COMBATS DÉFENSIFS DE CH VPELLE-ET-FONTAI.NE
Le mouvement annoncé pour le 26 juin fut donc différé. Les positions prises par les divers corps furent seulement rectifiées. Le duc des Cars, mettant sa division en mouvement à une heure du matin, avait traversé Staouéli le 25 juin, dans les premières
< Rapport du général en chef. Si(U-Kâ1ef, 28 juin 1836.
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heures du jour, avec les brigades Berthier deSauYÎgny etHurel, pour venir prendre la direction des avant-postes. Il laissa le général Hurel à mi-chemin, et se plaça, avec sa première brigade, en ligne à la gauche du général Clouet. La seconde brigade, ayant été remplacée à 9 heures par la troisième, se remit en mouvement. Elle arriva le 25 juin, à dix heures du soir, à côté du camp occupé par le 20* et le 28'' de ligne, appartenant à la première division. 11 y eut là une fâcheuse méprise. Le 17* avait déjà depassé les postes du 28* ; la nuit était fort obscure ; le 28* , prompt à prendre Talarme, comme il arrive quand on est en présence de Tennemi, dirigea une fusillade à bout portant sur la tête de colonne du 50*. qui eut quatre hommes tués et onze blessés '. En outre, la chaleur était si excessive, que la troisième brigade perdit du monde dans le trajet de SidiFerruch à sa nouvelle position. Le chirurgien-major du o4* (brigade Montlivaut), étant descendu de cheval pour saigner un homme foudroyé par la chaleur, tomba mort sur celui qu'il voulait secourir. La brigade Montlivaut» qui s'était arrêtée à Staouéli pour se rafraîchir, se mit en route pour occuper Dely-Ibrahim et tous les points militaires interposés entre Staouéli et Chapelle-et^Fontaipe. Le général Hurel, dont la brigade devenait disponible, alla prendre son rang de bataille à la gauche du général Berthier.
Dès le 26 juin au matin, notre armée était donc ainsi disposée :
A Sidi-Ferruch le 48* de ligne et 1,400 marins des équipa ges de ligne, pour garder le camp retranché où étaient les ambulances et les approvisionnements de toute espèce. Le colonel de Léridan commandait ce point important.
Le quartier général à Staouéli, où Ton avait placé le 15* de ligne, colonel Mangin, détaché de la seconde brigade de la seconde division, et la brigade Colomb d'Arcines tout entière.
Sur le plateau de Chapelle-et-Fonlainc, la première division
^ Journal i]iilitaii*e comniuniqui^ par M. le duc des Cai*s. On y lit ce qui suit: f Parmi les blessés, trois le sont mortellement; une cantinière du régiment, également blessée, est morte ce matin. •
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avait porté sa droite en avant de Dely-Ibrahim, en lace d'Ain- Gébourgia, sa gauche au chemin de Staouéli. La troisième division avait sa droite au chemin de Staouéli, sa gauche à rOued-el-Larens, une brigade à Sidi-Kalef. C*était sur le point le plus menace et le plus difficile à défendre, c'est-à-dire à sa gauche, que le lieutenant général duc des Cars avait prit place, avec son état-major établi dans une maison crénelée, près du petit bois de Sidi-Abderrahman-Bou-Nega, situé à Textréraité de notre gauche *. Notre armée comptait à peu près 18,000 baïonnettes sur la ligne où Ton allait combattre. Le génie consacra ces journées d'attente et de combats défensifs à élever des redoutes de mille mètres en mille mètres pour assurer nos communications de Staouéli à Chapelle-et-Fontaine. L'artillerie les arma, sous la direction du général Valazé, avec les canons pris 8ur l'ennemi . Cette route que Ton fortifiait ainsi se développa * rapidement en avant de Sidi-Kalef, distant d'à peu près 4,000 toises de Staouéli ', en otfrant aux voitures et aux caissons une voie facilement praticable jusqu'à nos positions avancées. Le débarquement continuait avec activité, et le charriage était incessant, de sorte que les approvisionnements et le matériel du siège s'avançaient vers Alger, pour être disponibles au moment où le siège pourrait s'ouvrir.
Les Turcs occupaient toutes les collines qui dominent le plateau où nous étions placés ; ils avaient pris également position sur les premières hauteurs du Boudjaréa. lis avaient fortifié et armé les gorges qui les unissent. Nous étions donc, comme à Sidi-Ferruch, sur la défensive; seulement notre position était moins bonne. Les troupes qui se trouvaient en présence de notre première ligne appartenaient presque exclusivement à la milice d'Alger».
