CHAPITRE XXIII
LES LIGUES. ~ AFPBL AD PEUPLE FRANÇ4IS. — FORMATION dVnE cour MARTIALE.
Voyant se resserrer le cercle qui Tentourait, la CornmuDe tentait, par tous les moyens, d'intéresser à son sort les grandes villes de la France. Féroce dans ses actes, elle mettait en avant tous les sentiments de la famille pour fausser les esprits irrésolus et faibles et se les attirer.
Dans beaucoup de grands centres, les conseils municipaux, élus sous la dictature de M. Gambetta, étaient dévoués à la Commune. Aussi les membres de ces conseils allaient-ils sans cesse de leurs villes à Paris, de Paris à Versailles, pour tâcher d'amener une transaction. Or le moyen qu'ils proposaient consistait dans la reconnaissance pure et simple du triumvirat Delescluze, Rigault et Pyat. M. Thiers ne pouvait accepter de pareilles conditions, c'eût été se déclarer vaincu, et le mouvement ne se serait pas arrêté.
Un individu, nommé Férouillat, conseiller municipal à Lyon, fit un rapport très-long sur son voyage à Paris et son entrevue avec le chef du pouvoir exécutif. Ce personnage se permettait de juger une situation qu'il n'avait fait qu'entrevoir, et déclarait que les Parisiens en masse désiraient l'établissement et le maintien de la Commune. En parlant ainsi, Férouillat n'était qu'un menteur ou un imbécile; peut-être les deux. Pour faire une enquête sur les idées des habitants de Paris, il eût fallu une liberté qui manquait complètement à ceux qu'on eût interrogés. Et puis, qu'était M. Férouillat? qui ou quoi représentait- il ?
D'un autre côté se démenait V Union républicaine. Un de ses membres, l'ancien restaurateur Bonvalet, qui voulait à toute force se donner de l'importance, alla plusieurs fois à Versailles pour faire accepter les conditions des communeux. Ce gargotier ambitieux, sans instruction, n'ayant pas su faire ses affaires, prétendait diriger et conseiller les autres. Certes, quand un homme s'élève au-dessus de sa condition, personne n'a le droit de protester, de lui reprocher la modestie de ses débats. Mais il faut, pour faire accepter ces ascensions rapides et les justifier, connaître à fond les questions qu'on veut traiter, et avoir donné dans sa vie privée et publique des preuves de moralité et de talent. M. Bonvalet n'était point dans ce cas, son ignorance était facile à constater, son habileté commerciale était plus que douteuse, et la corporation des restaurateurs, qui le connaissait à fond, ne l'eût jamais nommé son président.