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Lettre du 24 mars 1577 (Gall. Epist., L. XI, fol

tissant aux portes « des Cordeliers et de Paneraire ». Restait, au levant, la maison particulière d’un personnage opulent, César Pamphile, qui vivait à la cour du Pape. C'est de ce côté seulement que l'agrandissement était possible. Les Jésuites demandèrent au cardinal d’Armagnac de vouloir bien unir à leur collège cette maison, dépendant de la domerie de Sainte-Marthe dont il avait la juridiction, et qui servait d'hôpital aux voyageurs. Afin de faciliter cette union, le P. Recteur avait acheté d'un sieur d’Albespeyre une maison qu’il proposait en échange de la première. César Pamphile, déférant au désir du cardinal, consentit d'abord à l'échange proposé, puis à l'abandon de la maison du sieur-d’Albespeyre et même à la cession de la domerie de SainteMarthe, moyennant une pension assez élevée, qui lui fut servie durant de longues années!. Les bâtiments du collège occupèrent dès lors l'emplacement actuel.

6. Pendant que se développaient plus ou moins rapidement les anciens collèges de Toulouse et de Rodez, trois nouvelles fondations, Verdun, Nevers et Bordeaux, furent approuvées par le R. P. Général : la première en 1570, les deux autres en 1572.

Longtemps ville impériale, Verdun avait été réunie à la France en 1552. Son évêque, Nicolas Psaume, très zélé pour le maintien de la religion catholique, forma le dessein d’y établir une Université. Les professeurs, qu'il fit venir de Paris, ouvrirent leurs cours en 1558 dans la maison hospitalière de Saint-Jacques. Il URI fonda aussi, sous le nom d'Orphanotrophe, un séminaire où | il | devaient être nourris et instruits vingt-quatre orphelins. En 1564, l'E des Pères Jésuites de la Province du Rhin, ou Germanie supéqu | rieure, y furent envoyés pour l’enseignement des humanités par ja le Père Léonard Kessel, Recteur du collège de Cologne, et, la ann même année, le P. Francois Coster vint au mois de septembre Li traiter avec l’évêque la fondation d’un collège de la Compagnie. M: Psaume promettait mille francs de revenu, et laissait aux ni Pères le soin de construire la maison selon leur commodité *. | on Le P. Coster ne doutait pas que cet établissement, ouvert à la Es jeunesse de la Lorraine et du Luxembourg, ne devint en peu de L temps très florissant; aussi souhaitait-il que le P. Général ac-

1. Recueil d'actes et pièces relatives au collège (Archiv. de l'Aveyron, D, 1, f, 169; D, 6, fol, 12; D, 387). — Francia, Histor. fundat., n. 55.

2. Lettre de l’évêque au P. Général, 21 avril 1564. (Epist. Episcop.). — Rome Bibl. Vitt. Em., Mss. Gesuit., 1584 ([3713]).

ceptât au plus tôt les conditions proposées! En attendant des décisions fermes, les régents de la Compagnie continuèrent d’enseigner dans la maison des Orphelins, où ils eurent comme Recteur le P. André Avantian. En 1569, ils furent contraints de se disperser à l'occasion de la peste qui désolait la ville et la contrée ?.

L'année suivante, le P. Olivier Manare fut chargé de prêcher le carême à Verdun. Les entretiens qu'il eut avec l’évèque déterminèrent celui-ci à rouvrir, dans l'hôpital Saint-Nicolas de Gravière, le collège fermé par crainte de l'épidémie, Bientôt toute la ville applaudit à cette utile restauration 5. « Les gens du conseil, rapporte un ancien chroniqueur“, et le magistrat de la ville, qui avoient jà gousté le proffittable entretien d’auleuns religieux de ceste Compagnie... envoyèrent un exprès au R. P. Olivier Manare, Provincial de France, le 22° jour de septembre de l’année 1570, et employèrent près de lui le Nonce du Pape, qui estoit lors à Paris, pour le porter à faire ceste establissement en leur ville. » Le P. Manare répondit à ces messieurs, le 13 octobre, en leur donnant les meilleures assurances : il avait déjà écrit à ce sujet et promettait d'écrire de nouveau au P. Général; il rap-

pelait la nécessité de recourir au Saint-Siège pour en obtenir les bulles d'union de l'hôpital Saint-Nicolas, « à quoy, disait-il, M£' le Nonce promet de travailler à bon escient ». Enfin il veillerait, de son côté, à ce que les fondations projetées de Rouen et de Poitiers ne retardassent pas l'établissement de Verdun, et il enverrait des régents dès que le local serait en état de les

recevoir ?.

