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FORTIFICATIONS, LIEU ET MODE D'ATTAQUE

Si la configuration seule du terrain indique si fortement qu'on ne peut débarquer et surtout pénétrer dans l'intervalle compris entre le cap Matifou et le cap Caxines, on en sera bien plus convaincu encore si l’on fait attention aux nombreux ouvrages établis sur Ja côte, depuis le premier de ces caps jusqu'à la pointe Pescade, et dont presque tous les feux sont dirigés du côté de la mer. Les Algériens prétendent avoir 4,743 pièces en batterie. Quoique nous soyons

loin de ce compte, il faut convenir qu'il y en à un nombre trèsimposant et généralement de gros calibre, surtout les pièces du rezde-chaussée de la Marine, qui sont de 24, 56, 48 et au-dessus.

Attaquer par la rade est donc affronter à la fois tous les dangers et toutes les difficultés : le feu des batteries, les troupes de l'ennemi qui auraient vu de loin notre manœuvre et qui auraient eu le temps de se préparer, enfin les obstacles du terrain, qui ne sont peut-être pas moindres que les précédents. La manière d'attaquer les forts et batteries se déduit facilement de leur position et de leur disposition.

Le château de l'Empereur domine de près de 40 à 60 mètres le point le plus élevé de la ville. La pente de l'un à l'autre est assez douce, sauf la chute de l'extrémité du dos d'âne sur lequel le fort est établi; il commande de près de 100 mètres le fort neuf de Babasson. La pente entre les deux est fort roïde, surtout à partir du sommet ; mais il se trouve dans l'intervalle des points propres.à l'établissement des batteries.

Le château de l'Empereur est donc le point dominant de toutes les fortifications. IL est commandé lui-même par les crêtes et petits plateaux en arrière ou qui, au moins, sont de niveau avec ses parapels et surtout par le sommet qu'eccupe le poste de la Marine ; mais cette hauteur est trop éloignée.

C'est donc le château de l'Empereur qu'il faut attaquer le premier; on pourra de là baître la ville et le fort Babasson, et descendre x une distance convenable pour établir des batteries des brèche contre l'une et l'autre.

Le camp, pour cette raison, doit venir s’élablirle plus près possible ; il doit occuper les points dominants et d’un accès facile, afin d’être en sûreté contre la cavalerie ennemie. Or le terrain compris entre le château de l'Empereur, les maisons de Suède, d'Espagne, de Hollande, et en arrière, semble remplir ces conditions. Dans cette position, le camp aurait son front couvert par les ouvrages faits contre le fort, ses deux flancs par des ravins et escarpements, et son derrière par un abatis défendu, qu'il serait facile de faire perpendiculairement à la grande route, cette partie étant assez garnie de bois et de haies, et le terrain étant de nature à permettre les excavations.

Le dispositif précédent ne formerait pas blocus complet ; 1l faudrait done prendre d'autres mesures, quoique cette rigueur de blocus soit ici moins nécessaire qu'en Europe; car ce qu'on a le plus à craindre, c’est l'armée de secours amenée par les beys. Or on voit par les feuilles de dessin (10, 42, 13) que les batteries, depuis le numéro 1 jusqu'au numéro 18, sont ouvertes à la gorge, ou seulement closes par un mur de jardin, et que le fort Anglais n’a que trois pièces tirant du côté de la campagne. Il conviendrait donc d’avoir une petite masse de troupes, détachée momentanément sur le plateau 39, et une autre sur celui 55. La première pourrait aller par le chemin du pont 36, et il ne lui serait pas même difficile, sur la plus grande partie de cette distance, de faire passer quelques pièces d'artillerie. La deuxième suivrait le chemin 57, suffisant pour l'infanterie et la cavalerie. L'artillerie serait difficile à conduire, même en faisant des détours; il faudrait la démonter. La tâche de ces deux petits camps serait d'enlever, par la gorge, les batteries simples et de canonner le fort des Anglais, dont le plateau 39 est à bonne portée et le plonge tout à fait. Ave: cet ouvrage, le blocus se trouverait à peu près fait, la marine se chargeant de ce qui la concerne.

Ces deux détachements seraient peut-être un peu éloignés de la masse principale, surtout les chemins étant difficiles ; mais on ferait place nette partout où cela pourrait rendre la communication meilleure. Le camp pourrait aussi s'étendre sur sa droite (58) et avoir une batterie d’enfilade en (59), ce qui lierait davantage. Gette batterie est à une grande portée; elle pourrait néanmoins produire quelque effet, et elle empêcherait l'ennemi de venir s'établir là pour inquiéter la gauche de notre camp. Le détachement de droite pourrait tirer parti du Jardin de France; c’est une espèce de petit fort.

Il faudrait aussi occuper le poste de la Vigie, comme point de découverte sur terre et sur mer.

Les chemins de Belida ou Beleeda, ou de Constantine, et celui du pont de l’Aratch, sont aussi essentiels à bien observer.

Les autres dispositions générales d'attaque seraient un détachement déjà fait sur Oran ; que le bey de Constantine fût aux prises

avec celui de Tunis; que notre marine, pendant le débarquement à Sidi-Ferruch et à mesure qu'il y aurait des bâtiments disponibles, vint faire de fortes démonstrations devant le port et la rade, afin d'attirer les Algériens dans leurs batteries, où ils se complaisent beaucoup. -

Nous allons faire connaitre plus particulièrement les moyens de défense établis. Nous observerons, une fois pour toutes:

1° Que tous les parapets, excepté ceux de quelques batteries 1s0lées, sont en pierre, n’ont que 3 à 4 pieds d'épaisseur, et ne s'élèvent que de 4 à 6 pieds au-dessus du terre-plein; ils sont donc aussi faciles à détruire que dangereux pour les garnisons.

9° La ville, le fort Anglais et celui du cap Matifou ont seuls un fossé, encore celui de ces deux derniers ouvrages ne mérite-L-il pas d’être compté.

5 J1 n’y a nulle part de chemin couvert, ni aucune espèce d’ouvrage avancé.

4 Tous les parapets, excepté ceux de la ville, sont exclusivement disposés pour l'artillerie et sont à embrasure,

b° Toutes les plates-formes qui font partie du terre-plein sont pavées en pierres plates ou briques de champ.

6° Les profils des dessins mdiquent le massif présumé du rempart et non l'épaisseur réelle de la maçonnerie; l'intervalle entre les deux murs doit être occupé par des souterrains, ou platôt rempli par des décombres ou de la terre battue, comme cela se pratique dans le pays et comme nous l’avons vu à la nouvelle enceinte qu'on construit à Tunis.

Tous les forts paraissent pourvus de logements ou autres établissements nécessaires, et de puits et citernes qui fourniraient aux besoins, au delà même de la durée de la défense.

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