‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 110 sur 126 · LES MAIRES N'ONT PAS AGI EN BONS CITOYENS · texte numérisé non relu

LES MAIRES N'ONT PAS AGI EN BONS CITOYENS

Le président Grévy dit alors, avec la solennité voulue :

« La parole n'étant pas réclamée, voiciles conclusions sur lesquelles l'Assemblée doit se prononcer : « La Commission a l'honneur de ne pas prendre en considération la proposition de M. Louis Blanc. »

Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées.

Ainsi un vote solennel de l'Assemblée nationale, émis sous l'impulsion du chef du pouvoir exécutif, déclarait, qu'en négociant avec Paris, qu'en acceptant les élections municipales, les maires n'avaient pas agi en bons citoyens. C'était le désaveu de tout ce qui avait été si difficilement obtenu. Les maires étant considérés comme des factieux, pour avoir remplacé, dans les mains fiévreuses des insurgés parisiens, les cartouches toutes prêtes par des bulletins de vote, M. Thiers et l'Assemblée proclamaient qu'on avait mal ag-i en ne déclarant pas la guerre civile.

C'était odieux et d'une fourberie intense. Thiers laissait désavouer ses amis les maires, qui cependant n'avaient agi qu'en se sachant autorisés par lui, par son ministre de l'intérieur. Pour donner à ce vote une apparence de bonne foi, après avoir formulé sa fameuse doctrine de la République dévolue aux plus sages, de la République prime ofl'erte à l'Assemblée et à la nation si elles avaient la sagesse de le conserver lui, Thiers, à la présidence, il aurait dû remonter à la tribune et dire :

« Messieurs, nous avons été trompés; les maires ont abusé de la confiance que nous avions mise en eux. M. Er-

LE COMITÉ CBNTRAL

nesl Picard va vous affirmer qu'il n'a jamais autorist les maires à traiter avec des rebelles. Moi, j'affirme n'avoir jamais dit à M. Tirard qu'il coavenait de négocier pour éviter l'effusion du san^. Ce faux lémoia et tous ces mauvais citoyens, comme le vote de l'Assemblée vient de les qualifier'juslemeut, ont trahi, et je demande leur mise en accusation immédiate ! »

Ce langage aurait eu pour lui la logique, à défaut de sincérité. M. Thiers n'alla pas jusqu'à demander des poursuites contre ces maires et députés, qui avaient consenti, croyant à ses paroles, à signer un accord avec des insurgés 11 se contenla de cligner sous ses lunettes. Le résultat qu il attendait était obtenu. Il pouvait laisser désavouer les maires, puisqu'ils avaient agi comme il le voulait; il pouvait aussi laisser blâmer la convocation électorale, alors que le vote parisien était un fait accompli, et que le temps perdu à Paris, grâce à la comédie de la résistance et des négociations, ne pouvait se ratrapper. Les maires-députés, eux ne pouvaient empêcher que la transaction n eût pas son résultat, et l'on n'avait point à s'occuper de leur déconvenue. Ceux qui avaient fini par comprendre le plan du chef du pouvoir exécutif, et qui, par la suite, se vanteraient de l'avoir facilité par leurs cauteleuses manœuvres, d avoir ainsi prolongé l'indécision et fait gagner le temps nécessaire au rassemblement des troupes, ceux-là ne diraient rien. Les autres, les mécontents comme Louis Blanc, Schœlcher, Tirard, les auteurs do la capitulation, qui s'attendaient a être félicités, pour avoir prôné la conciliation, bouderaient et se tiendraient cois dans leurs fauteuils, tout penauds, n'osant avouer qu'ils avaient été joués. Quant aux complices timides de la Commune, ceux qui, «pat un pied à Versailles, avaient l'autre à l'Holel-de-Ville, les Floquet.ies

Clemenceau, les Lockroy, tous ces députés au mauvais esprit, donneraient probablement leur démission, et ce serait un bon débarras. Tout était donc pour le mieux ! Et M. Thiers, radieux, en se frottant les mains, considérait avec satisfaction la situation. Son plan s'accomplissait ainsi ponctuellement. Tout avait été par lui prévu, combiné avec adresse et tout se réalisait à souhait. Il avait obtenu la chose la plus importante, et qui était la victoire sûre après avoir été le salul immédiat : le temps inemployé par ces niais vaniteux du Comité Central, croyant avoir ville gag-née. Temps bien rempli par lui, grâce à l'obligeance des Allemands. Du concours prussien il était surtout satisfait.

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