‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 7 sur 95 · DEUX VRAIS CHEFS DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

DEUX VRAIS CHEFS DE LA COMMUNE

Le gouvernement de la Commune et le Comité Central ont compté plusieurs membres ayant le programme et l'esprit socialistes, et cependant le Socialisme, considéré comme ungroupe séparé, comme un parti nouveau en dehors des anciens partis politiques ou révolutionnaires, n'y était représenté que par une minorité. C'était la conséquence de l'état de l'opinion. Les socialistes, tels qu'ils sont aujourd'hui groupés, agissants, n'étaient alors qu'en petit nombre; noyés dans la population parisienne, ils contribuèrent au succès de l'insurrection, le Dix-Huit mars, mais ils ne furent que des auxiliaires, quoi qu'en aient prétendu depuis certains théoriciens et historiens du parti.

Un principe a cependant dominé toute la période com-

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munalistc, c'était l'avènement de la classe populaire au commandement des forces militaire et de police.

C'était la première révolution, a dit Karl Marx, dans laquelle la classe dos travailleurs eût été reconnue comme la seule capable d'initiative sociale, même par la grande majorité de la bourgeoisie parisienne, les boutiquiers et les commerçants, les négociants ; les grands capitalistes étant seuls exce|)tés. Le grand acte socialiste de la Commune, ce fut son existence même et son propre fonctionnement. En ses mesures spéciales, elle ne pouvait point manifester la tendance d'un gouvernement du peuple par le peuple.

Un grand nombre de décrets d'nn caractère absolument socialiste furent proposés par la minorité de la Commui:e et adoptés par la majorité. Les politiques exclusifs, comme les blanquistes, les votèrent aussi bienqueles proud'honiens, mais ce furent là surtout des mesures d'une réalisation d'ordre général, des vœux et des déclarations de principes. Les non-socialistes les votèrent par sentiment révolutionnaire, par adhésion d'opinions et de tendances, plutôt que comme étant l'expression de leur programme. Avec raison, les masses socialistes célébrèrent, par la suite, le Dix-Huit mars et la Commune, non seulement commedale révolutionnaire mais aussi comme le point de départ de l'évolution du Quatrième Etat, comme une ère nouvelle prise pour l'avènement encore incertain du prolétariat, devenu à son tour classe dirig"eante, disposant du capital, du crédit, des grands services publics, de la justice et de la force armée, tout l'idéal, toute l'utopie d'une société future.

Le socialisme fut le résultat et non la cause de la Révolution du Dix-Huit mars. Il profita du régime communaliste qu'il n'avait pas constitué. Ceci explique comment la Commune, régime instable, pouvoir éphémère, qui ne put avoir, malgré la bonne volonté de la plupart de ses chefs

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et les aspirations vag'ues de ses soldats, ni le temps ni la force pour établir un ordre nouveau et pour entreprendre les grandes réformes sociales souhaitées, dut se borner à les énoncer dans ses programmes et ses manifestes.

Elle fut impuissante à réaliser les vœux et les projets déjà discutés par les diverses écoles démocratiques, formulés par les écrivains et les orateurs des dernières années de l'Empire, acceptés comme des faits presque accomplis par des auditoires crédules et enflammés. La Commune a eu cependant une importance philosophique et éducatrii-e considérable, etson influence, son esprit, son programmeinexécuté se sont perpétués jusqu'à nos jours. C'est plutôt parce qu'elle aurait voulu imposer que par ce qu'elle a pu accomplir, que son renom et sou exemple sont en honneur dans tous les pays où il existe un prolétariat militant et comprimé. La Commune, par sa lutte terrible, par sa chute grandiose, a ébranlé toutes les masses des travailleurs dans le monde entier. Tous les révoltés, tous les insurgés contre le capital accapareur et contre les conditions inégales du travail, sur toute la terre, se souviennent de son court passage, l'admirent. Les révolutionnaires cosmopolites regrettent son éphémère existence et s'efforcent de reprendre, en tout territoire propice, son œuvre interrompue. Les moins favorisés par le milieu entreprennent la propagande |)our la réalisation de ce qu'elle avait projeté. Les socialistes modernes ont étendu son programme primilif,et pour en exprimer toute la portée, toute l'étendue, ils invoquent le nom de la Commune et sa tradition. Elle apparaît pour les croyants du socialisme entourée d'une auréole messianique. Son impersonnalité aide à cette synthèse révolutionnaire.

La Commune, en effet, n'eut pas de chef. Ce fait anormal fut certainement une cause de faiblesse durant son

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résine, si troublé, si bref, et contribua à la défaite finale. Pour les g-énérations qui ont succédé, cette absence d'un Lomme la conduisant, d'une individualité la personnifiant, est devenue une force. C'est là ce qui a surtout maintenu son prestig-e. Elle ne fut pas l'œuvre d'un grand homme ni même d'une personnalité secondaire, et elle ne garde pas l'empreinte d'un dictateur l'ayant façonnée, comme le modeleur la cire, selon son g'énie et sa vigueur. Elle a conservé son caractère impersonnel et collectif.

Il y eut, sans doute, durant celte période de deux mois, des hommes plus entreprenants, plus autorisés aussi, justifiant de services démocratiques éprouvés, qui furent portés par la popularité à la direction des affaires, qui exercèrent une indiscutable prépondérance. Delescluze fut un de ces citoyens, qui, par leur passé, par leurs capacités, par la confiance qu'ils inspiraient, eurent une influence grande sur les hommes, et, par eux, sur les événements. Mais l'autorité toute morale de Delescluze fut bien faible et souvent contestée. On sait avec quel cœur ferme, mais décourag'é, désabusé peut-être, ce g'rand citoyen marcha à la mort, ne voulant survivre ni à ceux qu'il avait conduits au combat, ni à ses espérances détruites avec ses illusions. On ne saurait incarner la Commune dans la personnalité de Delescluze, ni dans toute autre individualité. La Commune n'eut pas son «héros» comme l'entend Emerson. Delescluze, malgré la grande place qu'il tint à l'Hôtel-de- Ville de 71, ne fut jamais un de ces « représentative men » qui résument une époque, après l'avoir en détail constituée. Une histoire de Delescluze ne serait pas une histoire de la Commune . La Commune a semblé s'inspirer du conseil ég'alitaire d'Anacharsis Cloots, et Paris du moins, pendant ce règne plébéien, parut « g'uéri des individus ».

Pourtant, ce g-ouvernement acéphale, libre de la domina-

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