TROUPES NÉCESSAIRES A L'EXPÉDITION
Dans les suppositions les plus favorables à l'ennemi, et qui sont les seules que la prudence permette de faire, les Algériens pourraient avoir 60,000 hommes, à peu près dans cette proportion :
Infanterie composée de Turcs fins et Koul-Oglous. . 10,000 Contingent de Constantine. ...,.. "30,000 Contingent d'Oran... RC Contingent de Tittery. . . . LOU ASS EDS
Les campagnes d'Égypte doivent fournir des données sur ce que peuvent valoir ces 60,000 hommes. L'infanterie serait à peu près la même ; mais il s’en faut de beaucoup, à ce qu’on assure, que la cavalerie vaille celle des mameluks.
Quoi qu’il en soit, il ne parait pas qu’on puisse s’embarquer avec moins de 35 à 40,000 hommes. Si l'on parvient au château de l'Empereur sans aucune rencontre ou sans rencontre désavantageuse, ct qu'on puisse tout de suite établir des batteries, on n'aura pas besoin de tant de monde; mais, s’il fallait avoir plusieurs affaires avant d'être maître du terrain d'où l’on peut battre en brèche, on ferait nécessairement queiques pertes ; la prise des forts et surtout de la ville les augmenterait encore. Enfin il ne faut pas moins de 10,000 hommes pour garder Alger et ses dépendances. Il y à loin du cap Matifou à la pointe Pescade. 11 faudrait même davantage si l'on avait à craindre quelques tentatives de la part des Anglais et, par suite, des mouvements parmi les habitants. D'un autre côté, on ne peut guère s'en tenir à Alger et à la banlieue, quoique les environs, jusqu'à la plaine de la Mitidjah exclusivement, pussent suffire à la nourriture de la ville et de l’armée. On aurait sans cesse à craindre les incursions des beys, les obstacles qu'ils pourraient mettre aux approvisionnements, etc.; il faudrait donc, dès qu'on serait maitre d'Alger, songer à s'emparer de Constantine, Tittery, Oran, et surtout du premier point. Il resterait pour cela 20 à 25,000 honimes au plus, ce qui ne serait pas sûrement trop, si
PIÈCES JUSTI*ICATIVES. 397 l'on considère les distances, le disséminement et tout ce qui peut arriver d'imprévu.
La cavalerie est embarrassante à transporter ; les environs d’Alger ne lui permettraient guère de donner, sauf dans l'intervalle de Sidi-Ferruch au camp.
Il paraît aussi que, soit pour le bien de la chose, soit pour la singularité, il vaudrait mieux opposer de l'infanterie aux Maures.
La cavalerie serait pourtant nécessaire dans plusieurs cas, surtout dans les marches un peu longues à travers les plaines ; il faudrait en avoir en tête et sur les deux flancs, pour n'être pas surpris trop à l'improviste. On suppose donc 2 à 3,000 hommes de cette arme.
La face du château de l'Empereur qu'il faudra battre en brèche est armée de 40 canons ; on ne peut guère lui en-opposer davantage directement ; on établirait une autre batterie oblique contre l'angle méridional du même côté. Celle-ci serait particulièrement armée de mortiers et d’obusiers. Une troisième d'enfilade serait placée un peu plus loïn, sur un point d’où l'on découvre parfaitement les terre-pleins, ou très-près, sur un emplacement un peu bas; en comptant ce qui pourrait être mis hors de service ou pris, on voit qu'il ne faudrait pas moins d'une quarantaine de pièces de position de toute espèce, d'autant qu'après la prise du château on pourrait attaquer à la fois la ville et le fort de Babasson.
Presque toute l'artillerie algérienne est de calibre européen ; on pourrait s'en servir, en cas de besoin; mais il faut être pourvu de leurs affüts, ceux du pays sont en général mauvais. Ce sont des affüts de mer ou à roues pleines, d'un petit diamètre et qui ne sont point roulants.
Il faut une artillerie de campagne, et de la plus légère; un peu d'artillerie à cheval est aussi nécessaire. On l’opposerait à celte compagnie de nouvelle formation dont nous avons parlé.
