‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 111 sur 183 · REMISE DU TRÉSOR DE LA CASAUBAH · texte numérisé non relu

REMISE DU TRÉSOR DE LA CASAUBAH

qui ont été envoyés en France, et dont la nomenclature se trouve dans l'inventaire du trésor de la Régence1. »

Pfeiffer, cet Allemand que cinq ans de captivité avaient mis en relations avec tant d'Algériens, parle de même : « Je dois déclarer, à la gloire de l'armée française, dit-il, que cette armée victorieuse, en prenant possession d'Alger, se conduisit plus noblement que ne l'eussent fait les troupes de n'importe quel autre peuple. »

De la Hotte on avait pu suivre tous les mouvements de l'armée de terre faisant son entrée dans la ville. A midi, nos marins avaient vu disparaître le drapeau algérien du faîte de la Casaubah et de quelques forts voisins. A deux heures cinquante minutes, ils avaient vu le pavillon du roi déployé sur le palais du dey, et successivement arboré sur tous les forts et batteries. Aussitôt l'armée navale le salua de vingt et un coups de canon, au milieu de cris répétés de Vive le roi*!

Le général commandant en chef l'expédition établit son quartier général à la Casaubah. Le général Montlivaut, commandant la 3e brigade de la troisième division, et qui occupait la porte de Bab-Azzoun depuis le matin, logea en ville un de ses régiments, le 34- (colonel de Roucy), afin de procéder à l'occupation de la caserne des janissaires. Le 35* (colonel Rulhières), même division, brigade Berthier, occupa la Marine. L'artillerie établit son parc général sur les plateaux qui dominent de plus près la ville. Le reste de l'armée fut groupé autour d'Alger. Le lieutenant général Berthezène se logea, avec la brigade Achard, dans la belle maison de campagne du dey, au nord de la ville. Le

1 Le chef de bataillon Perael dit, après avoir rapporté de même tous ces détails : « A quelques époques de nos guerres, je le dis à regret, nous avons vu s'élever de grandes fortunes dont on ne pouvait avouer l'origine ; mais, aux yeux de tous les hommes de bonne foi, les vainqueurs d'Alger resteront purs et sans reproches. En Afrique, comme en Espagne en 1823, le plus noble désintéressement n'a pas cessé de briller dans nos rangs à côté des vertus inhérentes au caractère du soldat français. »

* Extrait du rapport du vice-amiral Dupcrré au ministre de la marine. Vaisseau h Provence, baie d'Alger, le 6 juillet 1830.

m HISTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.

lieutenant général Loverdo s'installa en ville, et le lieutenant général des Cars resta, avec une partie de sa division, dans sa position première, en arrière des consulats de Hollande et d'Espagne.

Au milieu de toutes ces dispositions, la nuit était venue. Le général en chef dicta, avant de prendre un peu de repos, Tordre du jour suivant, qui fut publié le lendemain, avec cette date :

« Au quartier général de la Cassambah1, 6 juillet 1850.

« La prise d'Alger était le but de la campagne : le dévouement de l'armée a devancé l'époque où il semblait devoir être atteint; vingt jours ont suffi pour la destruction de cet État dont l'existence fatiguait l'Europe depuis trois siècles. La reconnaissance de toutes les nations civilisées sera pour l'armée d'expédition le fruit le plus précieux de ses victoires. L'éclat qui doit en rejaillir sur le nom français aurait largement compensé les frais de la guerre; mais ces frais mêmes seront payés par la conquête. Un trésor considérable existait dans la Cassambah. Une commission, composée de M. l'intendant en chef, de M. le général Tolozé et de M. le payeur général, a été chargée par le général en chef d'en faire l'inventaire. Elle s'occupe de ce travail sans relâche, et bientôt le trésor conquis sur la Régence ira enrichir le trésor français. »

Le môme jour, c'est-à-dire le 6 juillet 1850, le vaisseau la Provence , sur lequel était monté le consul général Deval, après avoir éprôuvé l'insulte, origine première de cette guerre; sur lequel le brave contre-amiral Collet avait fait sa dernière campagne en commandant le blocus d'Alger; sur lequel le commandant la Bretonnière était venu proposer en vain une transaction, el avait vu son pavillon parlementaire devenir le point de mire des boulets algériens, mouillait triomphalement sous les murs d'AI-

* Nous transcrivons cette pièce sur l'un des ordres du jour distribués h Al- £er, en maintenant le mot de Cassambah, substitué par inadvertance a celui de Casaubah.

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