Brev. hist. de initiis. — 7. 1bidem
8, Gall. Epist., t. VI, fol. 625.
prieuré Saint-James qui n’était pas encore effectuée. Après beaucoup de démarches et de formalités, auxquelles François de Baulon s’employa activement, elle fut enfin accordée par une bulle de Grégoire XIIL, du 1°" Juin 1573, puis confirmée par des lettres patentes de Charles IX qui chargeait l'archevêque de Bordeaux et autres commissaires de constituer, sur le revenu du prieuré, une rente au collège de la Compagniet,
Le nombre des élèves s'étant rapidement accru, le collège de la Madeleine compta, dès la deuxième année, quatre professeurs de théologie : un pour les cas de conscience, deux pour la théologie scolastique, le quatrième pour l'Écriture Sainte et l'hébreu. Outre les élèves externes, quinze jeunes religieux de la Compagnie suivaient ces cours? dont la durée était de quatre ans. Le cours de philosophie se faisait en deux années, avec deux professeurs, l’un de logique, l’autre de métaphysique. IL y avait aussi deux régents de rhétorique qui se partageaient la besogne et faisaient chaque jour deux lectures, une le matin et l’autre dans l'après-midi. La classe des humanités, ou seconde, et les quatre classes de grammaire ne comptaient chacune qu'un seul professeur. Deux Pères, avec le titre de préfets des études, étaient chargés de la surveillance des écoliers, l’un pour les cours des grands, l’autre pour les classes inférieures; ils devaient aussi contrôler l’enseignement des maitres.
Dès Le début, les amis de la Compagnie avaient obtenu que le collège de la Madeleine fût incorporé à l’Université. Cette union, approuvée par lettres patentes de Charles IX, du 11 février 1573, fut confirmée par d’autres patentes de Henri IL, le 8 novembre 15745, |
La même année, à la sollicitation des parents, on admit une classe d’abécédaires jugée indispensable par les Pères euxmêmes; ils trouvaient mal préparés aux classes de grammaire
1. Acid S. Sedis, p. 65. Patentes du 13 nov. 1573 (Archiv. de la Gironde. B. 29. fol. 119; H, 59). nee
2. « Voilà, dit M. Gaullieur, ce qui manquait au collège de Guyenne. Les jésuites avec leur admirable esprit d'organisation se créaient ainsi pour l'avenir une pépinière de jeunes régents. » (Hist. du collège de Guyenne, p. 325). C'est vrai; mais, de plus; les scolastiques s’appliquaient à la théologie en vue du sacerdoce et de la prédication.
3. Estat de l'establissement, fondation et revenu du collège des PP. Jésuites ele: (Archiv. comm., GG, 298). Ce qui est dit ici de 13 professeurs en 1573, n'est pas en contradiction avec les Lettres patentes de Henri I, mentionnant, en 1574, 9 classes et 1.500 élèves. Il n’y avait aussi que 9 classes en 1573, savoir : 1 cours de théologie (scolastique et morale), 1 cours de d'Écriture Sainte, 1 cours de philosophie, 1 classe de rhétorique, 1 d’humanités et quatre de grammaire. — 4, Ibidem.
OE
les écoliers qui avaient appris les éléments au collège de Guyenne; puis, inconvénient plus grave, dans ce collège comme dans les écoles particulières de la ville, les enfants étaient très exposés à subir une fâcheuse influence : « Au lieu de leur apprendre à lire dans ce livre élémentaire qu'on appelle ici /a Croix de par Dieu, écrit le P. Provincial, on leur remet, ouvertement ou en secret, un petit catéchisme de Calvin. Il n’y à pas d'autre remède à ce mal que d’ouvrir nous-mêmes une classe de commencçants!. » Le P. Général se laissa convaincre, mais il mit à son acquiescement certaines conditions qui montrent le véritable esprit de la Compagnie sur ce point. « Pour ce qui est des abécédaires, répondait-il à M. du Sault, le 21 novembre 1573, j'ay donné ordre que, à cause de la nécessité qui se présente du côté des hérésies, et jusques à tant que nostre Société jugera estre expédient, et non aultrement, les nostres en prennent la charge, sans néantmoings accepter aulcune fondation pour icelle classe, et avec acte et protestation de la quitter touttes et quantes foys que nous l’adviserons;... le fruict en est si petit et les labeurs si grands que, non sans cause, nostre Société se déporte d’une semblable charge pour mieux s'acquitter du plus important?. »
7. Depuis leur établissement à Bordeaux les Pères avaient joui d'un grand calme. Étonné d’une tranquillité à laquelle la Compagnie n’était pas habituée, le P. Provincial ne manquait point de prévenir ses religieux contre une prospérité qui n’est pas toujours le sort des ouvriers évangéliques. Les événements ne tardèrent pas à lui donner raison : survint bientôt la mort de M. Francois de Baulon, et elle attira de graves épreuves sur le collège de la Madeleine.
