LIVRE IV. CHAP. VI
couronnés de fleurs embellirent son entrée dans Constance. Comme il gagna les cœurs en serrant cordialement la main 212 ! Ses propos étaient sensés et aimables ; il ne savait rien refuser ; il récompensa en roi une jouissance à laquelle il était particulièrement sensible, les momens heureux qu'il passa avec des beautés du pays 2I3 . Il fut conduit en triomphe sur le lac, vit les vergers de la Thurgovie, vint à Winterthur, entendit parler de Rapperschwyl, manifesta des inquiétudes, et ne se rendit pas au château de Kibourg; les esprits de ses pères, disait-on, gémissaient encore avec courroux sur la perte de ce manoir 2 ' 4 , et, * présage de guerre! des flammes surnaturelles brillaient de nuit sur les tours et les créneaux. Pour lui, il se plut surtout à entendre le conseil pacifique de Tévèque de Constance, et il se réjouit de la nouvelle que la Suisse acceptait la médiation de l'ambassade française 21 5 . Le roi de France envoya Jean de Finstingen , son confident et son conseiller dans les affaires d'Allemagne 216 , pour affermir par ses soins paternels la
211 ■ Jnncta dextra perhumane loquebatur. »
21î Félix Faber, HisU Suev. , L I. Il fait observer qu'elles s'offraient d'elles-mêmes ( cjuvenculx ultro se ingerebant» ). Sa bonne femme ne voulut jamais le croire ( • principem adulterum ! » ). Cependant il existe encore une quittance de six florins, prix d'une virginité.
214 Le bruit courait que depuis leur départ aucune femme ne pouvait accoucher sans danger dans ce château , et qu'aucun enfant né là n'atteignait l'âge viril. Faber a recueilli cette tradition de la bouche de vieilles femmes.
245 Recês de Constance dans les derniers jours de 1459. Tschudi.
216 11 commanda les Armagnacs et fut député en 1444 à la Diète germanique (ch. II, n. 45; t VI, 121); maintenant il était maréchal de Lorraine. Jean, « praeceptor» ( commandeur ou administrateur de St.- Antoine dans la maison) de Isenheim, fut député avec lui. Instruction dans Guillimann , Chron. Austr. Msc. de 1458.
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domination naissante de Sigismond, auquel il avait de tout temps accordé sa bienveillance 217 . La Thurgovie et les contrées voisines 218 formant la dot de la jeune souveraine , le roi accorda une protection spéciale à ces pays, et recommanda Sigismond aux Confédérés. Il lui promit de l'argent pour racheter les hypothèques 21 °, et il espéra rester en contact avec ce prince par le moyen de la relation étroite de celui-ci avec Jean de Calabre -Lorraine 22 °. En Suisse aussi les dispositions auraient été favorables, si des agitateurs n'avaient pas brouillé les esprits.
Deux frères, Wiguléj 221 et Bernard Gradner, seigneurs de Fanstetten, Gygenwiz et Windischgraez , issus d'une famille qui s était fait connaître avantageusement au service de l'Autriche 222 , avaient suivi l'archiduc lorqu'il quitta la Styrie, séjour de sa jeunesse, pour aller en TyroL Sigismond affectionnait Bernard au point que , selon sa coutume , il lui abandonna tout son pouvoir. Peu après, le favori fit un riche mariage 223 . Soit que la satiété produisit l'orgueil, ou que la faveur excessive se ruinât elle-
217 II avait été fiancé dans sa troisième année (1430) à Radegonde, fille de Charles VII (chap. II, n. 53, t. VI, 123); elle mourut, et il épousa la sœur de la première femme du dauphin.
218 Kibourg, Rapperschwyl , Winterthur, Diessenbofen , Griininge*, Sargan$ , Feldkirch , Plndenz , Montafun , liheinek , Neunbourg ( sur le Rhin ! ), Fribourg en Uechtland (perdu depuis long-temps, mais jamais oublié ).
* 19 Dont les noms sont imprimés en italique dans la note précédente.
M0 De la maison d'Anjou. Ce prince sage et vaillant gouverna la Lorraine de 4453 à 1470.
C'est le même nom que Vigile.
»» Jean Gradner 1396, chambellan d'Albert IV. Burgleckner. 125 Avec Véronique , fille d'Ulrich de Starkenberg.