7. L’évèque de Verdun, ne doutant pas de la réalisation prochaine de ses vœux, transforma en chapelle la grande salle des pauvres, et acheta plusieurs maisons voisines qu'il installa convenablement pour les classes des élèves et le logement des Pères. L'acte de fondation, du mois de septembre 1570, donnait aux Jésuites, outre les revenus de l’hôpital, qui valaient quatre cent

1. Lettre du P. Coster au P. Kessel, 24 sept. 1564 (Hansen, Rheinische akten..…, 1542- 1582, n. 359).

2. Lettre du P. Manare au P. Général, 31 août 1569 (Gall. Epist., t. IV, fol. 70).

3. Lettre du nonce Fabius Mirto, évêque de Caïazzo, au cardinal Rusticucci, 14 déc. 1570 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 4, f, 100).

4, Le sieur Mathieu Husson, conseiller du roi au siège présidial de Verdun. Cf. Petite Bibl. Verdunoise de l'abbé Frizon, t. IV, p. 134. . 5. Lettre du P: Manaré aux magistrats de Verdun, citée dans les Précis historiques,

cinquante éeus, une rente annuelle de mille francs barrois!, On fit, à Rome, quelques difficultés avant d'approuver le contrat qu'on ne trouvait point assez conforme aux prescriptions de l'Institut?. Dès que les clauses qui laissaient le plus à désirer eurent été amendées dans le sens indiqué par le P. Général, aucun obstacle ne s’opposa plus à l'ouverture solennelle des classes.

Elle eut lieu, lé 1°" octobre 4571, après l’arrivée du nouveau Recteur, le P. Louis du Coudret, et des cinq professeurs de rhétorique, d’humanités et de grammaire qu'il amenait avec lui. Nicolas Psaume, à cette occasion, se signala par un acte qui montrait, avec sa profonde humilité, son sincère amour de la Compagnie. Il envoya aux Pères un diner tout préparé et voulut les servir lui-même à table, tout le temps du repas. Aucune instance ne put l'empêcher de remplir cet acte d'affectueuse charité; pour expliquer sa conduite, il citait ces paroles de Notre-Seigneur : « Amen dico vobis quod praecinget se, et faciet illos discumbere, et transiens ministrabit illis ».

Sa généreuse libéralité ne fit jamais défaut. IL s'aperçut que les ressources assignées ne suffisaient pas à entretenir les dixhuit personnes dont se composait la communauté. Le 13 septembre 1572, Grégoire XII, sur sa demande, et avec le consentement du cardinal de Lorraine, commendataire, unit au collège le prieuré de Saint-Pierre d'Amelle, de l’Ordre de Saint-Benoît, dans le diocèse de Verdun, dont le revenu était de cinq cents écus; mais trois cents devaient être versés, chaque année, au séminaire qu'on avait l'intention d’établir conformément aux pres- -criptions du Concile de Trente“.

Le saint évêque, jusqu’ à sa mort, ne cessa de parfaire l’œuvre commencée. Après avoir appelé la Compagnie dans son diocèse, lui avoir procuré des revenus et l'avoir installée dans la maison hospitalière de Saint-Nicolas, il voulut encore entreprendre de nouvelles constructions à ses frais’, Mais Dieu ne lui permit pas

1. Francia, Hist. Fund., n. 60 A; n. 60 B. Campan., Fund. colleg., t. III, n. 10, 87. Archiv. comm. de Verdun, GG, 231.

2. Lettres du P, Général des 30 juillet, 1°" août et 10 sept. 1571 (Gall., Epist. Gen., t. V). Ces lettres ne contiennent que des allusions aux points contestés, L'acte de fondation a été publié in-extenso dans la Pelite Bibl, Verdunoise, t. IV, p. 177 ef suiv.

3. L'Université de Pont-à-Mousson dans Carayon, Documents inédits, À. v, p.. 83. Lettre du P. Coudret, 16 déc. 1571 (Gall..Epist., t. V, ad finem).

4. Acta S. Sedis, p. 6. — En 1581, ce prieuré passa au collège de Pont-à-Mousson (Ibid., p, 112).

5. Lettre du P, CI. Mathieu au P. Général, 28 août 1575 (Gall. Epist., t, IX, fol. 72,73). <

FONDATION DU COLLÈGE DE NEVERS. o11

de faire davantage : en 1575, le collège de Verdun eut la douleur de perdre son insigne fondateur. Le P. Provincial, en annoncant ce deuil au P. Général et en lui demandant pour le défunt les suffrages de la Compagnie, ajoutait ces mots qui sont tout un éloge : « Ce collège demeurera bien affligé, car, à la vérité, il a perdu un vraiment bon père !. » Nicolas Psaume faisait de la mort sa pensée habituelle; il avait composé lui-même l'épitaphe de son tombeau. Son cœur fut porté dans l’église du collège et placé au pied du maitre-autel, avec une plaque de marbre, sur laquelle on lisait cette inscription gravée de son vivant : « Nicolaus Psalmus, amicus vester, dormit. Orate pro eo? ».

