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LA PAIX, SEUL MANDAT DE L'ASSEMBLÉE

Les élections s'accomplirent paisiblement dans toute la France, sauf en Corse, où des rixes se produisirent avec accompagnement de coups de fusil, selon la coutume de cette leiTC du banditisme.

A Bordeaux, le conflit à propos du décret des inélig'ibles avait pris fin par la démission de Gambetta et la victoire de Jules Simon, représentant le gouvernement de Paris, c'est-à-dire la paix.

Gambetta, en frappant d'inéligibilitéles anciens membres du corps législatif ayant voté la guerre et les ex-fonctionnaires de l'empire, avait sans doute agi révolutionnairement et pour ce qu'il estimait ôtre le salut de la France et le bien delà République. Jules Simon avaitété envoyé do Paris pour annuler le décret ; en réalité pour supprimer l'autorité de Gambetta, le dictateur, comme on le nommait, surtout coupable, aux yeux des pacificateurs à outrance, de personnifier la résistance, de représenter la France guerrière. La délégation de Paris l'emporta sur la délégation de Bordeaux, non pas parce que les gouvernants restés à Paris avaient plus d'autorité : les deux délégations se valaient, avaient la même origine, et celle de Paris pouvait être considérée comme déchue, ayant signé la capitulation, ayant ainsi dépassé ses pouvoirs, et ayant sans droit engagé la reddition de la France. Mais Bismarck était du côté de Jules Simon, et sa volonté l'emporta. Gambetta dut donner sa démission.

Le vote de la France fut significatif. Le décret de Gambetta, abrogé par Jules Simon et ses collègues, n'aurait eu qu'une utilité théorique. Les populations ne songèrent nullement à recueillir les épaves de l'empire. Sauf quelques

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individualités notoires, des héritiers de noms de gloire, les bonapiirlistes furent rares à l'assemblée du 8 février. En revanche, la masse électorale campagnarde vola pour des candidats élrania^es et novices, des inconnus, en nombre, beaucoup aussi de gens titrés, des hobereaux, des. propriétaires, la plupart investis de commandements dans la mobile. Ce furent les cadres des mobilisés d'abord, puis les châteaux, les grandes exploitations industrielles, qui fournirent cotte majorité singulière, ignorante et moutonnière, intolérante toujours, furieuse parfois, mais qui résumait, avec ses bizarreries, l'unité de pensée et de vouloir de la France : c'est-à-dire la paix.

Paris et quelques grandes villes avaient seuls émis des suffrages politiques. Là seulement les élections eurent une couleur, furent l'affirmation d'un programme, l'avènement d'un parti. Partout ailleurs la question de drapeau et de constitution avait été négligée. On ne s'était occupe que de la cessation complète des hostilités, et de la conclusion hôtive d'un arrangement territorial et financier quelconque avec les Prussiens, pour se débarras.ser d'eux. Même dans les départements cléricaux et légitimistes de l'Ouest, il ne fut guère parlé du gouvernement. Les députés furent élus, non parce qu'ils étaient légitimistes, orléanistes, partisans des prérogatives de l'Église, mais parce qu'ils s'engageaient à voter la paix. On les choisissait sans doute de préférence à d'autres pacifiants, qui eussent affiché des sentiments républicains, mais ce n'était qu'un accessoire de leur mérite électoral, cette opinion anti-républicaine; entre un royaliste voulant continuer la guerre et un radical s'engageant à voter la paix, le Morbihan eût choisi le radical. L'immense majorité votante alors laissait eu dehors de toute discussion la forme républiaiine : les partis consentaient un armi.stice politique, jusqu'à la paix.

LE DIX-HLIT MARS '7'

Aussi, apparaît-il illégal, autant que criminel, l'abus que it par la suite cette assemblée des pouvoirs indéterminés, mais restreints en soi, et occasionnels, qui lui avaient été conférés « dans un jour de malbeur ». Il n'était entré dans la pensée d'aucun électeur de la majorité campagnarde que ces mandataires, qu'on envoyait à Bordeaux expressément pour traiter de la rançon de la France, dussent, par la suite, légilérer sur toutes les matières, et surtout se mêler de donner une constitution, même républicaine, au pays. L abus de pouvoirs fut donc indéniable, et l'usurpation de cetteassemblée suffirait à justifier l'insurrection, si la province eût suivi Paris au Dix-Huit Mars.

Les républicains des «.grandes villes, seuls peut-être, dans la prévision qu'ils auraient la majorité, ont voté avec 1 arrière-pensée que l'Assemblée Nationale agirait comme pourvue de souveraineté, qu'elle serait con.stiluante, législative, dictatoriale, une véritable Convention. Mais les électeurs des hobereaux et des marguilliers, qui devaient former la majorité, n'avaient pas eu de si vastes pensées, m rêvé pour leurs représentants d'aussi ambitieuses destinées. L'Assemblée Nationale convoquée et élue pour discuter de la paix ou de la guerre, après avoir pris parti pour la paix, devait se renfermer dans un rôle d'attente, dans une attitude de gouvernement provisoire, veillant à la perception des impôts dont le paiement devait servir au paiement de l'indemnité de guerre, rétablissant la police, réparant les routes, rapatriant les soldats prisonniers, hâtant la libération du territoire; alors son mandat étant achevé, elle devait noblement et loyalement se retirer.

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