A partir du combat du 24 jmn, le tiraillement fut continuel. La troisième division, chargée de défendre le point le plus vul-
* Campagne d'Afrique^ par M. Femel. — Annales algériennes.
* Rapport de rintendanten dief. Précis historiques, page 28. ' Rapport du général en chef. Sidi-Kalef, 28 juin 1830.
nérable de notre position, prit la part la plus vive à ces combats journaliers, dans lesquels les Turcs de la milice» tous hommes d'élite, et les Koulouglis montrèrent des qualités militaires qui ne furent surpassées que par celles de nos soldats. Le duc des Cars, commandant de cette division, mérita et obtint dans ces journées laborieuses les suffrages de toute Farmée. L'un des plus brillants des officiers étrangers qui prirent part à cette campagne, le prince de Schwarzenberg, retrace ainsi l'impression que fit sa conduite sur ses compagnons d'armes : « A l'aile gauche, les Arabes dirigeaient des attaques continuelles contre une position couverte par un petit bois et un terrain coupé de murs. Là se trouvait habituellement le général duc des Cars. Co général méritait complètement l'afiëction et la considération que chacun lui accordait. Brave devant l'ennemi, aimable dans ses manières, il réunissait les qualités du soldat à celles de l'homme du monde. Dans les combats, et à la manière dont il supportait la fatigue, on l'aurait pris pour un grenadier, si son éducation et ses manières n'avaient révélé un homme du monde. C'était un vrai type de l'ancienne chevalerie française, et il était honore même de cette partie de l'armée que ses opinions politiques éloignaient le plus de lui. Ce qui méritait particulièrement les éloges, c'était sa sollicitude affectueuse pour ses soldats. Jamais il ne se couchait sans s'être assuré que les blessés et les malades avaient reçu les soins réclamés par leur état. Aussi répétait-on que les blessés de la troisième division étaient déjà depuis longtemps à l'abri sous les baraques improvisées qui servaient d'hôpitaux, quand ceux des autres divisions restaient encore au bivac, exposés à la chaleur du jour et au froid des nuits, si dan* gereux dans ces contrées ^ »
* Ruckblick mif Âlgier, etc., par le prince de Schwarzenberg, page 154 (Wien, 1837).
M. Théodoïc de Quatrebarbcs, un des plus brillants officiei^s de la division des Gars, parle dans les mêmes termes de son général, dans ses Souvenirs de Ja campagne d'Afrique : « Le lieutenant général duc des Gars, dit-il, s'acquît de nouveaux titres k la confiance de Tarmée. Quand on le vit, où le péril était le
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Le lieutenant général des Cars eut besoin d'une intrépidité calme et d'un coup d'œil sûr, dans la situation difficile où se trouvait sa division, avec Tordre jie s'y maintenir. La défensive, généralement peu conforme au génie militaire de notre nation, était en outre désavantageuse dans cette position ^ Le terrain que le duc des Cars devait conserver était limité par un ravin assez profond; de l'autre côté du ravin était un bois qui corn
plus grand, donner l'exemple de la plus belle bravoure et les ordres les plus sages, mëuagcr la yie du soldat et exposer la sienne, pleine et entière justice lui fut rendue. L'on ne s'aperçut qu'il était grand seigneur qu'h son excessive politesse, et sa division reconnaissante n'a pas oublié qu'après la victoii*e U", premier soin du général, qui avait partagé tous les dangers, fut d'établir un hôpital pour les blessés et les malades, tandis que ceux des autres divisions bivaquaicnt encore sous la tente. »
* Le général duc des Gai^s avait conscience de la difficulté de sa situation. Tout en maintenant son corps avec beaucoup de fermeté au poste qui lui avait été assigné, il écrivait au général en chef, du bivac en avant de Ghapelle-el- FQn(aine,dans la soirée du 27 juin 1850 : « Mon général, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence que nous avons été attaques deux fois aujouixl'huî par les ennemis, qui sont venus en assez grand nombre pour enlever le petit bois qui est en face de ma gauche. Ils ont réussi à repousser nos tirailleurs, et ont planté leur drapeau sur un épaulement que j'avais fait élever pendant la nuit dernière. Les comi^agnies de réserve ont marché et les ont repoussi^s arec pertes ; mais ils n'en persistent pas moins à nous tirer des coups de fusil toute la journée. Ils ont quelques pièces d'artilleiie sur la gauche, auxquelles nous répondons avec avantage. Mais il n'en est pas de même d'une batterie de vingt-quatre qu'ils ont établie dans la journée, et qui, ayant une portée plus longue que celle de nos pièces, ne peut être réduite au silence par elles. Nous en souffrons, et plusieurs hommes ont été tués par son feu. Mon premier aide de camp, le dief de bataillon Borne, a reçu une blessure très-grave, il a eu répaûle emportée par un boulet de vingt-K{uatre. Le chirurgien de Tambulance ne ci'oit pas qu'il existe dans deux heures; c'est une véritable perte.
