‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 152 sur 375 · ÉDUCATION DU DUC D'ENGHIEN · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DU DUC D'ENGHIEN

pressantes de la part des catholiques de la ville et de l’assemblée des trois ordres!. « Ceux de la Religion Prétendue Réformée, disaient-ils, n’ont aucun droit d'empescher ce bon dessein, puisqu'en effet ce lieu leur est inutile depuis quarante-einq ans, n'appartenant à aucun particulier, et que d’ailleurs on les tolère dans deux autres temples qu'ils ont, l’un dedans, l’autre aux portes de la ville ?. » De nouvelles lettres de Louis XIII levèrent l'arrêt de surséance et chargèrent le gouverneur de Metz, M. de Lambert, de mettre les Jésuites en possession de l’ancien prèche*. L’installation eut lieu, le 22 janvier 1643, en présence de M# Meurisse, administrateur de l'évêché, du P. Jacquinot, provincial de Champagne, et de nombreux représentants du clergé, de la noblesse et de la bourgeoisie‘. À la suite d’une expertise le temple fut évalué à cinq mille sept cent quarante livres, et une petite maïison attenante, à quatorze cent soixante-quatre livres. Louis XIV, imitant la générosité de son père, voulut solder lui-même la dépense ÿ.

5. Après le roi et le cardinal de Richelieu, Henri de Bourbon, prince de Condé, restera dans les annales de la Compagnie au premier rang de ses amis et bienfaiteurs. Nous avons dit plus haut comme il favorisa de tout son pouvoir l'établissement de plusieurs

maisons dans son gouvernement de Bourgogne. Mais la plus grande preuve d'estime qu'il donna aux Jésuites fut de leur confier l'éducation de son fils aîné, le jeune duc d’Enghien. « Une réciprocité de bons offices, observe le duc d’Aumale, avait établi entre lui et l'Ordre des liens étroits, une véritable solidarité d’intérêts.… Partout il avait servi la cause des Pères... ; aussi peut-on dire que l’Ordre entier se mit à sa disposition pour répondre à sa confiance 6. » Les Jésuites français, en particulier, lui rendirent le signalé service de former le cœur et l'esprit de celui qui devait être un jour Le grand Condé.

Louis de Bourbon, duc d'Enghien, parut dès le jeune âge doué de qualités exceptionnelles. IL n'avait pas encore cinq ans accomplis qu’à la cérémonie de son baptême (5 mai 1626), dans la

1. Lettre des représentants catholiques des trois ordres à M. de Noyers (Archives de la Moselle, G, 145).

2. Lettre des mêmes à M. de Chavigny (Archiv. prov. de France, 3).

8. Lettres de Louis XIII, 24 déc. 1642 (Archives de la Moselle, G, 145).

4. Litterae annuae 1643 (Campaniae historia, t. II, n. 19): Cf. Viansson-Ponté, op. cil.,

5. Patentes du 14 oct. 1644 (Archiv. de la Moselle, G, 145). 6. Duc d’Aumale, Histoire des princes de Condé, t. IT, p. 316.

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cathédrale de Bourges, il récitait sans hésitation tout le credo en latin et en français. Bientôt son étonnante facilité et son intelligence supérieure lui permettant d'étudier, deux Pères lui furent donnés comme répétiteurs. Ils lui enseignèrent à lire et à écrire, avec les premiers rudiments du latin; pendant trois ans l'enfant reçut des leçons particulières grâce auxquelles il apprit vite et bien ?. À neuf ans il était en état de suivre des cours publics. Son père, voulant qu’il recçût aussi l'éducation commune, lui fit quitter Montrond pour le mettre à Bourges. Le jeune due y arriva au mois de décembre 1629 et fut logé avec ses précepteurs et domestiques dans la maison de Jacques Cœur, tout près du collège Sainte-Marie, où 1l fit sa première apparition le 2 janvier 1630. Il entra en quatrième dont le P. Ragueneau, futur apôtre du Canada, était professeur, et prit place « dans une chaire environnée d’un balustre », unique distinction accordée à son rang. Aussi bien ce fut par son mérite personnel qu'il dépassa sans tarder tous ses condisciples... « Personne, lisons-nous dans les Lettres annuelles de 1630, n’a jeté un plus vif éclat que l’illustre prince Louis de Bourbon, duc d’Enghien dont l'exemple a été entrainant pour tous. Élève en la seconde élasse de grammaire, il à montré autant de diligence et d’assiduité que les autres écoliers. Il se livre avec une ardeur merveilleuse aux exercices d'explication, de composition et de diction. Dans les concertations journalières il anime et enflamme tous les autres. » Quand vint l'examen de fin d’année, il enleva, comme à la pointe, sa promotion à la classe supérieure. Ses débuts sur Le théâtre où l’on joua le Hyacinthus liberatus”, furent très applaudis, et, de l’avis général, il éclipsa tous les autres acteurs par sa grâce et sa modestie. A la fin de sa seconde année d’études sous le même professeur, il remporta le prix de prose latine, réputé alors le plus beau. :

C'était une joie profonde pour le prince de Condé d’être tenu au courant des progrès de son fils. Un jour, ne pouvant contenir son impatience d’avoir de plus amples renseignements, il accourt

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