SÉANCES INSIGNIFIANTES DE L'ASSEMBLÉE
L'Assemblée nationale tint, pendant la première quinzaine d'avril, des séances généralement insignifiantes. M. Thiers était monté à la tribune, le 3 et le 4, pour donner rapidement l'exposé des faits militaires accomplis. Il fit connaître que la redoute de Châtillon avait été reprise sans qu'il eût été nécessaire d'employer la gro.sse artillerie.
Un député de la droite, M. Jules Brame, qui ne se sentait sans doute pas suffisamment rassuré par les nouvelles des succès remportés, dit: «Je suis convaincu que toutes les dispositions ont été prises pour que l'agglomération des troupes qui est ici soit entourée de tous les soins possibles, et je suis assuré que l'Assemblée s'associera à ma demande.» Il conclut en proposant à l'Assemblée de se porter au devant des troupes, pour leur dire combien les députés étaient heureux et satisfaits de leur conduite.
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La Chambre, sur la proposition de l'amiral La Roncière Le Noury, au nom de la commission des Quinze, vota des remerciements à l'armée « pour sa conduite patriotique dans les journées des a, 3 et 4 avril ».
Le marquis de TalhouOt rapporta un projet de loi, portant ouverture d'un crédit de 72. 5oo. 000 francs pour l'alimentation et l'entretien des troupes allemandes. L'Assemblée, sur la proposition de M.Emmanuel AragOiSe déclara en permanence. M. Arag'o et ses collègues républicains qui votèrent la permanence voulaient ainsi affirmer qu'ils n'avaient nullement l'intention de se retirer de cette assemblée et d'imiter leurs coilèi^ues Charles Floquet, Lockroy, Delescluze, etc. Des doputés élus comme républicains crurent donc devoir continuer à tenir séance à Versailles, au lieu de rentrer à Paris, au milieu de ceu.x qui les avaient nommés. Leur présence à Paris ne les oblig'eait pourtant pas à donner leur démission et pouvait avoir, par la suite, une influence, sinon sur les tentatives de conciliation, du moins pour la modération dans les massacres. Millière, qui n'appartenait pas à la Commune, et n'avait en rien participé à ses actes, eilt probablement été arrêté pour obéir aux ordres de Jules Favre, mais non pas fusillé, si ses collègues de l'Assemblée eussent été là, intervenant, le réclamant comme député inviolable. La situation de ces députés parisiens oblig-és de féliciter à tout instant ceux qui fusillaient leurs électeurs devint équivoque et leur attitude fut gônée. Ils s'abusaient, pour justifier leur présenceà Versailles, sur l'importance de leur action parlementaire. Ils ne firent que démontrer l'inutilité de leur rôle dans une as.scmblce furieuse, opposée à toute tentative de conciliation, attentive seulement au bruit du canon, s'éloignant de Versailles, se raj)prochant de Paris.
Le peu d'intérêt des séances, durant ces journées de com-
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bats et d'anxiété, est surprenant. La séance du 6 avril fut consacrée à la discussion d'un projet de loi sur le concordat amiable, en matière de faillite! M. Dufaure proposa une procédure plus rapide pour les affaires déférées aux conseils de guerre. La mitrailleuse allait surtout accélérer la besogne de ces tribunaux de sang'. Une commission de 60 membres fut nommée pour réviser les marchés conclus pendant le siège par la délégation de Bordeaux. Cette nomination, dont l'urgence n'était pas démontrée, servit par la suite aux attaques et aux récriminations de l'assemblée réactionnaire, contre le g'ouvernement républicain, et contre ceux qui, pendant la guerre, ajant, avec Gambetta, forcé les hobereaux à se battre, étaient parvenus à sauver, à défaut du territoire, l'honneur du pajs envahi.
Un député clérical, républicain à ses heures, le fanatique Jean Brunet, à qui la France dut d'être vouée officiellement au Sacré-Cœur, demanda à interpeller le gouvernement sur la continuation de la guerre ou sur la conclusion de la paix avec Paris. Il n'y avait pas de discussion plus urgente, plus nécessaire, pour préciser la situation et déterminer la politique du gouvernement, dans cette terrible crise. Le ministre Ernest Picard demanda trois jours pour la discussion de cette interpellation. IM. Baze vint surenchérir et proposa le renvoi à un mois. L'Assemblée s'empressa de voter l'ajournement au mois et l'on reprit la discussion de la loi municipale.