f Je ne sam^s vous cacher, mon général, que notre position est fâcheuse et que nous perdons beaucoup de monde en la défendant. Il est k désirer que nous en sortions le plus tôt possible. Nos soldats se conduisent à merveille et ne se phignent pas; mais ils sont ti*ès»fatigués, ayant k tirailler du matin au soir. De plus, ils n'ont pas eu de viande aujourd'hui. J'ai perdu près de cinq cents hommes depuis avant-hier, et j'en perdrai beaucoup tant que nous resterons dans la position actuelle. • Nous transcrivons cette lettre sur l'original que nous avons sous les yeux. (Docmuents communiqués par la famille du maréchal de Boiuiuont.)
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mandait la position de l'armée française, et au delà duquel régnait un second ravin d'une grande profondeur, dominé par une côte beaucoup plus élevée que la première. Le premier de ces ravins court du sud au nord, puis retourne brusquement à Touest et se prolonge dans cette direction. C'est Ters Tangle qu'il forme en cet endroit que se trouve le petit bois de Sidi-Abderrahman-Bou-Nega, et c'est sur ce point que se dirigèrent, pendant quatre jours, toutes les attaques de l'ennemi. On comprend cette persévérance, car, s'il s'en était emparé, son feu eût promptement obligé les Français à abandonner leur position. Une maison carrée, située de notre côté, à Tangle saillant de notre position, nous servit d'abri pour les réserves des troupes engagées. Cette maison carrée, occupée le 25 juin au matin par le général Clouet, le fut ensuite par le général Berthier, et le 26 par le général Hurel. C'était la gauche de notre position. La droite était également dominée par l'ennemi, mais à une plus grande distance que la gauche. Elle était couverte par un petit bois moins étendu que celui de la gauche, et d'où les tirailleurs ennemis nous faisaient beaucoup de mal. La gauche du général Berthezène se liait à notre position.
« Le 26 juin, continue le duc des Cars, au journal militaire duquel nous empruntons tous ces détails topographiques, les attaques recommencèrent sur toute notre gauche. Elles furent soutenues avec vigueur, mais elles nous firent perdre du monde. Nous occupâmes et fîmes créneler une maison située sur le ravin extérieur, d'où nos troupes incommodèrent beaucoup l'ennemi et lui firent éprouver des pertes considérables. Le petit bois en avant de ma droite avait été occupé toute la journée par des tirailleurs turcs qui nous gênaient beaucoup; vers midi, je pris le parti de le faire enlever, ce qui fut exécuté par quatre compagnies du 2" régiment de marche d'infanterie légère. L'ennemi fut culbuté, chassé du bois, que nous occupâmes, et en avant duquel nous fîmes commencer un épaulement pour mettre nos tirailleurs à l'abri. Cet épaulement lut terminé la nuit suivante. Dans la matinée du même jour (26 juin), l'ennemi établit plu-
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sieurs batteries. Nous n'avions pas d'abord d'artillerie pour y répondre; mais, vers deux heures, il en arriva du camp de Staouéli, et M. le commandant Amirault répondit avec succès au feu des pièces ennemies ^ Nos épaulements furent perfectionnés pendant le nuit du 26 au 27. La deuxième brigade avait souffert pendant la journée du 26, mais elle était maintenant protégée par Tépaulement construit, quoique d'une manière incomplète; la première brigade pouvait être aussi considérée comme à Tabri d'attaques sérieuses depuis l'attaque et la prise du petit bois.