8. L'année qui suivit l'ouverture du collège de Verdun, les Pères de la Compagnie de Jésus furent appelés à Nevers.

Depuis longtemps un collège existait dans cette ville, mais son organisation laissait beaucoup à désirér. En 1520, les échevins établirent des écoles dans une maison qu’ils avaient achetée près de Ja Chambre des Comptes; cinq ans après, elles furent transportées rue des Ardilliers dans la maison de Léonard Dupontot, baïlli du Nivernais. On y mit un principal et des régents « dont partie enseignoit les humanités, l’autre montroit à lire et à écrire et tenoit un petit pensionnat ». On bâtit aussi une petite chapelle que Philibert de Beaujeu, évêque de Bethléem, bénit et plaça sous l’invocation de Saint-Jean-Baptiste ,

Ce ne fut qu'en 1567 que Louis de Gonzague, duc de Nevers, proposa aux échevins de fonder solidement le collège en y appelant les Jésuites. La pensée de ce prince, très catholique, était de l’opposer comme un boulevard aux envahissements de l’hérésie, « pour contenir, dit-il lui-même, les jeunes et les aagez et gens de tous estatz en la religion antienne catholique et romaine, et y retirer ceux qui s’en seroient dévoyez{ ». Malgré ses instances auprès du P. Général, il ne put obtenir alors ce qu'il demandait. Des villes plus importantes que Nevers réclamaient

1. Cité par Hyver : Maldonat, pièces justificatives, p. xvr. — Cf, Lettre du Nonce au cardinal de Como, 27 août 1575 (Nunz. di Francia, n. 8, fol. 495).

2. Cf. Carayon, Doc. inédil., t, V, p. 84. = Les officiers du roi, prétextant la nécessité de subvenir aux frais des troupes qu’on rassemblait alors, s'étaient emparés des legs que l’évêque avait faits à la Compagnie et à d’autres œuvres pieuses. Il fallut l'intervention du Nonce pour que chacun recüt ce qui lui était dû (Lettre de M5 Salviati au cardinal de Como, Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 8, fol, 495).

3. Comples rendus au Parlement, t. VI, p. 183. Cf, Louis de Sainte-Marie, Recherches sur Nevers, p. 421,

4, Acte de fondation, (Archiv, de la Nièvre, D, 1).

la même faveur, et le petit nombre de sujets disponibles ne permettait pas à la Compagnie de disperser ses forces. Le duc renouvela sa demande, en 1571, sans plus de succès! d’abord, puis ayant enfin reçu une réponse favorable, il se détermina, le 3 juillet 1572, à acheter des échevins les bâtiments des écoles, excepté une légère portion que la ville conserva pour loger les maitres des abécédaires?. Le Père Claude Mathieu vint à Nevers examiner le collège qu'on lui destinait. « Situé au centre de la ville dans un endroit très commode, et facile à agrandir sans beaucoup de dépenses? », il lui fit très bonne impression. « Il se composait de deux. corps de logis, l’un réservé aux classes, l'autre à l'habitation des maitres; il avait aussi un beau jardin et une petite chapelle avec sacristie*. »

9. Les Jésuites commencèrent à enseigner, le 3 novembre 1572, ayant à leur tête le P. Julien Buger vice-recteur. Il n'y avait encore que quatre classes; mais déjà plusieurs Pères exerçaient auprs des habitants les différents ministères de l'Institut®. La piété des élèves attira bientôt l'admiration de tous. Les magistrats, constatant un grand changement dans les mœurs de la ville, disaient que leur administration en était devenue plus aïsée. Telles étaient la foi et la confiance de cette bonne population que les médecins, à bout de remèdes, engageaient les malades à se recommander aux prières de la communauté pour obtenir leur guérison‘.

Par un acte du 26 septembre 1573, le duc et la duchesse de Nevers cédèrent à la Compagnie Le collège qu'ils avaient acquis, y joignirent trois maisons dans la rue de l'Éguillerie, et le dotèrent de deux mille livres de rente sur l'hôtel de ville de Paris?. Ils demandaient en retour l'envoi de vingt personnes, dont quatre professeurs de lettres et un de philosophie, et la célébra-

1. Lettres du P, Général, 8 octob. 1571 et 14 janv. 1572 (Gall., Epist. Gen., t. V).

9. Recueil d’actes et pièces relatives au collège (Archiv. de la Nièvre, D, I). En 1578, le duc et la duchesse acquirent cette portion réservée et la donnèrent aux Jésuites qui acceptèrent alors la direction de la classe élémentaire « per nos aut per quosvis alios regendam » (Francia, Colleg. Niver.).

3. Lettre du P. Mathieu au P. Prov. "Francia, Fundat. colleg., n. 13).

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