‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 109 sur 128 · ENVIRONS D’ALGER · texte numérisé non relu

ENVIRONS D’ALGER

L'enceinte d'Alger forme un quadrilatère irrégulier, qui peut assez exactement se comparer à un triangle presque équilatéral, dont un côté s’appuie à la mer, et dont les deux autres s'élèvent, par différents ressauts, sur l'extrémité d’une colline dont l’inclinaison fait avec l'horizon des angles de 15, 20, 25 degrés. Cette colline appartient à un massif de petites montagnes ou coteaux {rès-prononcés, dont le point le plus élevé est le poste d'observation de la Marine; et dont la pente générale s'étend au sud, circulairement par des rayons de 3 à 6 lieues," jusqu'à la plaine de Mitidiah ; à l'est, au cap Maufou, en faisant une chute assez marquée sur la rive gauche de lAratch; et, à l’ouest, jusqu’au-dessous de Sidi-Ferruch, et insensiblement jusqu’à la plaine de la Mitidjah, en s'abaissant presque tout à coup au cap Caxines.

La partie de ce massif qui fait face à la mer, et qui n’en est éloignée que de 150 à 700 mètres au plus, est d'une pente quelquefois à pic et généralement impraticable aux mouvements militaires. Ainsi le massif dont on vient de parler est borné en long par la mer, et circulairement par la plaine de Mitidjah, qui a de 2 lieues 1/5 à 3 lieues 1/2 de large. Cette plaine est terminée de l'autre coté par une chaine du second ordre au moins, qui, des hauteurs d'Alger, parait uniforme et tout à fait continue, mais qui se compose de différentes parues ayant différents noms, formant des rentrants et des saillants, et contenant différentes gorges transversales, telles que celles par où passent les chemins d'Alger à Constantine, Oran, etc.

La plaine de la Mitidjah est coupée par différents marais, qui vont toujours s'agrandissant par l'insouciance et l'ignorance des habitants, et par différents ruisseaux où petites rivières qui se jettent dans Ia mer par ses deux extrémités, c’est-à-dire à l’est et à l'ouest.

Le lieu de débarquement doit être le plus près possible des points à attaquer et de l'endroit où l'on doit camper, soit à cause des chemins, qui ne sont presque parlout que de mauvais et difficiles sen

tiers, soit à cause du grand avantage qu'il y a à tomber à l'improviste sur l'ennemi et à ne pas lui laisser le {temps de venir à notre rencontre.

Ce même lieu, d'un autre côté, doit être hors la portée des défenses préparées de l'ennemi, afin que le débarquement se fasse avec le moins de perte et le plus promptement possible.

D'après les premières considérations, on ne peut songer à débarquer en deçà de la grande montagne qui borde la plame de la Mitidjah, puisqu'il faudrait traverser cette chaîne ou passer entre ses deux extrémités à la mer, ce qui serait également impossible avec le plus mince attirail de guerre.

Les deux extrémités de la plaine de Mitidjah ne conviendraient guère mieux, à cause des marais et courants dont nous avons parlé, et parce qu'il y aurait encore loin de là aux points d'opérations, parce qu'on rencontrerait un terrain fangeux, si les pluies d'hiver avaient été abondantes, et surtout parce qu'on s’exposerait trop à ce que l'ennemi peut nous opposer de plus redoutable, c’est-à-dire à sa cavalerie. C’est, en effet, dans la plaine de Mitidjah que viennent aboutir et se réunir les contingents de Constantine, Titery ct Oran.

La chaine est presque nulle entre le cap Matifou et le fort de l'Eau ; elle ne se compose que de mamelons détachés, entre lesquels il serait facile de passer dans la plaine de la Mitidjah; mais, pour marcher ensuite sur la ville, il faudrait passer l’Artabatach et lAratch, qui pourraient être grosses après des pluies abondantes. La première de ces petites rivières est sans pont; la seconde en a un en pierres que l'ennemi pourreit garder ou avoir coupé ; il ne serait pas difficile d’en jeter un autre, la rivière n'étant pas large; mais il faudrait ensuite marcher entre la chaîne et la mer, et par conséquent aborder toutes les batteries établies entre la rivière et la ville, ou il faudrait passer à gauche de la chaine, ce qui n’est pas praticable, |

L'espace entre le fort de l'Eau et l'Aratch présente les mêmes difficultés et, de plus, celles d’une petite plaine de sable et des collines en arrière, qui sont impraticables, à cause de leur pente et des fortes broussailles dont elles sont hérissées.

Tout l'intervalle entre l’Aratch et le cap Caxines ne présente aucun point convenable ; depuis là rivière jusqu'au chemin de Constanline, la chaine n'est pas encore très-élevée ; mais elle n'est point praticable, surtout aux mouvements par masses; elle ne présente point de plateaux où l’on puisse se déployer, et de là on ne peut aller nulle part, Les arbres et les fortes haies qui sont au pied de la pente et dans la petite plaine fourniraient à l'ennemi des couverts redoutables. Ce sont, sans doute, toutes ces raisons qui firent échouer les Espagnols en 1775, et qui feraient apparemment éprouver le même sort à toute entreprise formée sur ce point. 11 ne faut pas qu’en sortant de la barque, le soldat se trouve en face d'un obstacle trop grand et capable de tuer tout à coup son ardeur et sa confiance.

Le chemin de Constantine et celui qui longe le Jardin de France ne sont point de véritables débouchés, puisqu'ils ne mènent ni au lieu de campement ni au point d'attaque.

Le grand ravin entre la ville et le Jardin du dey est sans issue commode. L'intervalle entre le chemin de Constantine et Alger est coupé d’une dizaine de ravins profonds, qu'un homme à pied traverse assez difficilement en s’accrochant aux broussailles. Ce qui avoisine la maison de Suède est un rocher à pic.

Depuis la ville au cap Gaxines, la chaîne est généralement impraticable, et, de plus, sur tout ce développement, il y a, de distance en distance, de 40 à 100 mètres en mer, de petites masses de rochers qui pourraient occasionner de grands accidents si, pendant le débarquement, il survenait un vent un peu frais.

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