« Je fis occuper, le 27 au matin, le bois en avant de la gauche par un bataillon du W. L'ennemi avait évidemment l'intention de fortifier son attaque sur ce point. En eflet, nous voyions successivement arriver des corps d'infanterie et de cavalerie, et la ligne de ses tirailleurs était considérablement renforcée. En outre, il démasqua sur notre gauche deux batteries de plus et en avant de notre droite une batterie nouvelle, qui prenait d'écharpe la maison carrée située au sommet de l'angle formé par le ravin. Vers huit heures, ses renforts étant réunis, il renouvela à plusieurs reprises ses attaques pour s'emparer de notre épaulement. Des chefs s'avançaient un drapeau à la main; ils étaient suivis par des bandes de 40 à 50 hommes. Turcs, Kabyles ou Bédouins, qui se lançaient derrière lui en jetant de grands cris. Ils arrivaient ainsi jusqu'à Tépaulement, où le chef plantait son drapeau. Plusieurs attaques avaient lieu simultanément sur notre ligne, et nous entendîmes les cris des réserves prêtes à profiter d'un succès. En présence de ces préparatifs, j'avais fait renforcer la réserve du 17* par six compagnies du 30*. Le reste de la seconde brigade avait en outre deux bataillons réunis et prêts à marcher s'il en était besoin. La première brigade était également en mesure d'envoyer des renforts. Les compagnies qui défendaient' l'épaulement firent éprouver beaucoup de pertes à l'ennemi. Cependant sur quelques points il réussit
« La perte monta, le 26 juin, h 11 morts, et à 151 blessés, dont 7 officiers.
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à s'établir sur répaidement ; mais il en fut chaque fois rqeté par les compagnies de réserve qui s'avançaient au pas de charge, et abordaient à la baïonnette les Turcs, auxquels ils tuaient du monde.
« Après plusieurs tentatives infructueuses, l'ennemi se retira, en laissant beaucoup de morts sur le terrain; mab, vers les deux heures de l'après-midi, il se disposa à renouveler ses tentatives. Voyant que ses attaques de front n'avaient pas réussi, il voulut d'abord s*emparer de la maison crénelée dans la journée du 26, et qui protégeait la gauche de nos tirailleurs. Il aborda cette maison avec intrépidité; mais elle fut défendue avec vigueur par M. le capitaine d'Autun, du 30*, qui l'occupait avec sa compagnie. Les Turcs s'avancèrent jusqu'au point de lancer des pierres à nos soldats; leur attaque fut repoussée, et M. le capitaine Bourgeois, du 50% à la tète de sa compagnie, s'empara d'une autre maison située dans le ravin, et d'où les Turcs nous faisaient beaucoup de mal. Vers quatre heures, le feu devint beaucoup plus faible, et la nuit se passa tranquillement. Les troupes engagées le 27 se conduisirent très-bien. Elles montrèrent beaucoup de courage, et cependant un peu plus de prudence que la veille, l'expérience leur ayant appris à moins s'exposer, sans nécessité, au feu de l'ennemi ^
« Pendant la soirée et dans la nuit du 27 au 28 juin, Tartillerie construisit quelques embrasures pour répondre au fini de Tennemi. Deux pièces placées auprès de la maison carrée, et deux autres un peu plus à droite, nous furent le lendemain d*un grand secours. La 2* brigade, engagée depuis deux jours sans interruption, ayant besoin de repos, je fis relever, le 28 juin à sept heures du matin, les troupes du 30* qui occupaient le bois en avant de la maison carrée, par un bataillon du 35*, commandé par le chef de bataillon Ballon, et quatre compagnies du 2* de marche. Au moment où ce changement allait s'effectuer.
^ La perte de la troisième division, pendant la journikî du 27 juin, se monta à 19 sou»ofriciers et soldats tués, et à i 29 blessés, dont 7 officiers.
