‹ Histoire de la confédération suisse (volume 5)Chapitre 47 sur 72 · LUTTE DES SEIGNEURS ET DES BOURGEOIS DE BERNE · texte numérisé non relu

LUTTE DES SEIGNEURS ET DES BOURGEOIS DE BERNE

les autres, Kisller proposa au Grand Conseil de les faire arrêter tous romme des rebelles. Fra3nkli s'y opposa et parvint, cette fois, à l'emporter sur l'audacieux avoyer. Cet échec ne fut pas le seul. Le départ c]qs> nobles pour leurs terres avait indisposé les artisans de la ville de Berne, les tonneliers surtout, dont les intérêts se trouvaient en souffrance. Des imprécations se firent entendre, et on commença à dire parmi le peuple que « l'on eût beaucoup mieux fait de laisser le boucher Kistlor à son étal que de lui confier les rênes de la chose publique. »

Dès lors l'étoile de l'avoyer commence à pâlir, et k l'expiration de sa magistrature annuelle, il fut remplacé par un noble (1471). Kistler disparaît alors pour quelque temps de la scène politique. Il y reviendra pendant la guerre de Bourgogne où il préside plusieurs fois, avec talent, le Grand Conseil de Berne. Toutefois, les efforts du couraoeux tribun en faveur des droits de l'Etat et de la centralisation politique n'avaient pas été vains. Les députés des cantons confédérés, choisis pour arbitres par les deux partis, prononcèrent à Kœnitz « que les seigneurs abandonneraient à la ville la juridiction demandée; qu'en revanche on les laisserait libres de se vêtir à leui* sfuise\

Pendant que la discorde divisait de nouveau une partie des confédérés, les Grisons poursuivaient avec succès leur marche progressive vers l'indépendance. En vain leurs voisins du Tyrol, dévoués à l'Autriche, firent-ils dans leur pays une invasion connue sous le nom de guerre des poules, parce que, dans un accès de forfanterie ridicule, ils avaient déclaré ne vouloir laisser la vie à aucun être animé, pas même aux |)Oules; en vain l'évêque de Coire et les seigneurs formèrent-ils une ligue pour anéantir la liberté grisonne. La ligue Noire, comme on l'appe-

^ La conduite de l'avoyer Kistler a été très-diversement jut^ée par les historiens. Tandis que Jean de Muller et d'autres, se conformant aux données des chroniqueurs contemporains Frickard et Tschachtlan, favorahles à la nohlesse, en font un démagogue vulgaire, le général César de la Harpe a vu, au contraire, en Kistler un digne défenseur des droits de l'Etat, un véritable patriote. Un patricien bernois, TNI. de Rodt, et avant lui un autre écrivain de la même classe, M. de Wattenwyl, dans son ouvrage manuscrit, avaient rendu justice aux qualités morales et à l'intelligence de l'avoyer artisan, « cher à ses compatriotes, vénérable par son âge et son expérience. » Le judicieux Tillier (6^e.sc/i. fZe.s e/rZ^. Freistaates Beru) fait remarquer les vues étroites du bourgeois de Berne, qui veut bien établir l'égalité entre les nobles et les bourgeois, mais qui n'a point la pensée d'étendre cet avantage aux campagnes. M. Gelzer, de Schaffhouse, signale les tendances d'unité, de centralisation auxquelles obéissait, à son insu, le boucher Kistler, tendances qui sont le mobile dominant et le trait distinctif du XV'^^ siècle, où tous les grands États de l'Europe s'organisent aux dépens de la féodalité. Le même système de centralisation, poursuivi avec trop de rigueur, perdra quelques années plus tard un des plus grands hommes de la Suisse, Hans Waldmann, de Zurich.

GRISONS. :î.T.>

lait (dcr Scinrarzp Biind), fut détruite, et 1*1111 de ses principaux fauteurs, Henri de Haezuns, condamné à mort par le peuple de la ligue Grise réuni en tribunal (Straff/fiiclit), n'échappa au irlaive du bourreau que par la présence d'esprit de son valet Cappol. Celui-ci f.Mjiiit que son maître, avant de mourir, demandait comme dernière •^liiCM de régaler encore une fois le peuple. On y consent. La table du le-tin est dressée, on boit, on rit; tout à coup le valet fidèle se jetlf aux i:».^noux des convives et obtient la vie de son maître, ijui vient lui-même ensuite remercier l'assemblée (1450). La ,auerre de Scliams (c'e>l ainsi (|u'on nomme encore la prise d'armes qui eut lieu en cette circonstance), ruina les comtes de Werdenberg, dont les trois châteaux furent piis et rasés par le peuple.

(Jn l'apporte que pour mettre à couvert jt'ui- lilit'rtt' df toute ii'Hivelle tentative dans le genre de celle du Schwnrzi'lxnKi les deux ligues des Dix-Juridictions et de la iMaison-Dieu, assemblées à Vazerol, j>elil village au centre du i)ays, s'unirent en une confédération unitjue et perpi'tuelle (1471), aux conditions suivantes : « Chaque ligue a >(>n organisation et son gouvernement propres; chaque année, cependant, a lieu une diète générale ihs^ députés des trois ligues , cette diète se tiendi'a trois fois ;i Ilanz. chef-lieu de la ligue Grise: une fois à Coire. chef-lieu de la Maison-Dieu, et une fois à Davos, chef-lieu des Dix- Droitures. Les députés n'ont que le droit de proposition et d'initiative: le pouvoir législatif est réservé aux communes, seules souveraine.-. En cas de conilit entre deux ligues, la troisième nomme un tribunal neutre. Ce que deux ligues décident est obligatoire pour la troisième. >> — Telle était ou fut du moins plus tard l'organisation politii|U(^ de< (irisons. Chaque connnunc avait ses lois et son chef: plusieiii's coinmune> réunies étaient gouvernées pai- un hunlamman et avaient leur haute et basse juridiction : plusieurs hautes juridictions lormaient uneliu'ue: les trois ligues formaicMit la r<'pul)lique grisonne, don! le peuple t'Ii-ait et installai! liii-niêiue ses magistrats. Mais ce ipii valail uueux encore que ces Institutions politi<|ues. c't'Mait l'extrême siuiplicilé de moMU'<. le genre de vie ('conouie et teinpiMMut dt's tnontaguards grison>. On niniitiait naguère encoi'e à Tavanos la souri'e où. selon la tradition. !«»> tondateurs de riinion dis ligues >'arrèlèi-eiit pour prtMidiaMMi commun un hiigal repas, et le poteau où, avant île prèt«M' serment, ils suspendirent les sacs ipii contenaient leurs provisions. L'extinction successive de liois (Ivnasties puissantes. l'elK's de- H.eziins i I '1 r>9), dos Sax ( I4S3) el (les Werdenberg ( L")(>7) lavoiisa beaucoup li's progrès de la liberlé ilaiis les (li"i<ons.

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