‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 194 sur 457 · II. Archives Prov. de France : Varia de Societate Jesu · texte numérisé non relu

II. Archives Prov. de France : Varia de Societate Jesu

Sources imprimées : Manare, De rebus de S. J.commentarius. — Ribadeneira, La vie du R. P. Jacques Laïinez. — Synopsis aclorum Sanctae Sedis. — Massip, Le collège de Tour- NON. — MONUMENTA HISTORICA $S. J. Chronicon Soc. Jesu. — Epislolae PP. Broeti etc. — Epistolae mixtae. — Epistolae P. Nadal.

L. Peu de temps après la tentative d'établissement à Pamiers, la Compagnie de Jésus prit possession du collège de Tournon, dans le Haut-Vivarais.

Ce collège avait été fondé, en 1536, par le cardinal François de Tournon, ministre d'État! du roi François l°", « homme d’une prudence, dit l'historien de Thou, d’une habileté pour les affaires et d'un amour pour sa patrie, presque au-dessus de tout ce qu’on peut penser. » Comme il avait le cœur élevé et qu’il voulait soutenir son rang, il aima toute sa vie les sciences et ceux qui en faisaient profession. Une tradition respectable rapporte que, désireux de doter son pays d’une fondation utile et durable, il avait proposé aux habitants ou de bâtir un pont de pierre, qui reliât Tain et Tournon, ou bien d'élever un collège. Les maisons d'instruction étaient rares dans les provinces, et on les recherchait

1. « Remarques sur la maison de Tournon » dans le recueil de Rybeyrète : « Varia de Socielate » (Archiv. Prov. Franc.). Les pièces de ce recueil sont presque toutes originales. Cf. Sommervogel, Bibl. de la Compagnie, t. VIL, col. 340, 341.

avec ardeur; le conseil de ville s'arrêta donc au second projet. Assise au bord du Rhône, « en air salubre, terroir fertile et tel qu'on y pouvait trouver abondance de vivres », la place forte de Tournon, centre de grandes voies de communication, était admirablement située pour procurer facile et sûre existence à une nombreuse population d'écoliers. À cette époque, malheureusement, les troupes impériales envahissaient la France. Le cardinal ayant été nommé lieutenant général du royaume, les constructions furent ajournées. Cependant le collège entra immédiatement en exercice, sous la direction de M° Jean Pélisson, principal, et deux autres régents. L’instruction y était gratuite: aussi vit-on accourir une foule d'élèves, qui logeaient chez des habitants recommandables de la ville. En 1542, la modeste école avait assez grandi pour mériter les honneurs et les privilèges d’Université ; mais l’incertitude des temps ne permit pas alors d'exécuter les dispositions contenues dans les lettres patentes du roi.

À la mort de François [”, en 1547, une ordonnance de Henri II renouvela le conseil royal, et le cardinal fut disgracié. Il n’en resta pas moins estimé de tous, considéré et respecté même de ses envieux. Retiré à Tournon en 1548, il y fit commencer les travaux du collège, puis il se rendit à Rome où il espérait employer le reste de sa vie au service du Saint-Siège. Malgré ses occupations importantes, il ne cessa de s'intéresser de loin aux constructions. Vers la fête de Pâques 1554, la grande cloche des écoliers annonça à toute la ville l'inauguration du collège cardinal de Tournon. « C’est une belle maison, écrivait plus tard le P. Viola au P. Lainez, bâtie en pierres de taille, formée de quatre corps de logis avec cour au milieu. Caves, classes. cuisine, réfectoire, chapelle, chambres nombreuses, rien ne manque si ce n’est un jardin. Entre le fleuve et les bâtiments il n’y à que les murailles de la ville; devant la façade opposée s'étend une grande place, sur laquelle s'ouvre la porte principale?. » Le cardinal avait bien fait Les choses; il avait élevé, au dire des contemporains, « une ample demeure... une maison de magnifique et somptueuse structure ? ».

1. Lettre du cardinal de Tournon au Principal, 1° fév. 1545, cilée par Wyart : Note sur le lycée de Tournon, app. I, p. 43. Cet ouvrage n'a par lui-même aucune valeur, mais nous n'avons nulle raison de douter de J’authenticité du document cité.

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