‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 89 sur 126 · LES MAIRIES OCCUPÉES · texte numérisé non relu

LES MAIRIES OCCUPÉES

L'une des conséquences de la Iransaclion en litige devait être la remise aux maires des mairies dont ils avaient été dépossédés. Il y avait eu résistance, et même des violences s'étaient produites dans plusieurs de ces mairies, lors des tentatives du Comité Central pour les occuper.

A la mairie du VII^ (Palais-Bourbon) les citoyens Parisel, Mariani, Urbain et André, s'étaient présentés, le 24 mars, à 9 heures du matin, pour prendre possession d'une des salles de la mairie, afin d'y préparer les élections. Ils se firent connaître comme envoyés par le Comité Central. MM. Hortus et Bellai°ue, adjoints, déclarèrent « qu'ils ne reconnaissaient pas l'autorité du Comité Central; que la Mairie était une et indivisible; qu'ils ne pouvaient partag-er les pouvoirs qui leur avaient été conférés par le suHVage universel, et qu'ils ne céderaient qu'à la force >■>. ■ Les délégués dirent qu'ils regrettaient de ne pouvoir agir d'accord, qu'ils n'avaient d'ailleurs qu'une mission purement électorale. Les adjoints firent alors appel au chef de poste de la mairie. Celui-ci monta, et comme les adjoints le sommaient d'opter entre les ordres de la mairie et ceux du Comité Central, cet officier répondit qu'il devait obéissance au Comité Central. Les adjoints se retirèrent alors, en laissant une protestation.

La mairie du XVII» (Batignolles) fit apposer dansl'ar-rondissement une protestation signée : F. Favre, maire, Villeneuve, Cacheux, Malon adjoints, contre l'occupation faite au nom du Comité Central, déclarant qu'ils suspendaient tout acte municipal; ils considéreraient l'usage du cachet de la municipalité et l'emploi des fonds ainsi que

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les réquisitions par les envahisseurs, comme autant d'actes criminels.

Le maire et les adjoints ajoutaient qu'ils conservaient les pouvoirs qui leur avaient été donnés par le sulTrage universel.

A la mairie du XII''(Reuilly) le maire Grivot, les adjoints, Denizot, Dumas et Turillon protestèrent contre les délég^ations du Comité Central les remplaçant, dénonçant la violence qui leur était faite, et l'atteinte portée au suffrage universel, « dont ils étaient légalement issus >>.

La protestation du maire du XVIII« (Montmartre) est à sig'naler, ce maire étant M. Clemenceau, l'un des négociateurs principaux dans les pourparlers, soit avec Versailles, soit avec le Comité Central.

Voici cet intéressant document sig-né de MM. Clemenceau, maire, J.-A. Lafont, V. Jaclard, adjoints:

Citoyens,

Aujourd'hui, à midi, la mairie du 18e arrondissement a été envahie par une troupe armée. Un officier de la garde nationale a osé sommer le maire et ses adjoints de remettre la mairie aux raains d'un délégué du Comité Central de la garde nationale.

Le Maire et ses adjoints, revêtus des insignes municipaux, ont, en présence de tous les employés de la mairie, sommé le chef du poste d'expulser les envahisseurs. Celui-ciaprès en avoir conféré avec son commandant, a rciiondu qu'il se refusait à obtempérer à cet ordre, et qu'il était disposé à prêter main-forte aux violateurs de la loi.

Le chef des envahisseurs a alors mis en arrestation le maire et deux de ses adjoints, qui ont été conduits au poste entre deux haies de gardes nationaux. Quelques minutes après, on venait déclarer au maire et aux adjoints élus du '18« arrondissement, qu'ils étaient lihres de se retirer.

Citoyens, nous avons à cœur d'éviter un conflit dont les résultats désastreux nous épouvantent. Voilà pourquoi nous cédons à la force. Mais nous protestons hautement contre l'attentat dont la garde nationale du 18" arrondissement s'est rendue coupable

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sur la personne de mae,islrals répul)licains, liiiremcnt élus, qui se rendent ici publiquement le témoignage qu'ils ont accompli leur devoir.

Vive la France 1 Vive la République I

Paris, 22 mars 1871.

L'arrestation de M. Clemenceau, réclamée a-t-on dit par l'un de ses adjoints, Dereure, ne fut donc pas maintenue. M. J.-A.Lafont, adjoint,qui avaitétéécrouéà la Conciergerie sur un mandat du délégué civil près la préfecture de police, Raoul Rigault, comme inculpé d'excitation à la guerre civile, fut mis en liberté à quatre heures de l'après-midi.

