VISITES DU P. NADAL
tience, les insulteurs eurent cessé leurs cris, il leur dit avec un regard tranquille et en faisant sur eux le signe de la croix : « Que Dieu ait pitié de vous, mes enfants, et qu'il vous bénisse ! » Émus de tant de bonté, les villageois tombèrent à ses pieds et lui demandèrent pardon!.
En arrivant à Billom, le P. Provincial trouva l'établissement de M du Prat dans un état de prospérité relative. Il y avait vingtcinq Pères ou Frères, six classes et mille deux cents écoliers ?. Les cours se faisaient encore dans les bâtiments avoisinant l’ancien collège; mais les constructions du nouvel édifice se trouvaient déjà très avancées. Quant aux élèves, si l’on en croit l’ancien annaliste de la maison, « ils montraient une louable docilité aux leçons de leurs maitres, une constante application à l'étude et ils savaient sanctifier leurs travaux par les exercices d’une vie pieuse et édifiante 3. »
Le P. Broet, ayant terminé sa visite officielle, prolongea son séjour à Billom afin d'y attendre Le P, Jérôme Nadal, Commissaire général de la Compagnie. Spécialement chargé de promulguer et d'interpréter les Constitutions, le P. Nadal, après avoir rempli sa mission en Portugal et en Espagne, devait encore, sur l'ordre du P. Lainez, la continuer en France et en Allemagne. Depuis son départ de Saragosse, on n'avait plus reçu de nouvelles de lui, et l’on n’était pas sans inquiétude sur son sort. S'il venait à être reconnu, sa double qualité de jésuite et d’espagnol l’exposait à la rage des bandes calvinistes. Il était entré, au commencement du mois d'avril, dans le comté de Foix, avec l’intention de faire la visite du collège de Pamiers ; mais, apprenant que les Pères en avaient été expulsés, il était allé à Toulouse partager avec eux la généreuse hospitalité des Bénédictins de la Daurade !. De cette ville, il tenta de gagner l'Auvergne. En route, près de Rabastens, il tomba avec ses deux compagnons dans un parti de soldats huguenots. Arrêté comme suspect, questionné sur le but de son voyage et sur sa religion, le P. Nadal répondit : « Je suis prêtre de l'Église romaine. » Un officier et un ministre firent de vains efforts pour l’amener à une discussion sur des
1. D'après le récit de Bertrand Rosier, compagnon du P. Broet : « Iter habebat pedes [P. Broelus] Bertrando Roserio comite qui id scriptum reliquit » (Sacchini, Hist. S. J.; P. II, L VI, n. 95). -
2. Lettre de Jacques Ximenez ex commissione P° Nadal, 3 juillet 1562 (Epist. P. Nadal, t. [, p. 739).
3. Historia primordiorum colleg. Billom (Arch. prov. de Lyon).
4, Epist, P. Nadal, t. II, p.92, t. I, p. 728.
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matières de foi; malgré leurs menaces, ils »’en purent rien tirer, sinon qu'il était prêtre et s’en allait de Toulouse à Paris. Ses deux compagnons, dont les soldats l’avaient séparé, furent aussi interrogés, chacun en particulier, «le poignard sous la gorge ». L'un avoua que ce prêtre était Commissaire général de la Compagnie de Jésus; l’autre ne cacha pas non plus la qualité de jésuite commune aux trois voyageurs. Conduits au capitaine de la troupe puis au juge de Rabastens, ils s’entendirent accusés d’être « espions du roi d'Espagne et jésuites », par conséquent « les pires ennemis de la religion nouvelle ». C’en était assez, disait-on, « pour mériter la fourche ». Mais le capitaine, dans la crainte d’exaspérer la population catholique, et le juge, peutêtre catholique lui-même, se montrèrent plus indulgents : ne trouvant rien à reprendre aux réponses des prisonniers, ils les laissèrent enfin continuer leur route. Nos voyageurs se rendirent alors à Rodez, puis à Billom, où ils parvinrent le 29 avril 15621. Il n'existe, à notre connaissance, aucun compte rendu détaillé de la visite de ce collège. Le P. Nadal, qui a tant écrit, n’en dit presque rien : « Visitavé, j'ai fait la visite », note-t-il seulement dans ses Éphémérides? Mais il a raconté plusieurs fois comment il s’y prit ailleurs en pareille circonstance, et il n’y a nulle raison pour que, dans les choses essentielles, il n'ait point exercé sa charge à Billom comme partout. Voici, d’après une de ses lettres à saint Ignace en 1555*, la méthode qu'il suivit à Venise et à Padoue : «Je fais quelques exhortations pratiques, six ou sept, où j'expose la substance de l’Institut en commentant tous les points de l’Examen général et des Constitutions. J'instruis mes auditeurs, autant que je le puis, sur la vertu d'obéissance. Je leur explique ce qui est relatif à l'oraison, traitant de chacun des exercices de piété, et signalant en particulier l'importance de l'examen de conscience quotidien. — J’ai disposé l'heure d’oraison de sorte qu'il y en ait une demi-heure le matin, un quart d'heure d'examen avant le diner, un autre avec un peu d’oraison # avant le coucher; en tout, une heure de prière en dehors de la messe. — Je montre de mon mieux le fruit que l’on doit retirer
1. Récit du P. Ximenez, compagnon du P. Nadal, dans son Commentarium de Vita el virtulibus P. Nadal (Epistolae P. Nadal, t..1, p. 40, 46). Cf. 1bid., p. 93, 730- 732,