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Tcnnemi, qui était réuni encore en plus grand nombre que la veille, voyant une compagnie du 30' qui s'était avancée de la droite au delà de Tépaulement, et les ,réserves du 30* exécuter leur mouvement rétrograde pour céder la place aux troupes qui les relevaient, crut que nous songions à opérer notre retraite, et saisit cette occasion pour attaquer nos avant-postes avec un grand déploiement de forces. 11 était tellement supérieur en nombre, que les tirailleurs du 3()* durent se retirer. Les Turcs les suivirent, en jetant de grands cris. Dans cet instant, le chef de bataillon Ballon fit avancer une compagnie de grenadiers, commandée par le capitaine Godard, puis une compagnie de voltigeurs, commandée par le capitaine du Pont-de-Gault. L'ennemi se défendit avec courage, et ce ne fut qu*à la pointe de la baïonnette qu'il fut chassé de nos positions. Cette action coûta au 35* près de 100 hommes hors de combat. L'ennemi perdit beaucoup de monde; le terrain était jonché de ses cadavres. Néanmoins, vers huit heures, il renouvela son attaque avec une espèce de fureur. 11 fut vigoureusement repoussé par trois compagnies du 2* régiment de marche, qui perdirent beaucoup de monde dans ce vif engagement. A onze heures, les compagnies du 35* et du 2* de marche furent relevées par le 1 7*. Les Turcs, après avoir reçu ces deux leçons, se tinrent à une plus grande distance. Us redoublèrent le feu de leur artillerie, mais ce feu nous faisait peu de mal. Les tirailleurs se ralentirent, et, vers quatre heures, tout était rentré dans le calmée »
Les journées des 25, 26, 27 et 28 juin se passèrent amsi pour la troisième division, qui formait notre gauche, en combats défensifs incessants. Pour couvrir notre position, il avait fallu occuper le petit bois de Sidi-AbderrahmanBou-Nega, situé sur la gauche, à l'angle du ravin. Pour soutenir le poste du petit bois, il avait fallu occuper, à la droite de ce bois, le pont jeté sur le ruisseau qui, coulant dans le vallon, séparait notre position
* Journal inilitaii*e communiqué par M. le duc des Gai*s. La journée du 28 juin nous coûta 29 morts, dont 1 officier, et 169 blesses, doAit 6 officiers.
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de celle de rcnnemi. Il avait fallu construire, en avant du pont, un redan, pour couvrir ce poste intermédiaire; il avait fallu occuper, au centre du front de la seconde brigade, une maison crénelée, une autre maison dans le ravin, en avant du bivac du 30*, et un petit bois moins étendu que le premier. Tbutes ces positions, vigoureusement attaquées à plusieurs reprises par un ennemi nombreux, qui, d'après Testimation du lieutenant général des Cars, déploya de 7 à 8,000 hommes contre sa brigade de gauche; mais, plus vigoureusement défendues, nous restèrent *, de sorte que le duc des Cars put dire, dans un ordre du jour adressé aux troupes qui avaient combattu sous son commandement : u La troisième division s'est trouvée depuis quatre jours en position de faire preuve de sa valeur et de son dévouement au roi. Elle a marché sur la trace des anciens braves, et sa conduite a prouvé que, dans toutes les occasions, elle saurait ajouter de nouveaux lauriers à la gloire française. Le lieutenant général témoigne sa satisfaction de la bravoure avec laquelle une position en définitive peu avantageuse a été défendue pendant les journées des 25, 26, 27 et 28 juin ^ »
Pendant que la troisième division repoussait sur la gauche ces
^ Dans ces journées se distinguèrent surtout le colonel RuUiières, le lieutenantcolonel Baraguay-d'Hilliers, les capitaines Binjsley, Susini et Lëlut; les souslieutenants de Queilhe, de Morogue, Gré, et le sergent Bazin, des 1*' et 9* légers; le chef de bataillon Ballon, le capitaine de voltigeurs Pélissier, le capitaine Godard, le lieutenant Massoni, et les sous-lieutenants Foltz, d'Avizard et Denner, du 35*, et, dans le !?•, les capitaines Pclegi7. Pourilhou et Vidal; les lieutenants Boudet et de Maleyssie; le sergent-major Rebufiat, le sergent Bardou, et le caporal Chaix, qui avait enlevé un drapeau ; les capitaines de la Chapelle^ d'Aulun et Bourgeois ; le lieutenant Robbe, le sous-lieutenant de Lastic et le sergent-major Biimet de la Renaudière, du 50*. Ce dcniier, se lançant avec sa petite troupe pour enlever un drapeau, reçut trois balles au corps, dix-sept dans ses habits, et suiTécut h ses blessures. .
Nous tnuiscrivons ces noms et les mentions honorables qui les accompagnent sur les rapports des chefs de corps et sur ceux du commandant en chef. Le colonel Rulhières était, en 1850, général de division, membre de rAssemblée législative, ministre de la guerre. Le lieutenant-colonel Baraguay-d^Uilliers est maréchal de Fi'ance.
' Journal militaire communiqué par M. le duc des Cars.
