‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 26 sur 77 · Interrègne. — Confédérations diverses · texte numérisé non relu

Interrègne. — Confédérations diverses

Les temps de l'interrègne (on appelle ainsi les vingt-cinq années qui s'écoulèrent depuis les désastres de Frédéric jusqu'à Tavénement de Rodolphe de Habsbourg) sont une période de calamités pour l'Allemagne. Pendant que les sept plus grands seigneurs de l'empire* s'arrogent à eux seuls le droit d'élire l'empereur et vendent leurs suffrages au plus offrant, étranger ou indigène, les guerres privées, les brigandages des seigneurs ne laissent aucune sécurité à l'agriculteur, à l'artisan, au voyagfeur. Le droit du plus fort (Faustrecht) règne en maître dans l'empire et met en péril la liberté, la propriété et l'existence même de quiconque n'est pas assez puissant pour imposer aux oppresseurs.

La situation des villes libre's, au milieu de ce désordre, était extrêmement critique. Isolées, elles n'auraient pu songer à se défendre; elles eurent recours à Vassociation, unique moyen de salut qui se présentât à leurs regards. Deux grandes ligues ou confédérations se forment alors en Allemagne, la Hanse ou ligue commerçante dont Lubeck était la

^ Ochs, Gesckichie von Basél, I, 331.

' Les archevêques de Mayence, Trêves, Cologne ; le roi de Bohême, les ducs de Saxe, Bavière et Brandenbourg. On donne dès lors le titre d'électeurs (Churfûrsten) à ces princes.

tête et le Rhembund, ou ligue de 50 villes rhénanes (1250-56), dont faisaient partie les trois villes libres de Zurich, Berne et Bàle.

Comme nous l'avons vu par l'alHance des Waldstœtten et des villes, la Haute-Allemagne n'avait pas attendu ce moment pour comprendre le prix de la maxime : Vunim fait la force. Mais le sentiment du danger communiqua un nouvel élan aux alKances ; de toutes parts on renouvelle les anciennes et on en conclut de nouvelles. Les Lucernois, alors engagés dans une guerre avec les Bernois, se réconcilient avec eux et jurent amitié pour cinq ans avec cette ville et ses confédérés (Eidgenossen) de la Bourgogne (15 mai 1251) *. C'est ici la première apparition de ce nom, depuis si célèbre dans l'histoire et le droit public de la Suisse. Par ce traité avec Lucerne, les Bernois s'engageaient à mettre dans cette ville en cas de guerre une garnison de 50 hommes.

Les confédérés de Berne étaient les bourgeois de Morat, de Laupen, les libres paysans du Hasli, et sans doute aussi les Fribourgeois, avec lesquels la ville de Berthold V venait de renouveler à. perpétuité sa combourgeoisie zseringienne (20 novembre 1243). Une étroite alliance unissait déjàFribourg aux petites villes de Payerne (1225) et d'Avenches (1239)* . Menacés par l'ambition de la Savoie, l'évêque et les dizains du Vallais recherchent également l'appui de Berne et concluent à Louëcbe une ligue de dix ans (confederationem et pacis vinculum), premier traité connu de ce pays avec leurs futurs confédérés '.

Pour être devenus les alliés de Berne, les Lucernois n'avaient garde de laisser se relâcher leurs liens avec leurs bons amis et voisins, les habitants des forêts d' Entremont et à' Outre-lac* , comme disent les chartes.

L'établissement des Tribus est, un autre produit de l'esprit d'association qui se manifeste à cette époque. Les tribus appelées aussi corps de métiers, abbayes, confréries (en allemand Zunfte)^ n'étaient dans le principe que des sociétés d'artisans et, dans certaines villes, elles n'eurent d'abord aucune signification politique bien marquée, mais dans d'autres elles ne tardèrent pas à prendre une importance militaire et

^ « Allen den die dicsen Brief sehent und hœrent werden wir chuonden wir, der «Schultheize und die Burger von Bem und aller unser eitgnoze von Buorgendon. > Kopp, Urkunden, I.