A la mairie du X" (Entrepôt) l'adjoint Murât fut arrêté, puis relâché. Il avait refusé de laisser pénétrer les délégués dans la mairie.

La mairie duXIVe (Observatoire) fut occupée par Avoine fîls et par Billioray, qui forcèrent le fougueux Héligon à se retirer. Une commission provisoire fut installée, composée des citoyens Martelet, Avoine, Batoule, Florent, Garnier- Parève.

Au Vin« (Elysée) le citoyen AUix s'était fait céder la place sans résistance, presque avec empressement, par l'adjoint, le craintif Denormandie. Le maire, non moins prudent, M. Carnet, avait pris les devants et gagné Versailles, bien que son arrondissement fût assurément un des plus tranquilles et comptât fort peu de partisans du Comité Central.

La mairie du VI« (Luxembourg) fut disputée au maire, M. Hérisson, par le docteur Tony Moilin, puis M. Hérisson fut réintégré. A l'heure de la répression, pour cette usurpation d'une journée, l'inoffensif Tony Moilin fut passé par les armes, dans des conditions particulièrement atroces.

La reprise des mairies par les titulaires éUiit un des points importants de l'accord en discussion. Cette réinté-

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pration en perspective disposait favorablement la plupart des maires et adjoints, presque tous bourgeois vaniteux, fort attachés aux honneurs municipaux, et craignant de perdre les petites prérogatives dont ils avaient l'accoutumance et le goût, car ils n'étaient pas certains que le nouvel ordre administratif ne durerait pas, si on le laissait un instant s'établir.

Les rumeurs de Versailles, parvenues à Paris, au sujet de la nomination possible d'un prince d'Orléans comme lieutenant général, engageaient aussi ceux qui ne voulaient aucunement d'une restauration monarchique à conseiller les concessions. La mise en avant du duc d'Aumale fut pour beaucoup dans la facilité avec laquelle les maires, dans la réunion du samedi, se décidèrent à accepter les conditions du Comité Central. Ceux qui déploraient^ la rupture de la veille et conservaient le vague espoir d'un raccommodement dans l'entrevue matinale convenue, n'étaient pas les plus nombreux, mais ils se montrèrent les plusénersî-iques, et l'emportèrent.

EnHn les vrais républicains, et il y en avait un certain nombre parmi les élus de novembre 1870, se trouvaient indignés par la présence de -M. Rouher sur le sol français, annoncée p;ir le gouvernement. On disait bien, qu'à peine débarqué à Boulogne, avec sa femme et sa fille, l'e.x-viceempereur avait été questionné par le sous-préfet Lagache sur le but de son voyage, puis consigné et gardé à vue à l'hôtel Christol où ilétait descendu. Mais M. Rouher n'avait pas dissimulé au sous-préfet, qu'il était venu en France pour mettre les forces dont pouvait disposer le parti bonapartiste à la disposition de M. Thiers , pour l'aider à « sauver » le pays ep révolution.

M. Rouher aurait aussi demandé à être autorisé à prendre le fusil et à combattre les insurgés, comme simple

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volontaire, daus les rangs des Amis de l'Ordre. Cette offre avait été refusée. Il était inquiétant qu'elle ait pu être faite. Le sous-préfet avait ordonné au commissaire central Mdnicault de veiller sur IM. Rouher et de l'empêcher de fuir. Il devait également lui interdire de communiquer avec des amis, bonapartistes notoires, venus à sa rencontre. C'était en réalité un fait fort insignifiant que la présence d'un homme aussi impopulaire que le bras droit et le conseiller de Napoléon III. M. Rouher ne pouvait rien, n'était plu.s rien. Mais son offre de combattre du côté de Versailles, bien que repoussée, n'augmentait pas la confiance des Parisiens dans le républicanisme de l'Assemblée. Et les maires pensaient que les adhésions du duc d'Aumale et de M. Rouher n'étaient point faites pour donner de la popularité à l'Assemblée nationale, ni pour engager les républicains à se compromettre davantage, eu se montrant hostiles aux franchises municipales. Les intérêts de la République et les droits de Paris se trouvaient avoir pour eux, bien visiblement, le Comité Central, et il était grave et fâcheux pour des maires et des députés qui avaient été nommés comme républicains de paraître, en prolongeant une résistance périlleuse, faire cause commune avec Rouher et le duc d'Aumale.

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