MATTHIEU SCHINNER, CARDINAL DE SION
Schinner était né en \ 456 de parents pauvres au village de Mûhlibach, paroisse d'Ernen, dans le dixain de Conches*. Étudiant, il se vit réduit à chanter pour vivre, sur les places publiiiues de Sion, de Zurich, de Berne et de Côme, où il fit successivement ses études et s'éprit d*uu vif enthousiasme pour les anciens, Virgile et Horace surtout. Il était cnré de son lieu natal, lorsque ses rares talents et la protection de George Supersax, qui fut plus tard son plus implacable ennemi, le placèrent sur le siège épiscopal à la place de son oncle (1490).
L'évêque de Sion, comte du Vallais, était alors un personnage important en Europe par la facilité qu'il avait de fermer et d'ouvrir k volonfé celte porte de l'ilahe. L'avant-dernier évêque, Jost de Silinen, avait usé de cet avantage en faveur de la France. Un instant indécis entre Louis XII et Jules II, Schinner se décida pour ce dernier, et deux pensées remplirent dès lors sa vie d'homme politique et de prince de l'Eglise : « Arracher lé Vallais à l'influence de la France, du sire Georges de Supersax et des autres seigneurs dévoués à cette puissance; en même temps, seconder les efforts que faisait Jules II pour chasser les Français de la péninsule et y établir la suprématie temporelle du Saint-Siège. »
A ces deux pensées, Schinner sacrifie tout, et comme l'aigle des Alpes, dont il a le regard perçant, il guette sans cesse de son château de Majorie l'occasion favorable où il pourra se précipiter sur son ennemi et accomplir les projets qu'il médite pour lui-même ou pour l'Eglise. L'instant venu, il s'élance, tantôt la pique en main, tantôt revêtu de ses ornements sacerdotaux, selon les circonstances. Aux foudres religieuses et guerrières, il sait aussi joindre celle de son éloquence acérée et entraînante. « Ce soldat tondu, disait le roi de France, m'a donné plus de besogne avec sa langue que les longues piques de ses compatriotes. »
Jules II, qui avait deviné tout le parti que Ton pourrait tirer du génie et de l'ascendant de cet homme, lui avait donné, comme nous l'avons dit plus haut, le chapeau de cardinal, le premier et le seul qui
Ottaviano Sforza, évêque do Lodi. Le cardinal reproche à cet agent de n^avoir pas profité de la présence du prélat à sa table pour ^expédier dans l'autre monde. La lettre du cardinal, jointe au recès de Lucerne après la diète de Zurich de mars 1521, porte la date du 22 février 1521 et venait de Worms où Schinner était allé rejoindre l'empereur. Voir Strickler, eidg, Abschiede de 1521 à 1523, 16. La haine du cafdinal pour l'évêque de Lodi remontait à plusieurs années et s'explique entre autres par ce fait qu'à la diète de Zurich (i avril 1513), Sforza avait accusé Schinner d'avoir gardé 100,000 du ats pour lui des 500,000 qu'il avait reçus pour faire la guerre à la France. Segesser, eidg. Abschiede de 1500 à 1520, 703.
^ Par une distraction étonnante, M. Michelet fait naître Schinner à La Rochelle. Histoire de France, V, 32.