* La première alliance connue de Fribourg avec Berne est de l'année 1225. L'acte est scellé d'un sceau de grande dimension avec ces mots : Sigillum de Frihurgo in Burgundia. Ce sceau a pour emblème une tour à trois créneaux, symbole de la ville forte, avec une demi-lune dont on ne connaît pas le sens et l'aigle des Zseringen.

^ Kopp, GeschichtCf Buch IV, 210. L'alliance valaisanne est du 17 juillet 1252.

* Waldlût, Intramontani (innerhalb dem Sewe). Kopp, Urlcunden, I, 5.

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politique. En plusieurs endroits, l'usage s'introduisit de marcher au combat par tribus et par familles ; souvent aussi le vote pour Télection d'un magistrat se faisait à la tribu. Les édits prohibitifs des empereurs purent en retarder, mais non en empêcher l'établissement dans la Haute-ÂUemagne. Bàle et Zurich prirent l'initiative de celte institution ; elle s'établit ensuite à Berne, Schaffhouse, Sainl- Gall, etc.

L'institution des abbayes à Bile date des premières années du XIII™® siècle*. Le milieu de ce siècle est marqué dans la même ville par rétablissement du premier bmirgmestre, qui précéda de peu d'années celle du premier landamman dans la vallée d'Uri '. Dans les autres cités, comme Berne, Soleure, Fribourg, le premier magistrat se nomme avoyer. Il en est de même dans les petites villes favorisées de la liberté impériale, comme Morat, ou dotées de privilèges par les seigneurs puissants qui voulaient s'attacher les bourgeois de ces localités. L'usage des sceaux et des bannières date du même temps et marque dans la vie des peuplades de la montagne et de la plaine le moment où elles arrivent à la pleine conscience de leur valeur morale et prennent, pour ainsi dire, possession d'elles-mêmes' .

L'autonomie des villes se manifeste encore par la création des cox- SEit^ de douze ou de vingt-quatre membres que présidait l'avoyer ou bourgmestre. Ces magistrats, nommés d'abord par les seigneurs ecclésiastiques ou civils, sont élus ensuite par la bourgeoisie et composés de chevaliers ou de nobles et de bourgeois notables (bons hommes, prud'hommes). A Bâle cependant on voit déjà figurer des artisans parmi les conseillers dès 1239 et les chartes (Handfeste) données par les évêques consacrent toutes l'existence d'un conseil composé de chevaliers, de

^ Les plus anciennes abbayes sont ceUes des marchands, des vignerons, des merciers. EUes sont suivies de celles des cardeurs de laine, des boulangers, des maréchaux, des tanneurs et des cordonniers. Les pelletiers datent de l'an 1226, les tailleurs de 1260. Plus tard, se forment les tribus des bouchers, des charpentiers, des maçons, des jardiniers, des tisserands, etc.

* Le premier bourgmestre de Bâle fut Henri Steinlin (1253), Heussler, Verfassungsgesckichte der Stadt Baseî, 1860, 154. Bourcard Schûpfer est le premier landamman d'Uri, en 1273. Blumer, schweiz, Detnocratien^ 120.

" Le plus ancien sceau bourgeoisial est celui de Zurich, au commencement du Xiime siècle. Celui de Berne est de 1224 ; ceux de Fribourg et de Bâle datent de 1225, celui de Soleure de 1230, celui d'Uri de 1243, ceux de Schwyz de 1282 et d'Underwald de 1291. Quelques paléographes nient que les sceaux soient un signe de liberté et disent que de simples serfs ont eu des sceaux. Voir de Wailly, JSUments de Paléographie, et Henri Bordier de Genève,] Le Griitli et Guiïlatme Tell, Genève, 1869, 31.

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bourgeois et d'artisans*. A Fribourg, la population primitive est scindée en hauts et petits bourgeois (burgenses majores et minores) et la composition du conseil des vingt-quatre devait offrir également Timage de cette dualité politique.

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