CHAPITRE XIX
Enfin, par la parole, la plume, le crayon, par la reproduction populaire des chefs-d'œuvre, par l'image intelligente et moralisatrice qu'on peut répandre à profusion et afficher aux mairies des plus humbles communes de France, le comité concourra à notre régénération, à l'inauguration du luxe communal et aux splendeurs de l'avenir et à la République universelle.
On s'en tint aux phrases, et rassociation n'exista jamais que sur le papier.
La Fédération artistique n'avait aucun rapport avec celle des artistes. Plus modeste, elle n'eut point la prétention de régénérer Tart. Elle voulait, sous un titre peu ambitieux, servir de centre aux réfractaires tous les jours plus nombreux qui cherchaient à échapper au service communal.
Il fallait lutter de ruse avec M. Cluseret pour lui arracher des hommes solides, qu'il trouvait excellents pour envoyer tuer. Une réunion eut lieu le 12 avril dans le but d'organiser rapidement la nouvelle fédération. Il n'y avait pas de temps à perdre ; les recruteurs du délégué à la guerre ne plaisantaient pas lorsqu'il s'agissait d'armer un citoyen et de l'expédier au rempart.
Après ceux qui quittaient Paris, il y avait ceux qui étaient obligés d'y rester. Ces derniers n'étaient généralement pas riches, et tout travail étant arrêté, il fallait vivre, et, pour vivre, les trente sous de l'Hôtel de ville étaient plus que nécessaires : indispensables.
Cependant les hommes honnêtes voyaient vers quels
i5V HISTOIRE DE LA COMMUNE.
abîmes courait la Commune, et devinaient le résultat de la lutte engagée. Ils cherchaient d*abord à entrer dans les compagnies sédentaires, ce qui était impossible, à moins d'être âgé ou infirme. Il ne restait plus que les compagnies de guerre avec la perspective de lutte, coups de fusil, blessures, exécution, Cayenne ou la Nouvelle-Calédonie.
Mais, dans les circonstances les plus graves, il se rencontre toujours des individualités énergiques qui regardent recueil en face et parviennent, à force d'habileté, sinon à le franchir, au moins à le tourner.
L'organisateur de la Fédération artistique, M. Charles Monplot ^ voyant qu'il lui était impossible d'échapper à la Commune, proposa une idée de fédération, faisant valoir que, par les représentations que donneraient ses associés, il pourrait faire des recettes dont le produit serait remis entre les mains d'un délégué pour être ensuite réparti entre les femmes et les enfants des blessés fédérés. La fédération devait être organisée militairement; elle aurait son état-major, et son lieu de réunion serait le Conservatoire; mais elle ne devait pas franchir les fortifications.
Cette idée plut à la Commune; le bataillon fut créé le 10 avril ; il comptait cinq cents hommes. Le 17, il y en avait six cents, et le 25 neuf cents; il resta toujours à ce dernier chiffre. Jamais il ne fut armé. Cepen-
1. M. Monplot, comme ancien militaire, avait repris du seWice pendant le siège, il était sous-officier au 8" bataillon de chasseurs à pied.