la victime qui s'était offerte en sacrifice à Dieu, succomba un mercredi, 2$ juillet, à une heure de raprès-midi.
Presqu*aussitôt Sœur Marie de S. Gabriel prit du mieux et finit par recouvrer complètement la santé. Sans doute on n*est pas obligé de croire que ces faits sont miraculeux, mais ils sont toujours bien étonnants. Admettons que s'il est des prières que Dieu doit prendre plaisir à exaucer ce sont bien celles de
ces saintes femmes qui ne vivent que pour lui ; s'il est des lieux où il doit aimer à se manifester ce doit être dans ces sanctuaires de vertu, de simplicité et de dévouement.