Il ne fut pas permis aux Jésuites de donner à cet insigne bienfaiteur, comme ils l’auraient désiré, la sépulture dans leur chapelle; mais, par reconnaissance, ils établirent un service commémoratif pour le repos de son âme : il se célébrait tous les ans, le 19 juillet, en présence des maitres et des élèves*.
Le frère du défunt, Élie de Baulon, homme faible et de peu de piété, fut bientôt circonvenu par les ennemis de la Compagnie,
1. Lettre du P. E. Hay, sept. 1573 (Gall. Epist., t. VII, fol. 38).
9. Lettre du P. É. Mercurian (Francia, Epist. General., t. 1575-1604). C’est par erreur que cette lettre a été placée dans ce volume, -
3, Brevis hist. de initiis,
qui le poussèrent à faire annuler les actes de la fondation. Les Pères s’efforcèrent en vain de le détourner de son injuste entreprise; les défenseurs du collège ne réussirent pas mieux dans leurs tentatives de conciliation : il fallut plaider. Le Parlement de Bordeaux renvoya la cause au Parlement de Toulouse!, et celui-ci commença par arrêter que les quatre mille écus destinés à la fondation du collège seraient payés avant même le Jugement de l'affaire. Élie de Baulon, craignant que les magistrats de Toulouse ne lui fussent pas favorables, évoqua la cause au Parlement de Paris où elle resta longtemps pendante, au grand détriment des Jésuites, « tellement, dit un ancien manuscrit, que ledit collège fut privé de cette fondation de deux mille livres, n'ayant autre revenu, durant trente-six ans qu'il fut en procès avec lesdits héritiers, que ce qui provenait des fruicts des susdits bénéfices unis? ». Privé des ressources que lui avait garanties son principal fondateur, Le collège de la Madeleine se trouva vite réduit à la misère. Le P. Mathieu, Provincial, se demanda s’il ne devait pas retirer les Pères d’une ville où leur subsistance n'était pas suffisamment assurée. D'un autre côté, comment abandonner une population où l’hérésie faisait tant de ravages que les bons catholiques songeaient à se réfugier ailleurs : projet qu'ils auraient exécuté, s’ils n'avaient été soutenus par les encouragements des Jésuites. Grâce au dévouement de quelques amis, on parvint à recueillir des aumônes, avec lesquelles on espérait atteindre la fin du procès, qu’on regardait toujours comme prochaine ?.
Pendant qu’Élie de Baulon s’opposait à l'exécution des volontés de son frère, d’autres adversaires du collège, voulant de toutes façons lui couper les vivres, engageaient la municipalité de Bordeaux à réclamer contre l’union du prieuré de Saint-James, déjà autorisée par Charles IX, le 13 novembre 1573. Le maire et les jurats interjetèrent appel de l’exécution des patentes du Roi. Mais en vain lui firent-ils représenter « un cahier », dans lequel ils exposaient leurs raisons et demandaient que les revenus de ce bénéfice fussent appliqués moitié aux pauvres, moitié au collège de Guyenne; Charles IX, par de nouvelles lettres du 12 février 157%, enjoignit de passer outre, sans avoir égard aux récusations
1. Requête de l'avocat général (Archiv. de la Gironde, H, 59).
2. Sententia Parlamenti (Aquitan., Fundat. colleg., t. 1, n. 45).