On parle ici de brèche et non d'assaut. Avec les Algériens, l’assaut ne doit être tenté que dans un cas bien clair; il fout éviter toute entreprise qui pourrait donner, par son résultat, du cœur à l'ennemi et produire un effet contraire parmi nos troupes. Une marche sûre finira toujours par être la meilleure. Cependant, si nous arrivions assez à l’improviste pour pouvoir tenter ce moyen,
il ne faudrait pas manquer de le faire, car, on le répète, le chàteau de l'Empereur pris, le plus difficile, et presque tout, est fait. Il sera donc bon d’avoir un approvisionnement d’échelles ; elles doivent être faites dans la supposilion d’un revêtement de 30 pieds de haut. Elles iront bien en les appliquant contre les embrasures, dont le bas se trouve à 8 ou 4 pieds au-dessous de la crête intérieure du parapet. On pourrait en mettre deux jointières par embrasure. Ainsi la face en question serait assaillie par 20 hommes à la fois.
Il faut un nombreux personnel d'artillerie et du génie ; à moins de circonstances tout à fait heureuses, il sera très-sage de fortiftier un peu le camp. La nature du terrain obligera à morceler les atlaques, et tout cela exige un plus grand nombre d'officiers. Quant aux hommes propres au service du canon, on n’en peut trop avoir, puisque toutes les fortifications d'Alger, la ville exceptéé, ne sont que des batteries.
Les outils, ustensiles, matériaux, et même les gabions et fascines, sont des choses à avoir en abondance.
On ne parle point de la force à donner à la flotte de transport, car, si on voulait l’établir relativement à la force de l'ennemi, il faudra connaître celle-ci au moment du départ. On a dit tout ce qu'on savait de particulier à ce sujet en parlant des croisières an glaises.
TEMPS NÉCESSAIRE POUR S EMPARER D'ALGER ET DE SES DÉPENDANCESe
Cet article est soumis à trop de chances pour qu'on puisse en parler autrement que par approximation. Mais si l’armée déblaye le Lerrain de manière que l'artillerie et le génie puissent tout de suite se livrer à leurs opérations, on pense que dans le courant d’un mois, à compter de ce moment-là, on doit être maitre d'Alger et de ses dépendances, la marine pouvant être chargée de prendre les forts isolés, dont elle aurait peu à craindre, tels que les forts de Matifou, de l'Eau et de la pointe Pescade, Quant aux forts des Vingt-Quatre- Heures et des Anglais, ils se rendraient sans doute, tout le reste étant pris. Nous avons dit comment les attaquer dans le cas con- (raire,
Célérité et vigueur doivent être la devise de l'expédition, L'unité
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 299 de commandement et aussi indispensable, 1l faut aussi être pourvu, avec une certaine abondance, des choses nécessaires.
Une fois maitre d’Alger, on ne pourra être trop attentif à établir une police sévère, mais juste, envers les habitants. D'un autre côté, respecter les mosquées, les femmes, les jardins où maisons de campagne, et surtout payer exactement, sont des articles de rigueur. La violation d’un seul pourrait entrainer de grands malheurs.
Quant à l'intéricur du pays, dans la direction du sud, il faut songer à y pénétrer bien plus par la persuasion que par la force des armes ; c'est surtout l'affaife du temps, et nous ne devons espérer ce résullat qu’en nous faisant Aimer sur le littoral. 11 faut que les gens qui viendront aux marchés et dans les ports soient, pour ainsi dire, nos précurseurs et nos avocats dans leurs tribus. En brusquant, en violentant, nous travaillerons contre nous-mêmes. Toutes les fois que la Régence envoie des troupes dans ces contrées pour faire razia ou rafle, ou pour tout autre objet qui contrarie les habitants, ceux-ci cachent leur grain, plient tentes et bagages, et se retirent sur des montagnes inaccessibles, où ils cultivent sur des terres rapportées, s'il le faut, tout juste le nécessaire pour leur subsistance. C’est une chose très-remarquable que, depuis neuf ans, les troubles occasionnés par les vexations du dey, des beys, etc., ont porté un si grand nombre de cultivateurs dans les montagnes, que ce paÿs, qui auparavant exportait une quantité immense de grains, n'en récolte presque plus que pour sa propre consommalion.