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attaques réitérées, la première division, quoique moins vivement pressée à droite, avait cependant aussi des efforts énergiques à faire pour se maintenir dans sa position. La brigade Poret de Morvan, qui formait la droite de cette division, occupait, en avant de Dely-lbrahim, une espèce d'éperon dont les dernières pentes aboutissaient à la route qui conduitde Dely-lbrahim * à Alger. La cavalerie ennemie était sur les hauteurs, de Taulre côté du ravin, au fond duquel court la route. Le 26 juin, dès le point du jour, une ligne de cavaliers arabes descendit de sa position, traversa le ravin, venant décharger ses fusils sur nos avant-postes, et dix minutes après un autre groupe de cavaliers recommença la même manœuvre. Derrière chaque groupe de cavaliers couraient douze ou quinze fantassins kabyles qui venaient se blottir dans un fourré à cent cinquante ou deux cents pas de nos avant-postes. Ce manège dura jusqu'à midi. La cavalerie les apportait et ne les remportait pas, de sorte qu'à cette heure il y avait une infanterie de 1 ,500 à 2,000 hommes embusquée à 150 ou 200 pas du 4* léger. Vers le milieu de la journée, on vit 3,000 chevaux se réunir, traverser en masse un ravin et s'avancer sur notre infanterie, précédés des Kabyles qui, faisant l'office de l'artillerie, ouvrirent à petite distance un teu meurtrier sur le 4* léger, afin de frayer à la cavalerie arabe un chemin dans nos bataillons. A la faveur de ce feu, les Arabes fondirent sur nos lignes, et plusieurs cavaliers pénétrèrent dans les rangs en sabrant les fantassins. 11 fallut que le 2* léger, qui formait la réserve, chargeât vivement l'ennemi pour dégager le 4*. Cette affaire fit honneur à ces deux régiments *. Un batafillon du 4* éprouva, par suite de l'imprudence de celui qui le commandait, une perte considérable. Surpris au moment où il nettoyait ses armes, sans que les précautions nécessaires en présence de l'ennemi eussent été prises, il eut, en quelques in-
^ Il y a aiijourdliui sur ce point un village très-peuplé. » Le 2* et le 4* légers avaient fourni une partie de leur effectif, qui ne formait qu'un régiment sous les ordres du colonel de Frescheville.
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stants, 150 hommes hors de combat, et il aurait péri tout entier s'il n'avait été secouru à temps.
Le général en chef, averti par les rapports des chefs de corps, et surtout par la lettre du lieutenant général des Cars, dos pertes éprouvées par les troupes dans des positions désavantageuses, attendait avec impatience le moment de prendre l'otfensive. Tout dépendait du progrès du débarquement du matériel. La marine déployait une intelligence remarquable et un zèle sans bornes pour accélérer cette opération difficile; mais elle dépendait elle-même de la mer. De deux heures du matin à huit heures du soir, chaque jour, les embarcations remorquaient ou chargeaient de lourds chalands sur une rade très-mauvaise, eu face d'une plage dont les abords n'offraient aucun chenal certain. La direction supérieure manquait, ce qui rendit l'opération plus longue et plus pénible; mais l'intelligence et l'énergie de volonté déployées dans l'exécution suppléèrent à tout. Le 25 juin au matin, les deux dernières divisions du convoi arrivèrent dans la baie 4^ Sidi-Ferruch. Le débarquement des chevaux, sans lesquels le charroi des pièces de siège ne pouvait commencer, se fit dans la journée même. La houle de l'ouest» signe avant^coureur de la tempête du soir, rendait cette opération d'une difQculté inouïe S La marine comprenait si bien la nécessité d'aller vite, qu'elle allait chercher au large les navires chargés de chevaux. On débarqua tous les chevaux, au nombre de 1,400, dans la
* 11 ne faut pas perdre de me, en lisant ces détails, que la ^npeur, qui a rendu tout facile, était dans son enfance, et que ces débarquements se faisaient aTec des bâtiments manoeurrés à la voile et à la rame. Il y a eu, on peut le dire, trois phases dans rhistoire de la vapeur. D'abord, on l'applique à un trèfr^tit nombre de bâtiments et h des bâtiments d'un très-fîiible tonnage; c'est la phase de l'essai, de l'épreuve, et l'expédition d'Alger eut l'avantage de montrer le parti qu'on pouvait tirer des navires à vapeur, comme avisos et remorqueurs; dans la seconde phase, on multiplie les bâtiments à vapeur; on augmente leur tonnage, et ils rendent déjà de gi*ands services comme transports; à la fin de cette phase, on trouve l'hélice, qui, mettant l'appareil 8008 l'eau, h l'abri des boulets, permet d'appliquer la vapeur aux navires de guerre. C'est une révolution dans la marine, dont on recueille les avantages aujounl'huî.
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